J’ai eu peur.

Les peurs qui prennent au ventre, l’instant où tout bascule. J’ai eu très peur.
J’ai eu peur plusieurs fois dans ma vie.
Cette peur, que je ressens encore dans mes jambes, et pourtant cela fait plus d’un an que ça s’est passé. Dérouté par cet évènement… Que je n’ai pas souvent conté.

Début Mars 2011, je descendais à Toulouse, en train, avec les enfants. Meryem n’avait pas 2 mois. Ma petite soeur était sur le point d’accoucher, et j’espérer secrètement qu’elle accoucherait quand je serai là… J’étais invitée chez ma mère, mon homme nous a installé dans le train, et après un dernier au revoir, les recommandations d’usage, les invocations à répéter, le train démarre. Les enfants sont d’un calme appréciable. La petite dort en écharpe, tout va bien…

A une heure de Toulouse tout dérape. Un choc. Le wagon qui bouge énormément. Le train qui freine, une odeur de souffre. Et moi qui fait ni une ni deux, qui prend mes gamins et me lève… J’ai si peur, je veux sortir. J’ai l’impression que le train est en feu.
Mais non, ce n’est pas le cas. Les haut-parleurs nous rassurent, en disant qu’il n’y a rien dans le train, mais plutôt sous le train… Et là, je revis intérieurement le wagon qui bouge sous mes pieds, qui se soulève. Cette sensation, je l’ai encore aujourd’hui. J’étais installée dans le deuxième wagon, un homme est passé sous mes pieds.
La panique tout d’abord, la peur de perdre mes enfants, mon mari, puis l’annonce affreuse ont eu raison de mes nerfs… J’ai pleuré. Puis il a fallu répondre aux questions d’Abd Allah qui est un petit garçon doué de raisonnement, et de perspicacité… « accident de personne », il a très bien compris qu’il y avait quelqu’un sous le train… Plus d’un an plus tard, j’y pense toujours.

Avant-hier, mercredi, j’ai eu très peur. Et la même peur que dans le train. Peur de perdre mes enfants. Peur de perdre mon enfant, plutôt. Plus de peur que de mal.
J’étais en train de m’occuper du linge avec la petite, dans une pièce au fond de mon appartement, les garçons étaient en train de jouer dans leur chambre. J’entends bien un bruit de chaise dans la cuisine, mais je ne m’affole pas. Elyess a pris l’habitude de monter sur ces grandes et hautes chaises de bar pour chercher des fruits sur la table de la cuisine. Les fruits, chez nous, se mangent quand on en a envie… il n’y a pas de restriction.
J’entends la chaise, puis j’entends un pleur étouffé. Je n’ai pas entendu le bruit de la chute. Juste ce pleur, tellement inhabituel pour Elyess, qui, quand il se fait très mal, peut pleurer très fort… ou pas du tout. Là, c’était comme des plaintes entre-coupées. Je me suis précipitée dans la cuisine, je l’ai retrouvé à plat dos, à côté de la chaise, et j’ai eu peur.
J’ai eu encore plus peur en voulant le prendre dans mes bras, et en réalisant qu’aucun de ses muscles n’étaient contractés, il ne tenait plus sa tête, il était tout « mou », en répétant qu’il s’était fait mal. Pendant quelques minutes, il est resté tout mou. Et ma peur au ventre, je m’en voulais bien sûr, et j’avais si peur. Je lui disais « marche, mais marche!!!! » il ne tenait pas debout. Je le gardais contre moi, il continuait ses plaintes sans s’arrêter, et moi, tout défilait dans ma tête : un nerfs sanctionné, que sais-je… Peur.
Vraiment très peur.
Au bout d’un moment, il s’est redressé de mon étreinte, et j’ai été soulagé. La peur est retombée. Je l’ai mis debout, il marchait. Je l’ai quand même gardé dans mes bras, et il s’est endormi. Se réveillant, une heure après, et continuant sa vie comme si rien ne s’était déroulée… Ma peur a été ravalée.
Mais la panique a été dure à gérer… Besoin de l’écrire.
J’ai quand même relativiser en n’appelant pas les urgences, et de voir par moi-même ce qui allait se passer… Je tends à penser que le choc de l’hôpital aurait pû être plus grand que celui de la chute…
Le lendemain, Elyess était en pleine forme, jouant, rigolant, et il commence à être bavard…

Mais en l’espace de quelques minutes, j’ai eu peur de le perdre…

C’est en racontant tout ça que je comprends mieux les paroles d’AMélie… quand elle a eu si peur quand son fils a perdu connaissance, et quand la maison de son voisin a pris feu.

Il y a des chocs qui peuvent paraître banal vu de l’extérieur… mais la panique intérieur est si grande…

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5 commentaires

  1. Malory · avril 6, 2012

    Pouaaaah les frissons que ça m’a donné !!! Mes larmes montaient ! Et quel histoire dans le train booouuuuh !!

    Je te comprends tellement j’ai toujours peur des accidents domestique, je suis une grande peureuse de perdre mon/mes fils ! Tellement que je pense que s’il dort pas la nuit c’est en parti ma faute, car s’il ne se réveille pas, je me réveille et suis obligé de regarder, poser ma main sur son ventre, car j’ai peur qu’il ne respire plus…

  2. Mahdiya · avril 6, 2012

    Salam aleykoum

    J’ai découvert ce qu’était avoir peur, vraiment, en ayant peur pour ma fille !!
    Al hamdulillah wa Allahu akbar qu’il y est eu pour toi comme pour moi, pour nos enfants, plu s de peur que de mal !

  3. sonia oum hamza · avril 7, 2012

    Salam, quelles frayeurs… je te comprend ma belle et encore plus en ce qui concerne les enfants… la semaine dernière hamza s’est étouffé avec un petit morceau de poire trop dur que son père lui avait donné… trop gros pour passer… il faisait comme si il voulait vomir. Sous la panique g eu le souvenir de ma mère qui mettait son doigt de la bouche pr récupérer le morceau genant… c ce que g fait mais il était déjà engagé. Alors comme une imbécile g enfoncé le morceau en me disant qu’il passera. Hamza est devenu encore plus rouge il s’etouffait reelement il n’arrivait plus a respirer. Et hamdulillah en lui tapant dans le dos le morceau a glisser de son oesophage et il c remis a respirer. Bien qu’il souriait 2min après comme si rien ne c t passé moi g t mal. Je voulais pleurer mais je me retenais. Mon mari n’a pas bronché ni mm bougé je pense qu’il paniquait silencieusement. Il a voulu détendre l’atmosphère en disant que c t rien mais moi je me disais « et si ce n’était pas passé? » J’imaginais la scène en scénario catastrophe. Lorsque mon mari est sortit je suis allée sur internet pour voir ce qu’il aurait fallut faire. J’ai lu alors que j’avais fait tt le contraire de ce qu’il fallait. Limite j’ai faillis tuer mon fils en enfoncant le morceau dans sa gorge. Je pensais bien faire.. j’ai culpabilisé et j’ai pleuré. Je me suis excusée auprès de hamza en lui prometant de ne plus jms réagir comme ça … il souriait il comprennait pas ma peine…en mm temps il n’a que 8 mois.
    Qu’Allah nous facilite car Il nous éprouve a travers un peu de tristesse, de peur…
    Je souhaite a personne de vivre ces frayeurs…

  4. naturecolo · avril 10, 2012

    parfois ils nous font si peur ces petits bouts!
    j’ai déjà vécu ces moments de peur intense, je te comprends tellement, tu as du être si effrayée!

  5. Amélie · avril 10, 2012

    Ah la la, cette peur primale… Je crois qu’on ne la connait qu’à partir du moment où on devient mère… C’est de l’instinct tout ça… Si la lumière rouge s’allume, c’est qu’il y a une raison… La raison, c’est que l’on sait que l’humain est fort, mais son petit est si fragile!
    Bisous d’ici!

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