L’importance de l’enfantement

Banal, l’accouchement. Tous les jours. Répétitif. C’est ainsi, une vie de plus arrive sur Terre. Chaque jour, plus de 300 000 naissances dans le monde. Tellement banal.

Et pourtant, chaque naissance est exceptionnelle, chaque enfantement serait à conter. Chaque être humain, unique, à prendre en considération…

Mais non.

Je me sens coupable, en ce moment. Coupable envers ma belle-soeur qui a donné naissance à sa fille dans des conditions extrêmes. Coupable de n’avoir pas pu être près d’elle, coupable de n’avoir pas pu faire plus. Et tellement de souvenirs réveillés. Et pourquoi ça s’est mal passé?? Mais pourquoi?? Pourquoi toujours le même cauchemar qui redémarre devant mes yeux. Pourquoi négliger l’enfantement, l’enfantante et l’enfant? Pourquoi n’ont-ils pas droit aux justes informations, au respect de leur rang? Pourquoi tant de gestes subis, conduisant à des extrêmités pires??!!

Encore une césarienne, une de plus, dûe à un déclenchement. Je ne connais même pas les raisons du déclenchement. Elle était à un jour après terme, je n’en sais pas plus. Peut-être y avait-il un soucis… Peut-être. Mais le résultat est là : une cicatrice à vie, un bébé arraché à sa mère après une violence sans nom de contractions trop dures à supporter pour son petit coeur… C’est pas grave, tout le monde va bien, nous dit-on. Mais comment en être sûre? La bonne santé, ne se base-t’elle que sur le physique? Et l’émotionnel? Et l’intérieur? Et le vécu?

Et moi, qui quelques mois auparavant, racontait à ma belle-soeur les beautés de la naissance, de la découverte de son bébé après l’effort, du premier regard échangé, du baiser, de la première tétée… Aujourd’hui, je m’en sens coupable, elle n’aura pas connu tout ça. Sa fille retirée dès la sortie du ventre, pour aller respirer dans une couveuse en néonat’, son coeur étant trop faible. Arrachée… coupée… Et moi, incapable d’aligner deux mots en arabe, au téléphone, et elle, ne comprenant pas le français… Si loin. Là-bas, au même endroit où Abd Allah, mon aîné, est arrivé.

Trop, trop, trop, s’en est trop!

Je m’en veux, et je ne sais pas pourquoi. Ce n’est pas ma faute. C’est ainsi, c’est écrit. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas continuer à me battre!

A me battre pour le respect, le respect du bébé, du nouveau-né, de la mère et de son entourage. Le respect de ses idées, de ses envies, de ses ressenties…

A Raoudha et sa petite Rihem, que Dieu vous garde, vous unisse avec ces liens si particulier d’une mère à son enfant!!

Se rend-on réellement compte à quel point l’enfantement est important? Je ne crois pas, sinon, personne ne chercherait à anesthésier ce moment. Personne ne chercherait à l’occulter. Personne ne chercherait à ne pas le vivre.

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12 commentaires

  1. Malory · juin 4, 2012

    C’est bien triste… J’aime pas quand on nous dit « c’est pas grave tout le monde va bien c’est le principal » pff, non c’est pas le principal et si nous on voulait autre chose ? On devrait se taire sous prétexte que bébé et maman allons bien?! Je suis pas d’accord …
    … Je ne sais que dire de plus…

    • Salwa · juin 6, 2012

      Eh bien disons que le bien-être n’a pas être jugé sur la simple « bonne santé physique » car le moral joue sur le physique 😉

  2. oumhamza78 · juin 4, 2012

    Salam alaykoum,
    Quelle tristesse…
    Qu’Allah lui facilite ainsi qu’a sa fille…
    J’ai moi même eu peur de vivre une césarienne du fait que mon fils était en siège et qu’au cours de la grossesse toute l’équipe médicale me disait que ça finirait comme ça de toute façon, qu’il fallait que je m’y fasse. Je ne voulais pas. J’avais peur de ça. J’ai vu de mes propres yeux une cesarienne en bloc et c’est là que j’avais compris : une maman absente qui n’arrive même pas a regarder son enfant tellement elle est étourdit par l’anesthésie.
    Un enfant qui ne touche même pas la peau de sa mère alors qu’il est violemment sortie d’en son sein. Un enfant agressé par les tuyaux, on le pique, on lui met des gouttes dans les yeux, on ne le laisse même pas respirer…
    Mais al hamdulillah, voilà qu’Allah à décider autrement pour moi, j’ai pu accoucher normalement et vivre ce moment si magique…alors que j’en avais fait le deuil.
    Qu’Allah facilite à cette maman et lui accorde de trouver le lien si fort entre elle et son enfant.
    Qu’Allah appaise ton coeur Salwa, je crois comprendre ce que tu ressens… Surtout après ce que tu as vecu dans cet endroit.

  3. Natur Écolo · juin 5, 2012

    bon cette fois j’espère que mon message ne sera pas effacé
    comme tu le sais, mon fils est né par césarienne
    et depuis quelques mois seulement, j’ai fait le deuil de mon non-accouchement
    c’est possible mais ça prend du temps
    ta belle soeur y arrivera, un jour elle saura faire « abstraction » de ce qu’elle n’a pas eu pour se recentrer sur ce qu’elle a eu
    je veux dire par là que tu ne dois pas culpabiliser, ce qui arrive est écrit, Dieu en a décidé ainsi, Il a ses raisons

    • Salwa · juin 6, 2012

      Oui, tout à fait.
      Mais le maternage n’étant pas l’apanage de bien des tunisiens… J’ai peur pour l’attachement…

      • Natur Écolo · juin 8, 2012

        et t abelle soeur, le maternage, elle en pense quoi?

        • Salwa · juin 8, 2012

          Je ne sais même pas si elle l’allaite… Le maternage n’étant pas répandu là bas. Du moins pas dans le sens que l’on entend ici 🙂

  4. Amélie · juin 5, 2012

    Ce fameux destin! Qui fait que tout est écrit et que certaines passent par ce chemin plutôt qu’un autre…

    J’aime ton nouveau design 🙂

    • Salwa · juin 6, 2012

      Pour le design, je n’en suis pas encore satisfaite…

  5. Pingback: Revue de presse du web – 17 juin 2012 | M.M Blog – Materner avec un grand Aime
  6. Sinegre Morgane · novembre 8, 2012

    Oh oui, j’ai eu la « chance » d’avoir un accouchement pas trop médicalisé, mais pour moi c’est sur que le prochain sera à la maison!
    Je n’avais pas osé m’imposer et je le regrette, mais j’ai tout de même pu vivre cet instant merveilleux, en sentant mes contractions (on m’avait imposé la péridurale…pq? je ne l’avais pas demandé et dans ma lettre sur laquelle j’avais noté ce que je souhaitais et ne souhaitais pas pour mon accouchement il était spécifié que je n’en voulait pas sauf si je la demandais…), car elle n’a rapidement plus fait effet, j’ai pu le récupérer moi directement sans qu’il passe par les gants froids des sages femmes et j’ai pu le laisser venir à mon sein et l’allaiter deux bonnes heures avant qu’il ne me le prenne pour lui faire les examens (que je ne voulais pas qu’ils fassent non plus). C’était magique comme moment, vraiment incroyable! et même si j’ai pu le garder contre moi pdt deux heures, lorsqu’ils me l’ont prit pour les examens, ça m’a vraiment contrarié, ça brisai cette complicité naissante, les liens nouveaux qui se créaient…

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