L’envie écoutée


Je suis tombée amoureuse.

Ça a été fulgurant. Je ne m’y attendais pas. Ça m’est tombé dessus, comme ça. Amoureuse. D’une force. D’une folie. La tête qui tourne, le coeur qui bat. Je suis tombée amoureuse. Très rapidement, il m’a demandé en mariage. Soit tout, soit rien. J’ai fait semblant de réfléchir. Juste semblant. Parce qu’avec lui, ça a été « tout », tout de suite. Pas grave si je n’avais pas encore 18 ans. Là, ma raison, elle se met en pause. Et c’est mieux ainsi. J’ai fait semblant, peut-être pour me faire désirer. Ou pour lui faire peur. Mais au fond, il le savait aussi. Quand c’est mon coeur qui réfléchit, ça s’entend de suite. Bien sûr que j’allais l’épouser, puisqu’il me le demandait.

Pas de mariage en grande pompe, pas de cérémonie pompeuse, pas de fric gaspillé. Juste lui et moi. Retrouvés, enlacés. Ensemble. J’étais petite. Une gamine. A l’heure où mes copines de bac s’amusaient en boîte de nuit, moi, j’étais auprès de mon mari. La plus heureuse. Elles, elles trimaient dans leurs études, et ont fait les choses dans l’ordre.

Ah! L’ordre! Parlons-en. Formatage. Je viens de cette société de formatage.

« D’abord ton bac! » ; « D’abord ton permis! » ; « D’abord tes études!! » ; « D’abord ton diplôme!! » ; « D’abord un CDI! » ; « D’abord un crédit!!!!!! »… et seulement, après, après, tu pourras vivre, trouver un gentil mari, et faire un enfant… Un seul, hein… Parce que tu as déjà 38 ans, et que des enfants trop rapprochés, c’est fatiguant. Et puis, un enfant après la quarantaine, avec tous les risques d’handicap, oh non non non…

Je les ai entendu les « d’abord ». Mais j’ai haussé les épaules. Je les ai entendu les « menaces ». Mais j’ai haussé les épaules. Et je suis partie. Je ne me suis pas retournée.

J’ai dit « oui ». J’avais 18 ans et demi. J’ai dit « oui », à l’homme de ma vie. De toute ma vie, à 18 ans et demi. J’ai écouté mon envie. Et nous avons ri. Puis, le temps passant, l’envie d’un bébé grandissait. Nous avons passé du temps en tant qu’amoureux. Nous avions envie de devenir parents. Là, encore nous avons entendu « d’abord tes études, d’abord un boulot, d’abord un appart plus grand, d’abord, d’abord, d’abord… »

Nous avons haussé les épaules. J’ai compris ma grossesse, le jour pile de mes 20 ans. 12 jours de retard, des nausées matinales. J’attendais le fruit de notre amour. Et un pied-de-nez à tous. Mon mari venait fraîchement de décrocher son diplôme et là, commençait pour lui, la galère des jeunes diplômés : trouver un taff. Ça a pris du temps, et j’étais déjà bien ronde quand il a trouvé un poste mal payé, mais c’était mieux que rien. Et alors? Et alors, ça ne lui convenait pas, il est parti. Il a trouvé autre chose qui n’a pas duré. Et au final, nous étions les parents les plus riches du monde ; peu de temps après l’adhan du matin, ce vendredi 22 Avril, notre bébé poussa son premier cri.

De quel travail me parliez-vous? De quel argent? De quel permis? De quelle situation? Nous étions parents, nous étions une famille. Et si nous étions soudés par le mariage, là, nous fusionnions tous les trois. Eux deux et moi. Ma vraie place. Ma raison sur pause. Mon coeur à mille à l’heure. Envie écoutée. Et la confiance. La confiance en Dieu. La confiance que ma vraie place était là, là où j’étais. Et la récompense : une semaine après la naissance, mon mari trouve un vrai poste dans son domaine, un bon boulot, qu’il aura gardé trois ans.

Je n’ai pas réfléchi. Nous n’avons pas réfléchi. Nous voulions vivre ensemble, fonder une famille. Nous n’avions pas voulu attendre d’improbable « but à atteindre » gage de sécurité financière ou amoureuse pour l’éternité.

Deux autres enfants, qui nous ont surpris par leurs arrivées, mais tellement aimés.

Il y a des choses, j’en reste convaincue : il ne faut pas se poser beaucoup de question. Un certain Blaise Pascal a bien dit que le coeur avait ses raisons que la raison ne connaît point… Je ne peux que confirmer.

Même si la réflexion reste essentielle pour garder son libre-arbitre, savoir écouter et suivre son coeur est une richesse d’autant plus grande et importante…

(Dédicace à Lamya 😉 )

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15 commentaires

  1. Morgane · décembre 10, 2012

    superbe comme toujours! je suis totalement d’accord! 🙂

  2. Mam&Mômes · décembre 10, 2012

    Que j’aime te lire !!! et moi je le dis tu as RAISON 🙂

  3. Maryam · décembre 10, 2012

    Je suis bien placée pour confirmer que tu as raison, nous avons raison!!!

  4. lemiroirdelamya · décembre 10, 2012

    Salam Aleykoum 🙂
    merci pour la dédicace et pour ce beau récit.
    C’est une belle histoire que la votre 🙂 et tu as raison, il faut savoir s’écouter. 🙂
    Merci encore! 😉

    • Salwa · décembre 10, 2012

      Mais de rien!! En fait, ça faisait un ptit bout de temps que je voulais écrire un truc dans ce genre là, sur ce que réclame la société de nos « devoirs » à faire avant de vivre nos vies 😉 Et ton billet que j’ai lu ce matin m’a poussé à l’écrire enfin!! Alors, c’est pour ça que je te le dédicace à toi 🙂

  5. penseesdunemusulmane · décembre 10, 2012

    Magnifique! Je n’ai pas encore d’enfants mais je me suis aussi mariée très jeune en « traumatisant » tout le monde: « Mais pourquoi est-ce si urgent? Vous ne vous connaissez pas encore tant que çà, prenez le temps, fini tes études, etc ». Je l’ai fait (avec l’accord maternel un peu arraché au dernier moment) et je ne le regrette vraiment pas! Par contre avec du recul, je me demande parfois si j’aurais le courage (ou le culot) de ré affronter tout cela aujourd’hui…Parce que c’est quand même fatiguant de tenir tête à tout le monde! J’ai fêté mes 5 ans de mariage il y a peu et mon couple se porte à merveille Al Hamdoulilah: ma meilleure « revanche » contre toutes les mauvaises langues;)

    • Salwa · décembre 14, 2012

      C’est souvent la foi et la niak qui fait qu’on y arrive 😉

  6. Natur Écolo · décembre 11, 2012

    Tout pareil ou presque.
    J’ai quitté le cocon familial à 18 ans.
    J’ai eu envie d’un bb avec l’homme de ma vie à un moment de notre vie assez précaire: il reprenait des études, j’étais en cdd.
    Et 5 ans plus tard, je sais que j’ai fait le bon choix.
    Je mettrai toujours ma vie en parenthèse pour lui.
    Cet enfant est un cadeau du ciel. Comme tous les enfants devraient l’être.

    • Salwa · décembre 14, 2012

      🙂 un choix qui s’impose, délicieux…

  7. Mahdiya · décembre 13, 2012

    Salam Aleykoum

    quand on réfléchi avec son coeur, avec ses tripes et pas avec sa tête, quand on cesse d’intelectualiser, nous ne pouvons qu’être dans le juste !! Tu l’es Salwa, à prioris, qu’Allah te préserve cela amine

    • Salwa · décembre 14, 2012

      amine 🙂

      Merci ma douce.

  8. clo · décembre 14, 2012

    Tu as tellement raison !
    De toutes façons, quoi qu’on fasse, y a toujours des grincheux pour nous dire que c’est pas comme ça qu’il fallait faire.
    Le seul bon moment, c’est celui que tu choisis.

    • Salwa · décembre 14, 2012

      Oui, quand le choix vient de soi 🙂

  9. Malory · décembre 14, 2012

    Bien sur que tu as raison ! On a fait le même ici, bon ok sans mariage :p !

  10. Lila · janvier 14, 2013

    J’aime beaucoup ce texte machallah. Il fait écho à mon expérience, même si moi, je n’ai pas pu dépasser les refus et que quand on m’a dit « non », cela voulait dire « NON! ». Aujourd’hui, si Dieu me facilite le chemin pour pouvoir dire par moi-même OUI! tout en étant épaulée par mes proches, alors je le ferais avec bonheur.

    Ces jours, lointains à présent, où j’avais 19 ans et où je riais avec naïveté à tout ce bonheur que je me préparais m’ont laissé un goût amer. Pour autant, je n’en veux pas à « ces grincheux » qui ont plaqué un refus massif sur mon désir.
    Parce qu’au-delà du qu’en dira-t-on ou des craintes matérielles, ils exprimaient une vraie peur de me voir souffrir. Leur douleur était sincère.
    Si je n’ai pas réussie à les convaincre que le chemin que je voulais emprunter était le bon, si pour avancer sur cette voie je devais les laisser derrière moi, inquiets et anxieux, alors c’est que ce chemin n’était ni celui de la paix, ni celui du partage. Un amour peut-il en détruire un autre ?
    Aujourd’hui diplômée, seule, sans enfant. Quelle triste définition du bonheur.

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