Délivrance

Je reviens souvent dessus, en pensées. Cette nuit encore, dû à une insomnie.
Je suis une éternelle nostalgique. Et j’aime me rappeler des moments.
Je n’ai jamais relaté comment s’est passé l’après-naissance de ma fille et pourtant, ça reste un moment très fort.
Une fois que ma fille était là, à moitié dans mes mains, à moitié sur le drap posé sur le sol, je me suis retrouvée sur une autre planète.
Il y a toujours la même question qui me revient, une fois que j’accouche, en découvrant mes bébés : « mais comment est-ce possible qu’il est pu tenir dans mon ventre? »
Ma fille était grande et longue. Son visage tout rond. Elle était à peine recouverte de vernix, elle pleurait, elle était là. Je l’ai posé contre ma poitrine et Hichem m’a aidé à nous mettre au lit, sous la couette.
Ma fille a pris le sein, j’étais couchée, et l’interphone se met à sonner. C’est ma sage-femme qui arrive. Elle a été très rapide à partir du moment où on l’a appelé. Mais moins rapide que ma fille.
Carole était accompagnée, comme prévue, d’une élève sage-femme. J’avais accepté car, je trouve que sage-femme est un si beau métier…
Carole est arrivée à pas feutré dans ma chambre, le sourire aux lèvres en me disant : « je le savais. »
Elle le savait, et je le sentais aussi. J’allais accoucher seule. Comme un engrenage contre lequel on ne peut rien faire. J’ai laissé mon corps gérer sans retenir quoique ce soit, on a juste téléphoné trop tard…
La plupart des mamans se posent la question : « quand est ce que je dois partir à la maternité? », pour moi, la question était : « quand est-ce que je dois appeler Carole? »
J’ai décidé de me faire confiance et de me dire que mon corps me dirait bien quand l’appeler.
C’était certainement le bon moment.
Carole est là, et je n’ai qu’une envie, qu’elle retire le placenta.
Je me sens mal de le savoir en moi, j’ai une terreur qui me prend, je pleure presque.
Je n’ai plus trop de souvenir précis. Juste une ambiance : ma chambre sombre avec cette petite veilleuse rouge, qui a rendu l’âme depuis, d’ailleurs. Carole soulève à peine la couette pour admirer mon bébé,puis elle m’oscule avec une lampe de poche qui était posée sur ma table de nuit. Elyess avait joué avec la journée, et l’avait laissé là, comme une évidence.
Carole qui me dit : « tu es parfaite, comme toujours, aucune déchirure. »
J’y crois pas. De prime abord, je me dis qu’elle dit ça pour me rassurer, vu comment j’ai poussé pour sortir la tête de ma fille quand j’ai compris qu’elle avait le cordon autour du cou, c’est pas possible. J’ai eu l’impression de me casser en deux, et aucune marque sur mon périnée. Même ma première épisio n’a pas craqué. Je souris quand je comprends que je n’aurai aucun point. Mais il reste ce fichu placenta.
Ça n’a jamais été le grand amour entre lui et moi. Et pourtant, c’est lui qui nourrissait mon bébé, qui lui a donné tant pendant 9 mois. Mais la peur, la peur, la peur.
Je tremblais de tout mon corps, en disant à Carole que j’avais peur, que je ne voulais plus pousser, que j’en avais marre des contractions. Je n’en pouvais plus.
Le placenta est sorti tout seul, parait-il. Je n’ai plus le souvenir. J’ai dû demander à Carole quelques mois après. Elle n’a rien fait, elle n’a pas tiré, rien.
Pourquoi cette peur? Et pourtant, elle ne m’a pas quitté.
Je dois beaucoup à Carole pour ces moments de soutien et de douceur.
Une fois délivrée de mes peurs et de mon placenta, Carole s’est retirée dans le salon, nous laissant savourer, mon homme et moi, la rencontre avec ma fille.
Le temps est passé à une vitesse démesurée. Carole est revenue quelques heures après, pour peser ma fille. Trois heures qu’elle était née et elle n’avait pas lâché mon sein. Il était impossible de la peser avant.
J’ai réussi à la détacher un peu de moi, le temps de la mettre sur la balance et d’avoir le verdict des 4kgs100. Elle s’est mise à pleurer, et je l’ai reprise, on s’est dit qu’on la mesurerait plus tard, quand elle sera habituée à la vie terrestre. Elyess est arrivé au milieu de la nuit. Il trouve du monde dans la chambre, il ne comprend pas. Il voit Carole qu’il connait et s’approche de moi dans le lit.
En découvrant sa soeur, au lieu de se blottir contre moi, à son habitude, il fait demi-tour, et va chercher réconfort dans les bras de son père qui le recouche dans son lit.
Il se rendormira une petite heure, pour décider de revenir quand même, et de prendre la première tétée en duo.
Abd Allah se réveillera, lui, vers 8h. Ils n’ont rien entendu. Son père lui annonce qu’il n’ira pas à l’école ce matin, que le bébé est arrivé. Je le vois arriver dans la chambre avec un grand sourire. Je lui demande : « alors, c’est un garçon ou une fille? », il me répond en la regardant : « c’est une fille, elle ressemble à la petite soeur d’Emna! » (la fille de la voisine)

Accoucher à la maison, c’est aussi tout ce côté là. Etre chez soi, gérer l’après naissance à la maison, être entouré de ceux qui nous sont le plus chers. Ne pas être séparés. Prendre son temps, et gérer la nouvelle dimension sans prise de tête.
Pas d’infirmière qui rentre à chaque heure pour vérifier que bébé a bien tétée ou a bien fait ses selles à heure fixe. Pas de stress, un homme qui apprend sur le tas à cuisiner (sous ma directive quand même!), se sentir choyée, être la reine. Etre dans son lit, dans ses couettes avec ses enfants et son mari.
ça n’a pas de prix…

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2 commentaires

  1. Aurore · juillet 21, 2011

    Quelle puissance dans ton témoignage!

    Cela donne bien envie de vivre la naissance à la maison, et non pas à l’hôpital où j’ai vécu comme tu le décris les infirmières qui arrivent et allument à toutes heures (sans doute ce qui m’a le plus dérangé, alors que nous voulions nous reposer).
    Et c’est encore une question de confiance… les femmes savent accoucher, ce sont elles qui font ce travail, pas le corps hospitalier, même si celui-ci se révèle d’une grande aide en cas d’urgence. Mais contrairement à la propagande, l’urgence est rare!
    Dans mon cas, elle a même été provoquée par le corps hospitalier lui-même.

    Bienvenue à la petite princesse dans ce monde, et longue et heureuse vie à elle!

    A bientôt,
    Aurore

  2. naturecolo · juillet 22, 2011

    ça me met les larmes aux yeux ton récit.
    c’est juste beau.

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