Désespérance

Tourbillon et orage, au creux de ce ventre. Cri sourd, souffle coupé. Douleur. Douleur. Douleur. Tout se déforme et tout tourbillonne. Je perds pieds, je ne suis plus. Mais qui suis-je? Souffle, souffle. Je ne sais pas où je suis. Que se passe-t’il? Je le sais extérieurement, mais là, tout de suite, je ne sais pas, je ne sais plus. Je ne cherche plus à savoir. Je vais mourir, ce doit être ça.

Je vais mourir, oui, mais dans ces derniers instants je me sens si forte et pourtant si vulnérable. Douleur. Douleur. Mon ventre est cisaillé. Je veux mourir, je veux m’engouffrer ailleurs. Disparaître. Loin de cette douleur. Je souffre et j’ai mal. Je pleure. Mais à l’intérieur je me sens remplie d’une force sans nom. Je me déplace en soufflant. je suis belle, je me vois. Je vais donner la vie. Cette vie que Dieu m’a insufflé. Je souffle et j’ai mal. Je m’abandonne à la douleur. J’essaye de m’en faire une amie, mais elle revient plus mauvaise encore et me coupe la respiration. Je tourbillonne dans ma bulle. L’accalmie s’annonce…

… … …

Elle n’aura duré que peu de temps. Une violence plus aigüe me surprend, je n’en peux plus, je cherche mon sentiment de fierté au fond de moi, je creuse pour retrouver cette force qui m’a faite duré. Je n’ai plus le temps de chercher tout ça. Je dois me délivrer de cette douleur qui me rend folle. Je cherche des prises pour me rattacher. Je n’ai plus aucun repère si ce n’est que celui de mon corps qui m’ordonne d’arrêter cette violence.

Alors, je pousse pour me délivrer. Je pousse et les douleurs se calment comme par enchantement. Je pousse et ce petit corps chaud et gluant sort de mon corps. Comme un instant magique. Dans toute la période qui aura précédé sa venue au monde, j’aurai complètement occulté mon bébé. L’oubliant dans son tourbillon de folie à lui, mais relier à l’infini. La phase de désespérance est traîtresse. Mais la finale est un bouquet de feu d’artifice. Cette découverte, ce visage de ma fille. Seuls au monde, Elle, Lui et moi. Moi, éclaboussée de tous les liquides, qui se mélangent sur le drap. Assise dans ce sang. Mais admirant la beauté de ma fille. Retrouvant ma fierté que j’avais cherché. Ma fille, tu es là. C’est une fille, c’est une princesse. La douleur? Mais quelle douleur? J’ai crié? Je ne me souviens pas… Maintenant je pleure de joie. La découverte de cette surprise, ces 3 minuscules micro-secondes où je te découvre enfin, après 9 mois de questionnement. Je t’ai fait naître, par la Grâce de Dieu.

Pourquoi souffrir, me dit-on, à l’heure où la technologie peut supprimer toute cette douleur? Pourquoi souffrir? Pour savourer mon cadeau du Ciel. Pour avoir fait l’effort de découvrir mon bébé. Parce que Dieu m’a crée ainsi. J’ai souffert, mais sur le coup. Mais ma fille est arrivée, et le temps s’est arrêté…

Les émotions ne se dirigent pas… Laissez nous renaître.

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10 commentaires

  1. Malory · juin 27, 2012

    *Larmes*
    C’est si beau !

    • Salwa · juin 28, 2012

      Bientôt ton tour 🙂

      • Malory · juin 29, 2012

        En espérant que ça se passe bien, et qu’il passe en VB … Mais oui très bientôt !

  2. la sorcière · juin 27, 2012

    Quel récit ! J’espère pouvoir connaitre ça un jour. Il y a une phase de désespérance pendant l’accouchement ou c’était uniquement celui-là ?

    La souffrance a apparemment un rôle dans le deuil de l’enfant en gestation. Que ce soit lors d’une fausse couche ou d’un accouchement, on doit accepter que l’enfant qui était à l’intérieur ne le sera plus. Du coup ta réponse est inspirante : « Parce que Dieu m’a créé ainsi »

    • Salwa · juin 28, 2012

      Oh, ton idée de la douleur reliée au deuil… Je n’y avais jamais pensé… Et pourtant quand tu l’écris, cela semble si vrai, si naturel!!! Oui, ce doit être pour ça! Dieu nous a bien fait 🙂 Merci pour cette pensée que je ne cesserai de garder à présent… Et à laquelle je repenserai sûrement en temps et en heure 🙂

      Pour la phase de désespérance, elle est naturellement presque toujours là. Evidement, dans certains cas, la mère ne la ressent pas. (Accouchement par césarienne, forcément. La plupart des accouchements sous péridural.). La phase de désespérance peut être plus ou moins longue. Pour ma fille, elle avait duré très longtemps par rapport à mes fils, mais sa naissance a été fulgurante (tout l’accouchement s’est déroulé en moins de 40 minutes, mais la phase de despérance aura duré bien 20 à 25 minutes… alors que pour mon premier, je n’ai plus vraiment de souvenir, et pour mon deuxième, ça aura duré le temps des deux dernières contractions…) Tout est relatif.

      Heureuse de t’avoir donné envie de vivre ça, malgré la douleur… Au moins, je ne suis pas folle :p

  3. Azhar · juin 27, 2012

    Salamou alaykoum ton descriptif me rappel d’une maniere si intense et en meme temps troublantes mais accouchements…
    Cette ambiguite dans les sentiments que l’on ressent , douleur atroce et une force insoupsonnee que lon a , et en meme temps un apaisement entre chaque contractions , et pour finir une joie immense indescriptible …

    • Salwa · juin 28, 2012

      🙂 C’est magique la naissance…

  4. nadinbox · juin 28, 2012

    Superbe, comme j’espère vivre ça un jour !

  5. imanou · février 19, 2013

    salam aleyki
    quel jolie recit qui décrit très bien ce qu’on ressent machaALLAH

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