Et il grandit…

Presque six ans séparent mes deux derniers enfants. Quand je les regarde l’un à côté de l’autre, je trouve ça carrément bizarre. Je ne regrette pas d’avoir attendu aussi longtemps pour ce « petit dernier », car les trois premiers ont 2-3 ans d’écart entre eux, et j’avoue que ça a été difficile à gérer, émotionnellement.

On parle souvent des aspects pratiques en terme d’écart d’âge, mais d’aspect émotionnel jamais.
Cet article, n’est en rien un article scientifique qui montrerait quel écart d’âge est l’idéal, simplement parce que l’idéal est différent suivant chaque maman.

Quand Abd Allah, mon grand est né, il a rempli mon coeur, et comblé cet espace vide, il a donné un sens à ma vie. Mais très vite, le goût amer de sa naissance a pris le dessus, et je ressentais l’envie d’un second bébé qui pourrait réparer tout ça. C’est peut-être choquant à lire, et même à écrire, je me demande quel terme utilisé pour être exacte.
Cela n’enlève rien à l’amour inconditionnel que j’ai pour chacun d’entre eux, soyons clairs. Mais j’avais besoin de ME prouver qu’une naissance n’est pas assimilable à une sensation de viol et de salissure.

Alors, oui, j’admets, que j’ai eu envie d’une seconde naissance, plus que d’un second bébé. Et cette seconde grossesse a été très ambiguë tellement j’avais l’impression que nous ne serons pas quatre, mais que c’est Abd Allah qui « renaîtra ». Ce sentiment m’a rendu mal-à-l’aise pendant longtemps. Puis Elyess est arrivé, à la maison, sans crier gare. Réconciliée avec mon corps et avec ma capacité à gérer mon corps entièrement seule, j’ai pu distinguer positivement les deux frères, encore tout petits (moins de 3 ans d’écart).

Meryem, elle, ma chipie, s’est invitée avant que l’envie d’un troisième bébé se fasse ressentir vivement, même si l’idée ne me déplaisait guère… Mais Elyess n’ayant eu que 15 mois à ce moment, encore en plein allaitement, je n’en faisais pas une priorité. 24 mois au moment de la naissance de sa soeur (à la maison, elle aussi), co-allaitement, co-cododo, et petit « grand » de 5 ans à l’école… La gestion commençait à me fatiguer. Mais pas seulement…

C’est avec l’arrivée de Mohammed que je me rends compte de la différence. Ma plus jeune a 6 ans, elle commence doucement son autonomie. Et j’ai « presque » l’impression de n’avoir qu’un seul bébé à gérer. Autant je me souviens qu’avec Elyess et Meryem, je les mettais dans l’écharpe et vaquais à mes occupations avec mes aînés sans vraiment me « soucier » d’eux : ils étaient au chaud contre moi, et tétaient comme ils souhaitaient. Autant j’ai le sentiment qu’ils étaient là, sans être centrée sur eux. Je répondais à leur besoin (et aux miens ! transmission de chaleur ❤ ), mais sans me focaliser sur eux seuls, puisque je devais gérer les plus grands qui étaient encore petits…

Alors qu’avec Mohammed, bien qu’il soit h24 dans l’écharpe (à peine exagéré), qu’il tète quand il en a envie, je passe beaucoup plus de temps à l’observer, voire même à jouer avec lui, et même à m’inquiéter pour des choses pour lesquelles je ne me serai pas inquiété pour les plus grands.

Et je prends même le plaisir de le voir grandir et évoluer. Alors que pour mes deux derniers, j’aimais qu’ils restent de toutes petites boules lovées dans l’écharpe. Même si j’étais fière de chaque acquisition qu’ils faisaient, j’étais nostalgique de ces moments où ils étaient nouveaux-nés.

Emotionnellement, c’est plus facile, pour moi, de m’extasier des prouesses de mon bébé, voire même d’avoir hâte qu’il grandisse encore un peu, pour qu’il commence à vraiment inter-agir avec nous. Cette envie de le « partager » avec ses frères et soeur. Alors que pour les précédents, je ne les voulais rien que pour moi, être la seule dont ils dépendent.

Est-ce leur écart d’âge qui me fait penser autrement ? Peut-être. Peut-être aussi la maturité que j’acquière au fur à mesure dans mon rôle de mère.
Par moment, je me fais « peur » à déjà avoir envie d’un cinquième enfant. Mais au fond de moi, je sais que c’est pour « réparer » cette naissance à nouveau. Parce que j’ai tellement envie de profiter de Mohammed à 300%… ce coeur de mère qui est toujours instable et balance continuellement… C’est ça être maman.

Mais qu’est-ce que je les aime.

Je ne laisse jamais pleurer mon bébé !

Ça a longtemps été ma devise. Laisser pleurer un bébé ? Moi ? JAMAIS ! Non, mais quelle idée… Et pourtant, on a essayé de me faire croire que « ce n’est pas si grave », que « ses poumons se feront plus rapidement », que « sa voix se développe ainsi ».

Oui, on me l’a dit. J’ai « presque » failli le croire, quand j’avais 21 ans et que je venais d’accoucher de mon premier bébé. Je ne crois pas que les poumons se forment avec les pleurs, mais il est certain que mon cerveau s’est endurci avec ce genre d’âneries.

Alors, j’ai expérimenté avec Abd Allah, le « one mother, no cry » (merci Bobby, tu dois te retourner dans ta tombe, je te présente mes respects.) et figure-toi que ça marchait vachement. De toutes manières, je ne vois pas comment j’aurai pu faire autrement. Enceinte de mon second, je me suis fait le serment de me boucher les oreilles aux inepties, et de continuer à materner au maximum : porter, allaiter, bisouiller et câliner sans avoir besoin de laisser mon bébé montrer une petite larme. Elyess a été un bébé porté 24/24, mais tranquille, calme, souriant, comme son grand frère. Comme sa petite soeur, deux ans plus tard.

Mais voilà que Mohammed est rentré dans ma vie, et m’a complètement retournée. Mes principes n’ont pas changé sur ce point-là. A peine né, en peau-à-peau pendant de longues heures, en cododo forcément… SUR le sein. Nous sommes rentrés de la maternité, le lendemain de la naissance, bien sûr dans le sling… qu’il n’a plus lâché. Normal.

Normal aussi, la tétée dès qu’il ouvre les yeux, les bisous et les câlins à profusion. Normal, sa petite main dans la mienne pendant son sommeil, dans mon lit à nos côtés. Normal, les siestes au creux de moi, roulé en boule dans l’écharpe… Tout indiquait que le chemin emprunté serait le même que celui de ses aînés.

Puis est arrivée une période très dure. Une période que je n’ai pas connu avec les trois plus grands. Un tsunami qui m’a mise à terre. Mohammed s’est mis à pleurer. Mais pas juste des chouinements. De gros pleurs que je n’arrivais pas à qualifier. Il hurlait. Douleurs? Malaises? Je n’ai jamais su. Ce que j’ai su, c’est que j’étais complètement désemparée. Complètement à l’ouest. J’essayais de l’allaiter : il pleurait de plus belles. Je le portais en écharpe : il se calmait un peu, s’endormait pendant quelques minutes, et se réveillait en hurlant. J’ai essayé un bain : aussitôt mis dans l’eau, aussitôt ressorti ; les hurlements redoublaient. Ses pleurs, couplés aux miens, je regardais mon petit amour s’égosiller sans pouvoir agir. J’imaginais ce que pouvaient penser les voisins et ça me faisait encore plus frémir.

Ah, j’en ai passé des heures avec mon petit bout dans l’écharpe, hurlant, et moi, le caressant, lui parlant, lui récitant du Coran, arpentant mon appartement… A toutes heures du jour… et de la nuit. Oui, j’en ai passé des heures à culpabiliser…

Ma plus grosse crainte était les douleurs qu’il pourrait ressentir en pleurant ainsi : migraines, maux de gorge et autre…

Et quand sa grosse crise de larmes était passée, il s’endormait directement. Il posait sa tête contre ma poitrine, et POUF il tombait dans le sommeil.

J’ai un peu fouillé sur internet pour savoir de quoi il s’agissait : coliques ? pleurs de décharge ? Je suis même allée jusqu’à envisager certains syndromes…

Puis… du jour au lendemain, plus rien. Mohammed se réveille en souriant et le reste. Il s’endort en tétouillant (mon sein… car après avoir pris son pouce quelques semaines, il l’a lâché) dans l’écharpe. J’ai appris à repérer quand lui donner le sein (attention… si je le propose trop tôt, c’est parti pour une crise ! et si je le propose trop tard… C’est trop tard !), j’ai appris à voir ses signes.

Aujourd’hui, je ne le laisse plus pleurer. Sauf quand je prends le volant… il déteste la voiture… quand je n’ai pas le choix, je n’ai pas le choix. Je minimise au maximum les trajets en voiture, ce n’est pas plus mal.

Jamais je ne laisse un bébé pleurer. Mais par moment, j’ai été dépassée. C’était malgré moi… Je ne laisse pas mon bébé pleurer. Et aujourd’hui, j’apprécie ses sourires, et ses rires, son bavardage et son bavouillage.

La culpabilité ne nous quittera, en réalité, jamais. Quoiqu’on fasse. Je continuerai à materner en écoutant mon coeur… et le sien.

Famille nombreuse ?

Je me souviens d’une discussion avec une amie, maman de cinq beaux garçons. Elle était chez moi, avec ses cinq enfants, le dernier encore au sein. Mes trois miens, à l’époque, avec ma dernière qui tétait aussi.
Je me souviens de ses paroles et m’en souviendrai certainement jusqu’au dernier jour de ma vie… Je lui avais dit que j’aimais les familles nombreuses comme la sienne. Elle m’avait répondu : « Ah bon ? Tu trouves que c’est une famille nombreuse ? En fait, quand tu es dedans, tu ne t’en rends pas compte. »

Quelques années plus tard, avec mon dernier né, mes trois aînés, nous montons dans l’ascenseur de notre immeuble. Et quand nous y entrons plus, malheureusement, plus personne ne peut y rentrer. « Quelle belle famille nombreuse » m’a-t’on dit. J’ai regardé le vieil homme, interloquée… Nombreuse ? Vraiment ? Je ne m’en rends pas compte. Sauf quand je décide une sortie en voiture avec des amis de mes enfants… là, ça coince. Mais sinon… de l’intérieur, je ne vois pas ce nombre.

Je vois des enfants, je vois un bébé. Je vois une famille. Mais pas nombreuse.

Je me souviens avec amusement, le regard des vieilles femmes en Corée, alors que nous allions au cours de Taek Won Do des enfants… Bien souvent, sur le trajet qui était assez long à pied, je portais ma fille sur mon dos ; les garçons couraient devant… et les vieilles dames, me regardaient mi-étonnées, mi-amusées en me faisant comprendre que 3 enfants, WaW c’est exceptionnel. Là-bas, les couples ont, très généralement, deux enfants. Voire un seul.

La notion de famille n’est pas la même… En discutant avec mon amie coréenne, je me suis rendue compte à quel point les avantages sociaux de la France étaient nombreux. Là-bas, avoir un enfant est calculé en termes de dépense depuis sa naissance, jusqu’à ce qu’il travaille… Avec école payante, cours particuliers, et leçons de musique à la clé. Dans une société où il ne suffit pas seulement de réussir sa vie, mais d’être le meilleur… Cela est désolant… Ils aiment leurs enfants, ne pas les aimer seraient une hérésie. Ils les aiment tellement, qu’ils se saignent pour leur offrir le meilleur. Mais je crois qu’ils en ont oublié ce qu’est l’amour au naturel, partager sans gadget, s’aimer sans argent.

J’ai épousé mon mari, en imaginant vivre d’amour et d’eau fraîche. On s’est moqué de moi… et pourtant, notre foi et notre amour a changé les rivières d’eau fraîche en champs d’aisance. El Hamdoulilleh.

On me dit de ne plus faire d’enfants après celui-ci. Que les enfants coûtent de l’argent. Qu’il faut être riche pour élever des enfants. Je n’y crois pas. Je n’y ai jamais cru. L’amour n’a pas de prix…

Renaissance particulière

Rien ne se déroule exactement comme on le programme, comme on le rêve, comme on le fantasme. On peut avoir une ligne générale d’idées, mais rien ne sert de faire de grands projets. Je n’aime pas les « et si… », je préfère les « in sha Allah ». Car je reste persuadée du bien qui se trouve derrière les portes.

Ce bébé est arrivé, une nuit de Janvier, il s’est installé. Jamais de toutes mes grossesses, aucune ne m’avait semblé si longue. Et pour cause… Ce bébé, nous l’avons désiré, voulu, el hamdoulilleh, et j’étais tellement à l’écoute des moindres signes de mon corps, que j’ai senti le premier jour de son installation au creux de moi. Alors, le décompte des jours est encore bien plus longs dans ces moments…

J’avais calculé leur date « théorique » d’accouchement aux alentours du 27 Octobre. Mais, je m’étais fiée à mes grossesses précédentes, et je m’étais dit que je serai maman pour la quatrième fois vers le 20 Octobre, au plus tard. Tant et si bien persuadée, que j’en occultais presque qu’on m’avait prédit le 25 Octobre, suivant leurs échographies.

Je n’ai jamais été une grande fan de suivi de grossesse… encore moins des échos, qui sont pour moi des moments de stress intense… Car, même si je sens que tout va bien, j’ai la hantise que l’on m’annonce un truc horrible. Mais cette fois, j’ai fait les 3 échos. Parcours de grossesse particuliers… J’avais pris contact par téléphone avec une sage-femme pour un accouchement à domicile. Elle habitait à plus d’une heure de route de chez moi, donc les premiers contacts se sont faits par téléphone. Au téléphone, ça se passait bien. La sage-femme ne demandait pas de suivi particulier, pas de prise de sang, juste les 3 échos. Je m’y suis pliée, la trouvant pas trop pénible du côté suivi médical. Mais notre première rencontre (qui a eu lieu vers le 5e mois de grossesse) a été une douche froide. Rien ne m’attirait chez elle, et je l’ai trouvé très froide. Ça n’allait pas. Je ne pouvais pas continuer avec elle, d’autant plus qu’elle n’était pas du tout présente au cours de ma grossesse.

El Hamdoulilleh, au cours de mon 7e mois de grossesse, après plusieurs jours de recherche intense, et ayant pratiquement pris la décision de me passer de sage-femme pour cette naissance, Allah a mis sur mon chemin, « une perle ». Elle me rappelait Carole, qui m’avait accompagné lors de ma troisième grossesse et naissance, par sa douceur et son ton rassurant. Elle accepta de suivre la fin de ma grossesse, et d’accompagner cette troisième naissance à la maison.

Le 9e mois est déjà entamé, et les contractions sont présentes très tôt. Persuadée de mon pressentiment d’accoucher plus tôt que prévu, l’euphorie me gagne assez rapidement.

Mais ce neuvième mois a été rempli de stress également. Un accident de voiture qui m’a perturbé même si personne n’a été blessé. J’ai soudainement eu des angoisses, me disant qu’il valait mieux que j’accouche au plus tôt, que bébé serait sûrement plus en sécurité en dehors. Des nuits d’insomnies et de cauchemars s’en sont suivies. Puis, une fois apaisée, est arrivée l’attente.

De nature partiellement impatiente, en temps normal, ce fut décuplé ces dernières semaines. Je me couchais chaque soir, en me disant « est-ce que ça viendra cette nuit ? » Le terme du 20 que je m’étais fixé se rapprochait. Et moi qui pensais que j’aurai déjà accouché.

Les contractions étaient déjà présentes. Pas très fortes, mais bien là. Je sentais que mon ventre était bien plus bas. Je gardais encore l’espoir. Le 20 Octobre passe. Le 22 passe. Et l’angoisse monte. J’envoie des textos à ma sage-femme lui racontant mon angoisse. J’ai une seule terreur : le dépassement de terme qui pourrait mener au déclenchement. Elle tente de m’apaiser. Elle est même venue me faire de l’acupuncture, me donner des petits trucs pour faire avancer doucement le travail.

Mais au fond de moi, je n’y croyais pas. J’ai toujours été persuadée que ces « aides » peuvent aider au moment du travail, mais pas avant. Pas à déclencher naturellement. Et pourtant, je continuais de m’acharner sur ces déclencheurs « naturels ».

Le 25 Octobre, terme théorique arrive. Je suis perdue et dévastée. Mais concède d’aller faire une visite le lendemain à la maternité. Ma sage-femme me suivra encore 6 jours après le dépassement de terme à deux conditions : que j’aille faire des examens tous les 2 jours afin de s’assurer que bébé aille bien… et que bébé aille bien, bien sûr.

Je m’y plie. Souvent en larmes. Et j’y vais. Bébé bouge énormément. Il gigote même. Le monito indique que son coeur va bien. Il y a du liquide. La maternité me fait revenir 2 jours plus tard. Je pense que j’aurai accouché avant… Mais 2 jours après, je suis à nouveau couché sur leur table avec un monito, un bébé qui bouge mais qui ne veut a priori pas sortir. J’ai des contractions toutes les nuits, mais « bizarrement », à la maternité, je n’ai rien. Je demande un décollement de membranes si mon col est favorable, en connaissance des risques. La sage-femme de la maternité m’informe que mon col est encore très tonique… le décollement n’est même pas douloureux, signe que ce ne sera pas efficace. Bébé bouge toujours mais ne donne pas signe de pouvoir sortir dans les heures à venir. Il me reste encore 2 jours et après, je dois prendre une décision : soit déclencher artificiellement, soit encore attendre, mais ma sage-femme ne me suivra plus, et la maternité n’est pas favorable non plus. Autant dire que s’il se passe qqchose, je serais toute seule, et je me ferai engueuler en prime.

Je ne veux pas penser aux 48h qui restent, et je suis persuadée que bébé sortira avant cette date fatidique du Lundi 31 Octobre.

Et pourtant, arrive la nuit du 30 au 31. Une succession de contractions pendant plus de 3h qui me donnent l’espoir que j’accoucherai encore chez moi. J’échange quelques messages avec ma sage-femme. Elle a aussi bon espoir. Mais, j’éprouve un doute… 3h de contractions. Qui m’empêchent de dormir. Mais qui n’augmentent pas en intensité. Je ne sens pas mon bébé qui descend. Je ne comprends pas. Epuisée, je tombe littéralement de fatigue sur le canapé vers 6h du matin, et me réveille en sursaut à 7h. Et calme plat. Plus de contractions. J’ai rendez-vous dans la matinée à la clinique pour le déclenchement… les vannes à larmes sont ouvertes.

Je tente une dernière chose : un bain. C’est à double tranchant… soit les contractions reprendront de plus belles, soit c’est peine perdu. Dans mon bain, je ressens une contraction assez violente, mais avec une douleur que je ne reconnaissais pas : quelque chose tirait à l’intérieur. Ça m’a fait mal, mais surtout peur. Je suis sortie du bain, et j’ai dit à mon mari que j’étais prête à aller à la maternité. Je ressentais que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas normal.

En prenant mon téléphone, je vois que ma sage-femme m’a appelé et m’a laissé un long message sur mon répondeur, pendant que j’étais dans mon bain. Elle me disait que peut-être que ce bébé VOULAIT naître à l’hôpital. Qu’il y avait peut-être quelque chose qui faisait qu’il DEVAIT y naître. Et c’est le même sentiment que je ressentais.

Nous sommes donc allés à la maternité. Les sage-femmes m’ont demandé quel était mon choix quant à faire ou non le déclenchement. Je leur ai répondu que si mon col avait bougé et s’était ouvert au cours de la nuit avec les contractions, je rentrais chez moi et appelais ma sage-femme ; mais que si, au contraire, ça n’avait pas bougé, je restais ici et j’allais faire le déclenchement. Verdict : je restais à la maternité.

Que raconter ensuite ? Rien de bien extraordinaire. J’ai eu une première injection d’ocytocine de synthèse sans aucun effet pendant plus d’une heure… Elles ont augmenté les doses, en essayant de ne pas y aller trop fort, sachant que je refusais catégoriquement la péridurale. Les contractions ont commencé à se faire sentir. Et bizarrement je me suis sentie soulagée. J’avais le ballon pour soulager un peu. Je m’asseyais dessus et ondulais du bassin. Mais ce n’était pas vraiment confortable, puisque j’avais le monitoring en permanence et la perfusion… J’avais l’impression d’être une marionnette accrochée. C’était bizarre.

Le personnel était vraiment super. Elles ne m’ont jamais parlé de la péridurale et ont toujours été encourageantes. Mais cette naissance était vraiment particulière. J’avais peur. Terriblement peur. Je me revoyais, 10 ans en arrière, à la naissance de mon aîné, sans pouvoir me mouvoir comme je le voulais. Même si les conditions autour était mieux, et que mon mari était avec moi…

Après 6h de contractions qui allaient crescendo, je sentais qu’arriver la fin, et là, la panique fut encore plus intense. La soif m’asséchait la gorge, je demandais à boire à mon mari qui cherchait l’approbation des sage-femmes. Mais ici, j’avais le droit de boire. Pas comme il y a 10 ans. Je savais consciemment que la soif indiquait la fin du travail, que j’allais voir mon bébé dans quelques minutes. Je le savais pour l’avoir vécu 3 fois auparavant. Mais j’étais terrorisée. Ma position n’allait pas. Je m’étais mis en tête que ma position n’allait pas, que je ne pourrais pas accoucher ainsi, que j’allais souffrir le martyr (je rigole maintenant, mais je souffrais déjà le martyr…). J’ai hurlé plusieurs fois de vouloir changer de position. Mais je ne pouvais pas : le coeur de mon bébé ralentissait de manière très significative à chaque fois que je changeais de position. J’étais contrainte d’accoucher semi-assise, pour le seul bien de mon bébé. Mais je ne voulais pas. J’avais peur. Je crois même avoir pleuré. Puis, j’ai eu le déclic… Le déclic de me dire que je n’avais pas le choix. Que j’ai toujours pensé qu’on a toujours le choix… mais que si je n’aide pas mon bébé, MAINTENANT, à sortir, ça pourrait mal finir. Alors, j’ai hurlé à la sage-femme que, puisque je ne peux pas me mettre comme je veux, au moins je veux attraper moi-même mon bébé. Ce qu’elle a approuvé. J’ai arraché littéralement le monitoring, et je me suis penchée en avant pendant la contraction, et j’ai poussé.

Mon bébé est sorti d’un coup, il a vraiment glissé. Je n’ai pas pu l’attraper tellement il est sorti rapidement. La sage-femme a pu l’attraper à temps. Mon bébé avait trois tours de cordon autour du cou et un tour autour de l’épaule. Et là, tout s’est expliqué.

Ce n’est pas qu’il voulait rester au chaud… C’est juste qu’il ne pouvait pas sortir bien qu’il l’aurait souhaité, au vu des contractions tout le long du mois.

Mohammed est donc né le lundi 31 Octobre à l’heure du Maghreb exactement (17h40).

Renaissance pour moi… pas totale réconciliation avec les hôpitaux, mais une preuve évidente de ma part que je sais composer avec les hôpitaux. Ils sont utiles pour les cas difficiles mais restent anxiogènes pour certaines mamans dans des circonstances normales.

Je ne suis pas triste de cette naissance, bizarrement. Je n’ai pas fait de baby-blues. Puis j’ai pu sortir dès le lendemain matin. Mais depuis, j’ai un peu de mal à lire les récits de naissance à la maison (même les miens…), il va me falloir un certains temps, pour m’y faire, je crois.

La suite de la naissance a été la plus terrible dans cette aventure… je n’ai pas le coeur à la raconter. Aujourd’hui, j’ai mon quatrième amour tout contre mon coeur H24 et c’est le plus important pour moi…

Où Jean-Pierre est discret en burkini

imageEn fait, je sais pas si tu l’as remarqué… Mais je suis tellement gonflée par les événements extérieurs (comprendre… tout ce qui ne concerne pas ma petite vie tranquille… en grosse égoïste que je suis…) que je ne voulais pas aborder les sujets « brûlants » du moment.
D’abord, parce que je ne pense pas qu’en parler ou ne pas en parler changera grand chose. Ensuite, parce que tout le monde se précipite dans ces niaiseries. Et enfin… parce que je m’en fiche, mais alors… COMPLETEMENT. Franchement.

Aussi parce qu’il y a moins de 10 ans, j’avais déjà écrit mon désarroi, face à leurs stupides idées d’interdire le voile intégral ou que sais-je… Et surtout, je disais bien que c’était juste des épouvantails qu’ils agitent pour faire passer des lois par en-dessous, pour faire oublier le chômage et autre vrais problèmes de société…

On a juste pris les mêmes et on recommence, en fait…

Alors, je te disais que je m’en fichais de tout ça. Ne le prends pas mal… C’est pas que je m’en fiche qu’on interdise ou qu’on dise aux femmes comment s’habiller… nan, nan, nan… c’est pas de ça que je m’en fiche… Je me fiche complètement de ce gouvernement de marioles et de leurs astuces pour faire oublier leur nullité…

Tout le monde -ou presque- s’est indigné de la nomination de Chevènement à la tête d’un (…comment peut-on appeler ça… machin ?) pseudo-comité sur l' »Islam de France »…
Toc, toc, toc… excuse-moi.. pourquoi, au juste, ça t’émeut ? C’est quoi « l’Islam de France » ? C’est une nouvelle religion ? En tout cas, c’est pas la mienne… donc, que ce soit lui, ou le père Lustucru, pardonne-moi, mais je ne vois pas pourquoi je devrais m’en attrister.

Tu sais, c’est un peu comme le gentillet Chalgoumi… qui est censé nous « représenter ». Ça énerve les musulmans, parce qu’il est pas très fute-fute, miskin… Mais c’est pas de sa faute, il est archi-manipulé… Je sais pas pour toi, mais moi, je ne me sens pas représentée par un tel ou un tel.

En gros… les musulmans font des tapages à outrance en se disant indignés par des représentants qui ne les représentent pas… Mais, vous n’avez pas l’amère impression de vous faire entuber, là ? Qui nous a demandé si on a envie d’être représenté par quelqu’un… ? Personne. Les catholiques sont-il représentés par quelqu’un en France ? Non. Les juifs ? Non plus. Donc… juste parce qu’on est musulman et potentiellement terroriste aux yeux de certains imbéciles… on aurait besoin de représentants. Laisse-moi rire… jaune.

J’en veux pas de tes organisations et autre comité et blablabla. Il y a des associations qui existent et qui excellent dans la défense des musulmans contre l’islamophobie, ça me suffit laaaaaaargement. Je choisis bien de moi-même si j’ai besoin que « quelqu’un » représente ma religion, non ? Bah si.

Bon, et cette histoire de burkini… Pourquoi je n’en ai pas parlé ? Parce que ça me gonfle. Et d’ailleurs, l’idée d’en écrire ne serait-ce que deux lignes dessus, me gonfle aussi. Retournez à vos Pokémons, la vie est belle. Respirez. Ceux qui attaquent le burkini sont ceux qui attaquaient le niqab il y a quelques années… Des personnes qui ne savent même pas ce que c’est exactement, ni la signification de ce que ça pourrait vouloir dire pour les femmes qui les portent.

Une fois de plus, les gens qui en parlent le plus sont ceux qui en connaissent le moins… Alors, j’ai envie de dire : ouvrez à un dictionnaire, allez à la page du « L », cherchez le mot « laïcité », et revenez en discuter. La fatigue prend le dessus dans ces débats sans raison, et sans intelligence aucune.

Et pendant ce temps-là, le gouvernement se la coule douce à passer des lois débiles, à sucrer des allocs aux familles IEF, ou que sais-je encore… Retournez chasser des Pokémon… qui sait… il y en a peut-être un qui se balade en burkini sur une plage près de chez vous.

Aussi simple que ça…

PointAfrique-Tchad-Ennedi-500pxJe ne regarde pas souvent la télé, ou du moins, avec attention, dirons-nous, mais il y a une émission que j’aime particulièrement. Des personnalités françaises qui partent pour une destination dont ils ne savent rien, et vont vivre pendant deux semaines, ailleurs, différemment, sans leur repère habituel.

« Rendez-vous en terre inconnue » a donc amené Sylvie Testud au coeur du Sahara, avec les nomades tchadiens, les « Gorane ». (Clique ICI pour un résumé de l’émission…)

Toi, tu ne le sais peut-être pas, mais la vie nomade me parle énormément depuis petite. Ce n’est pas faute d’avoir déménagé une trentaine de fois (en trente ans de vie), quasiment. D’avoir découvert d’autres pays pendant plusieurs mois ou plusieurs pays, sans forcément de grandes craintes. Peut-être, peut-être bien que du sang nomade coule dans nos veines… je ne sais pas.

Gamine, ma mère m’a amené voir un film-documentaire au cinéma, qui s’appelait Imuhar et qui m’avait fortement impressionné du haut de mes 12 ans. Un sentiment de liberté, de vie différente, de repenser le monde et les relations humaines autrement.

Alors, forcément, hier, j’ai complètement accroché à l’émission. Pas seulement pour la simplicité des Gorane et leur vie complètement chronométrée différemment des nôtres, avec des valeurs comme l’argent, qui ne les pourrit même pas, puisqu’il n’y en a pas… Mais pour leur capacité à s’écouter.

Voilà ce qu’est vivre : s’écouter. Suivre son instinct. Respecter la nature qui t’entoure, les animaux qui t’abreuvent et te nourrissent.

Plusieurs passages m’ont particulièrement marquée… Tout d’abord, le dialogue entre Sylvie, la française, pétrie de ses idéaux occidentaux malgré elle et une nomade tchadienne (dont j’ai oublié le prénom, qu’elle me pardonne, même si elle ne lira jamais ses lignes), au sujet de l’enfantement, et du maternage. La stupéfaction de la française, apprenant que cette femme allait accoucher au milieu du désert (mais où aurait-elle pu aller, sinon ?), seule, sans aucune aide. Comme elle l’a fait pour ses trois aînés. C’est avec ce dialogue qu’une évidence m’a sautée aux yeux… pour une personne lambda, en France, il est communément acquis qu’accoucher est dangereux. Ce qui ne l’était (et ne l’est toujours pas) à mes yeux. Ce qui ne l’est pas aux yeux de beaucoup de peuples surtout nomades. Mais, ici, en France, où même les conditions de vie sont simples, plutôt saines, aseptisés, surveillées… on a tendance à croire que c’est dangereux.
Je me rends compte de la puissance du bourrage du crâne médico-médiatique… Je le savais déjà, mais je ne pensais pas que ça prenait une telle ampleur.

Cette histoire me rappelle l’expérience qu’a vécu la sage-femme qui m’accompagnait lors de ma précédente grossesse (et accouchement à la maison), quand elle était encore sage-femme à Mayotte. Elle m’a raconté cette histoire, juste après la naissance de ma fille, avec tellement d’émotion, et les larmes dans les yeux. L’histoire d’une très jeune maman (peut-être 16 ans) qui a mis au monde un bébé mort-né. Ma sage-femme était dans tous ses états en tentant de réanimer le nouveau-né… mais rien à faire. C’est la jeune mère elle-même qui a « réconforté » la sage-femme, en lui disant d’accepter le décret de Dieu.

Pensez-vous que cette femme, dans le désert tchadien, a connaissance des termes effrayants comme « dystocie des épaules » ou « procidence du cordon » ? Je ne le pense pas. Pensez-vous donc qu’elle soucie, alors de ce genre de choses « qui pourraient peut-être arriver » ? A mon avis, pas le moins du monde. C’est d’ailleurs, à mon humble avis, pour cette raison que tout se passe bien la plupart du temps. Pour le reste, il est plus simple de s’en remettre à Dieu que de flipper. Il y a des choses qu’on ne contrôle pas. Le Destin. Un bébé destiné à mourir, mourra. Hôpital ou pas hôpital. Grand médecin ou marabout du coin. Avec quinze personnes dans la chambre ou seul. Le Destin ne se contrôlera jamais.

Après le dialogue sur l’accouchement, qui s’est conclu par une réplique de la nomade demandant à la française, si les personnes l’ayant entouré lors de son accouchement ne se sont pas moqués d’elle (parce qu’il semblait inconcevable qu’une femme ait besoin d’une aide pour accoucher… raisonnement que je suis particulièrement, par ailleurs…). Sylvie a eu l’air d’avoir un flash… de comprendre quelque chose qui semblait lui échapper jusque là… car elle a embrayé la discussion en disant : « Mais tu sais, en France, ça va te paraître bizarre, mais quand je vais travailler, je laisse mes enfants loin de moi. Quelqu’un les garde à ma place et je ne les vois que le soir. »
Forcément, yeux écarquillés, interrogations dans le cerveau de la maman tchadienne… « Pourquoi ne pas les garder contre toi ? » et Sylvie de répondre : « En France, je ne peux pas ramener mes enfants avec moi au travail, on se moquerait de moi, c’est interdit. »

Là encore, on peut ressentir le poids de la société occidentale. Je ne pense pas qu’il y ait des textes de loi qui interdisent vraiment d’amener ses enfants (surtout nourrissons) sur son lieu de travail. Mais cela ne viendrait pas à l’idée d’une prof, ou autre… (Ou alors, elles n’ont jamais osé). Non, en France, tu dois faire un choix : si tu veux rester avec tes enfants, tu ne bosses pas. Si tu veux/dois bosser, tu t’en sépares, point. Chez les nomades, les femmes travaillent (et pour cause ! Il faut faire chauffer la marmite ! Tout le monde travaille… Hommes, femmes, enfants !), mais hors de questions de laisser les bébés éloignés. Quelles idées on a pu inculquer à la femme française. Sous prétexte d’égalité des sexes… Quelle belle bêtise. Comment expliquer aux femmes qui se sont battues pour cette égalité, que nous ne serons jamais égales… Nous sommes tellement différentes. Ce qui ne veut pas dire que l’homme est au-dessus… Pas du tout. Mais si on reconnaissait que chaque sexe avait des complémentarités, et fonctionnaient jusque là, très bien, avec chacun à sa tâche… je crois que la société ne s’en porterait que mieux…

Plus tard, dans le reportage, une scène qui m’a émue également : la traite (respectueuse, cela va de soi) des chamelles, au petit matin. Ce sont les hommes qui s’en occupent (chacun son boulot, on a dit). Il a d’abord laissé le chamelon téter, puis a trait la chamelle en expliquant : « il faut se dépêcher de traire, car si elle est trop stressée, elle ne donne plus de lait. »
Je suis restée comme deux ronds de flancs devant mon écran… Comment, un homme au milieu du désert, très probablement illettré (les gamins ne vont pas à l’école), avait-il ce savoir sur la lactation ? Alors, que ce sont des choses que je n’ai découverte qu’avec ma formation sur l’allaitement (et même pas après avoir moi-même allaité très longtemps mes 3 enfants…). Oui, le stress bloque l’hormone d’éjection du lait. Mais je l’ai su dans des bouquins, en me renseignant, en me formant. Voilà le genre de savoir qui s’apprend au contact de la nature, en écoutant la nature, en suivant les instincts, les animaux… Pas besoin de grands discours, pas besoin de grandes études…

Bref, tu l’auras compris… Cette émission d’hier m’a impressionnée… Non pas car elle m’a forcé à voir les choses autrement, mais justement parce que ces personnes-là, j’ai toujours eu envie de vivre comme eux. Et qu’à ma manière, je le fais… (Parce qu’il me serait sûrement impossible de me couper du monde, de mon ordinateur, de mes petits plaisirs égoïstes et de ma paresse…) Mais suivre son instinct, toujours. Pour l’amour, pour la vie, pour la paix.

Ces personnes, sans connaître les horreurs du monde qui les entoure, ne se souciant que de trouver de l’eau pour abreuver leur bétail, et de la nourriture, vivent sereinement… loin des tracas.

Laisse-moi encore croire à l’Amour…

43C74AB1-18EA-4C6B-8E20-8389ACB91415Tu sais, cet Amour avec un grand A, celui qui s’allie à l’Humanité (avec un grand H). Laisse-moi encore y croire, et ne pas regarder les infos, ne pas m’abreuver des horreurs quotidiennes, ne pas prendre part aux débats, aux discussions. Laisse-moi ma liberté de ne pas vouloir en parler, de ne pas vouloir polémiquer…

Je n’ai toujours pas perdu foi en l’Humanité, en l’Amour, en la Bienveillance, en la Solidarité. Tous ces mots qu’on veut nous faire croire dénués de sens. Et pourtant, non, non. J’y crois et j’y croirai… Parce que quand on s’arrête d’y croire, ils s’arrêtent d’exister. Preuve en est, de ce qui se passe. On nous martèle, et on se martèle que tout ça n’existe plus. Et les gens tombent en dépression, en folie, en tourmente…

On nous dit que cette époque est affreuse. Mais, si on regarde en arrière, ça n’a jamais été rose. Jamais. Ça a toujours été morbide, guerrier, sanguinolent… depuis la nuit des temps. Alors pourquoi ne pas se concentrer sur le beau, le simple. La fleur qui éclot, le papillon qui virevolte autour de toi, le nuage en forme de coeur, les gouttes de rosée sur la toile de l’araignée.

Pourquoi, pourquoi continuer à se focaliser sur le noir, le sombre et se forcer à carburer aux anti-dépresseurs ? Je ne veux pas. Je ne veux plus voir. Traite-moi d’autruche, si tu le veux. Je ne t’en voudrais pas. Je ressemble plutôt à un panda, à l’heure qu’il est. Mais qu’importe. Une autruche ou un panda. Un colibri ou un renard. Peu importe… insouciants, ne vivant que pour vivre vraiment.

On nous fait croire que la vie d’humains ne devrait pas être faite pour survivre… mais toute cette horde d’humains ne fait que courir après l’argent pour survivre, en mettant ses mains sur sa tête pour se protéger des bombes. Je ne veux pas « vivre » comme ça. Ni pour l’argent, ni pour échapper aux bombes. Je veux vivre pour aimer, pour partager, pour rire, pour admirer.

Alors, ne me reproche pas mon silence sur ce qui se passe. Aussi horribles sont ces horreurs, de part le monde, c’est quotidien. On semble plus touché parce que ça arrive chez nous… mais, c’est en réalité partout.

Je ne veux rentrer dans aucun débat. Je ne veux surtout pas entendre « qui ne dit rien consent », comme j’ai pu le lire malencontreusement… Je ne dis rien, parce que l’horreur n’a pas à être racontée. Et que je veux me concentrer sur le bonheur.

La vie est trop courte, même si elle s’étend en longueur, pour être subie. La mort arrivera à point nommé. D’ici là, laisse-moi être sur Terre en toute sérénité. Sous la Protection du Très-Haut. Je ne suis pas plus invulnérable que toi. Je veux juste continuer à sourire et à rire. Et donner cette image de la vie à mes enfants.

Laisse-moi vivre, laisse-moi croire en l’Amour pour toujours. Laisse-moi croire en la beauté de la simplicité de la vie.

En attendant Octobre…

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Ma paresse continue… Voilà des mois sans avoir écrit. Le monde autour de moi me choque, me bouscule, m’interroge, m’énerve, me met en colère. Il m’a fait perdre l’envie d’écrire… Et pourtant, je te jure, j’en ai des choses à dire…

Alors, comme tu l’as sûrement compris, j’attends un quatrième enfant. Il s’est logé dans le creux de moi au mois de Janvier. Ce sera du pur cru de 2016…

Contrairement à mes trois autres grossesses, je me sens complètement zen, presque pas « enceinte ». Enfin… si, les kilos qui s’accumulent, les coups de pieds à l’intérieur de mon bidon qui s’arrondit. Si, si, je me sens enceinte. Mais je ne me focalise pas du tout sur l’accouchement, comme j’ai pu être obsédée par mes accouchements lors des précédentes grossesses. Je ne me projette plus. Je ne sais pas du tout qui sera là, où je serai, ce que je ferai ou comment je le ferai… J’attends que le temps passe, et qu’Octobre « fera craquer les  branches ».

Quoiqu’avec les folies humaines sur l’environnement, il ne viendra sûrement pas dans sa robe blanche… Peut-être qu’il y aura des feuilles partout… Mais, j’ai le sentiment, qu’on n’aura pas besoin d’écharpe pour deux.

Oui, ok, je plagie beaucoup Cabrel, là, pour le coup. Que veux-tu… J’ai toujours aimé cette chanson poétique sur l’Automne.

J’attends Octobre, en enchaînant les absurdités entendues de parts et d’autres…

La dernière en date, au sujet du « sexe » du bébé. Toi, tu le sais certainement, ou pas, mais je n’aime pas savoir avant la naissance… et ça m’énerve également quand on me demande : « Aloooors c’est quoiiiii? » (ce à quoi j’ai répondu à une inconnue, un jour : « A priori, ce n’est pas un poisson rouge. »).

Mais la palme revient donc, encore à une inconnue (une amie d’une amie d’une de mes belle-soeurs… c’est pour dire la relation qui nous unit), qui, après avoir appris que j’avais « déjà » deux garçons et une fille, et que je ne souhaitais pas connaître le sexe de ce bébé :

« Ah, mais toi, tu t’en fiches que ce soit un garçon ou une fille, puisque tu as déjà les deux sexes. »

Juste… dites-moi que ce n’est pas seulement les hormones de grossesse, et que cette phrase est franchement limite… Je ne suis pas rentrée en conflit avec cette gente dame… Mais, intérieurement, j’explosais.

Alors, laisse-moi t’expliquer pourquoi je ne veux pas savoir, par le biais d’une échographie, si c’est un garçon ou une fille…

Cela va peut-être surprendre, mais sache que je ne juge absolument pas les mamans qui demandent à savoir avant. Ce n’est qu’un cheminement que j’ai fait, qui vient du plus profond de moi.

Ce bébé ne m’appartient pas. C’est un prêt, un dépôt, comme mes trois autres enfants. Je l’accepte tel qu’il est destiné à être : fille ou garçon, handicapé ou non. Je prendrai soin de ce bébé quelqu’il soit. Je n’ai absolument aucun pouvoir sur sa destinée.
Savoir avant, me semblerait me l’approprier « avant l’heure ». Je ne peux absolument pas décider si c’est un garçon ou une fille… Alors quelqu’il soit, il sera pleinement accepté dans ma famille, dans mon coeur de maman.

Je ne veux pas, dès à présent, rentrer avec les bras chargés de pyjamas roses ou bleus. Je veux le laisser être celui/celle qu’il/elle va être. Cela ne m’empêchera pas de « girliser » si c’est une nenette, après la naissance… (Oui, je suis devenue ultra-girly… J’aime le rose et Hello Kitty, et j’ai même pas honte.)

Mais pour l’instant, je savoure encore mes « grands » enfants, en me disant que bientôt, bientôt, je vais retomber dans le monde dans lequel j’étais pendant 7 ans non-stop. J’ai eu 3 ans de répit… Un peu moins. Mais c’est pas grave. Le monde des touts-petits, avec tout ce que ça implique… c’est vraiment mon kiffe…

En attendant Octobre…

Et quand ça bat en moi…

No-Regrets-1080x651Et quand ça bat en moi, toi, tu te bats dans ces derniers instants…
Et quand ce nouveau petit coeur danse à l’unisson avec le mien, toi, tu tentes de garder le tien intact…

Et tu es loin. De moi. De mes mots. De mes paroles…
Et j’ai peur. Parce que je ne sais pas faire. Je ne sais plus faire. Je le fais avec d’autres… mais quand la peur m’envahit, elle me paralyse. Je n’ose pas trop t’appeler, peur d’entendre ta voix qui a vieilli. Peur d’être loin de toi. Et ne pas savoir dire combien je t’ai aimé.

Et pourtant, je t’ai aimé. Je t’aime. Je t’aimerai…
La fin est proche quand le début arrive…
Il y a 10 ans, c’était le même scénario. J’attends mon premier enfant, et une personne chère à mon coeur décédait. Tu n’es pas encore partie, et tu te bats. Je ne veux pas te laisser partir, je veux te voir encore une fois. Je t’aime si fort, j’en suis presque désolée. J’en suis paralysée. Tu me parais si loin…

Je suis maladroite avec les gens de ma famille. Comment le dire ce que je ressens alors que tout reste ambiguë… Comment peuvent-ils comprendre mon caractère, mon égoïsme, que moi-même je ne comprends pas.

Mais avec toi, c’est différent. Tu as été là pour mon père, là pour nous. Tu nous as porté à bout de bras. Essuyé nos bêtises d’adolescents. Caché nos travers. Et tu nous as aimé si fort.

Je me sens si triste de ne jamais avoir été à la hauteur. Aujourd’hui, je me rends compte que je laisse passer le temps… je veux courir et te voir… je veux te serrer dans mes bras. Mais j’ai peur. Peur de te casser, tu es si fragile à présent.

Ne pars pas maintenant, Tata, j’ai tellement de choses à te dire. Ou à te caresser. Un baiser sur ta main. Un frôlement sur ta joue. Je veux te présenter le petit dernier. Ne pars pas, Tata. Ne pars pas.

Mère indigne

normal_coloriage-temps-4.gifFatiguée, tu te sens dépassée. Ce trop plein d’émotions qui t’envahit. Tes livres rangés dans la bibli. Tu as mis au feu ceux d’Aldo Nouri pour les remplacer par ceux de Filliozat. Tu as écrit sur tous les forums : « Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants. » Tu t’es jetée à corps perdu dans ce qui te paraissait le mieux pour ton enfant : le maternage, la non-violence, l’écoute. Tu te regardes dans le miroir, les cheveux en bataille, les yeux rougis. Tu as osé lever la main sur les cuisses dodues de ton aîné. Excédée, par la fatigue, épuisée… tu as eu le geste que tu abhorres, celui que tu décries sur les réseaux sociaux. Tu l’as fait. Tu as tapé. Tu penses avoir touché le fond. Mais comme si ça ne suffisait pas, en plus de ça, tu t’es mise à hurler. Et puis, tu t’es blâmée.

Tu t’es dit nulle, bonne à rien, indigne, que ton fils mérite mieux que toi comme maman.
Tu as honte quand tu penses à tes copines qui ne tapent jamais, ne crient jamais, ne menacent jamais, jouent avec leurs gamins, leur cuisine des petits plats bio-maison, leur tricotent des écharpes pour l’hiver et leur préparent des gâteaux à chaque goûter.

Tu ne le sais pas… Mais derrière les gâteaux en forme de coeur, derrière le petit plat bio-maison de la semaine… Il y a aussi une maman qui a des périodes de fatigue. Mais ça, tu ne le sais pas. Ou tu l’occultes.

Tu te sens mère indigne ? Alors c’est que tu ne l’es pas. Tu trouves que tu passes trop de temps devant ton ordi ou ton smartphone ? Il y a toujours pire que toi. Avant tu avais des principes, et maintenant des enfants ? Moi aussi. J’avais des principes à la noix avant d’avoir eu mon aîné, du genre : un bébé doit dormir dans sa chambre dès sa naissance, un enfant doit être poli, mon garçon ne mettra jamais les doigts dans son nez. Puis j’ai accouché. Je n’ai pas arrêté tout de suite d’avoir des principes. Ils avaient juste changé. Mes principes s’accordaient à écouter mon coeur. Mais des fois, moi aussi, mon coeur ressentait un fed up. Une fatigue intense qui te fait avoir le geste ultime, la voix élevée et les sourcils froncés.

Tu n’es pas indigne d’être mère. Tu ne l’es pas. Ce n’est pas parce que tu as failli une fois, ou deux, ou trois que tu es indigne. Tu es convaincue de la voie que tu as choisi, tu essayes au mieux de respecter ton enfant. Et, qui que tu sois, je te le promets : tu le fais bien, grandement, DIGNEMENT. Tu l’aimes.

Cela fait quelques temps que je ne veux plus suivre les livres à lettre. Parce qu’ils m’ont longtemps culpabilisé… sans que je ne puisse faire autrement. Prise dans une spirale de fatigue et de solitude (un mari absent 4 semaines sur 6, ce n’était pas simple avec 3 enfants à gérer). On avance. On recule. On saute en avant, on rerecule. Et on continue notre chemin cahin-caha… et alors ?

J’ai longtemps cru, comme toi, que j’étais indigne d’être la mère de mes enfants, que je ne méritais pas d’avoir un autre enfant puisque je ne savais pas m’occuper des 3 bonheurs que j’avais dans ma vie. Mais est-ce la vérité ? Je ne le crois pas. Je leur donne tout l’amour que j’ai en stock. Et je fais savoir quand mes limites sont atteintes. Je tente le plus possible, d’être patiente. Mais y a des jours avec et des jours sans.

Alors oui, je suis contre la fessée, la punition, les cris, les menaces. Et pourtant, oui, j’ai déjà donné des fessée, des punitions, des cris et des menaces. Ne crois pas que j’en suis fière. Ce sont autant de remise en question pour moi. Mais je suis maman. Ne l’oublie pas. N’oublie pas que tu es maman… que tu es un être humain. Indigne, je n’y crois pas. Tu le serais, si tu ne doutais pas de toi.

Mine de rien, devenir maman, c’est facile… Une fois que l’on est maman, c’est une autre histoire…