Chacun pour soi

J’ai posé le pied sur ce sol, il y a bientôt cinq ans… En pensant que ça serait définitif. Le soleil brulant, la chaleur étouffante, c’est ce que j’aime ici. Je fuyais pas seulement le mauvais temps de l’Alsace et leur mentalité à deux balles ; je voulais d’abord vivre à cent pourcent mon histoire d’amour, et en même temps une aventure pas si banale.

Je suis sortie de l’avion en me disant : « Tunisie, me voilà, compte moi parmi les tiens. »

18 ans de révolte contre l’injustice et d’amour pour le Maghreb et les arabes. Deux ans d’amour profond et sincère, (malgré toutes les conneries qui ont pu se produire) pour Hichem. Deux ans infernaux, à être séparé du seul être humain qui pouvait me rendre heureuse. Deux ans remplis de souvenirs honteux et sur lesquels je ferai mieux de faire un trait définitif au lieu d’y resonger avec remords.

Je suis heureuse de ma vie, du courage que j’ai eu d’être parti comme ça, à l’’aventure’.

On me mettait en garde. Je serai malheureuse là-bas, il n’y a rien dans ce pays. Pour moi, il y avait Hichem, et c’est tout ce qui comptait. Personne ne croyait vraiment à mon amour pour lui… Plutôt logique…

Et pourtant…

Puis je suis arrivée ici… il y a cinq ans, bientôt. Puis, il y a eu un moment de ma vie, un des plus beaux sûrement… « Un des », parce que j’en ai eu beaucoup. Ma conversion, tout d’abord, puis mon mariage, puis l’annonce de ma grossesse, puis le moment où j’ai vu la tête de mon bébé…

Ça semble tellement banal, n’est ce pas ? Et pourtant… Chaque femme ressent ces événements, avec de tels sentiments… si loin de la banalité…

Puis, il y a eu ce dernier voyage en France, pour voir ma mère et mes sœurs. Et j’avais le profond sentiment de ne plus vouloir vivre en Tunisie. Je change d’idée comme une girouette… C’est pas ma faute. Je suis bien nulle part.

J’étais mal en France, je me sentais pas chez moi. Je suis pas mieux ici, finalement… je suis pas chez moi…

Nan…

Je croyais que c’était fait pour moi, les couchers de soleil par delà les maisons blanches aux toits plats, les senteurs de Jasmin qui ensorcèlent, les chemins en sable, les nuits d’été interminables à boire du thé…

Nan… Finalement pas… Dans un pays où la solitude est un ennemi à combattre… Je me suis vue vouloir être seule, toute seule… Rester seule, lire mes polars, et pianoter sur l’ordi sans qu’une voisine sonne à ma porte pour m’inviter à prendre le thé…

Et le pire, dans tout ça… C’est qu’on ne peut même pas être énervée contre ses gens… Car ils sont vraiment gentils, et tout ce qu’ils font c’est par pure gentillesse et amabilité. On ne peut pas grogner contre eux, juste pour se défouler, car ils n’ont pas pensé à mal. Ces voisines ont juste pensé qu’il y a là une femme seule qui se distrairait un peu en prenant un verre de thé avec elles…

Mais non. Laissez moi donc tranquille avec Hercule Poirot et ses déductions abracadabrantes, et mon « MSN »… ça me va très bien.

Laissez moi tranquille.

Par moment, je regrette vraiment beaucoup le « chacun pour soi » si traditionnel à la France…

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2 commentaires

  1. BG · avril 30, 2008

    Salam

    Casse toi à Kaboul ma poule (sarime en plus)
    Mdr
    N’empèche, fais gaf, tu deviens ussi associale que moi

  2. zouzouz · mai 6, 2008

    Ah ben c’est sûr qu’ici, jamais une voisine n’est venue me proposer de boire le thé ! lol
    En même temps, je te comprends, je n’aimerais pas être dérangée sans cesse, surtout que ça voudrait dire qu’il faut que je sois toujours présentable ainsi que mon intérieur, et ça, ça risque d’être dur… 😉

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