Sur le chemin du lycée

Elle coupe à travers les vignes pour descendre rejoindre son lycée. Les écouteurs dans les oreilles. Son baladeur lui envoie les notes tranchantes d’un rap violent. Elle connaît les paroles par coeur. Cette vulgarité, et cette rage qui fait sortir la sienne, qu’elle contient si souvent dans sa poitrine. Elle aussi, elle a envie de hurler, elle a envie de crier, elle a envie de cracher. Mais ça ne se fait pas. Alors, elle monte le son de son baladeur, et la musique lui arrache les tympans.

Elle marche au milieu du chemin, c’est un petit chemin de vigne, il n’y a pas souvent de voitures. Mais elle sait qu’elle n’entend rien s’il y en a une qui arriverait derrière elle. Elle joue avec le feu, comme elle a toujours fait, et se demande où ses pas d’adolescente l’amènera. Vers quelle vie, vers quelle voie, vers quelle foi?

Elle a le regard hargneux quand elle croise des gens qui la toisent. Elle hait en bloc ceux qui déteste sa façon d’être, sa musique, et ses amis. Elle pense que tout le monde la déteste et elle n’aime pas la France. Et elle dit qu’elle déteste le racisme, mais que fait-elle, au fond d’elle?

Elle reste avec les mêmes personnes, seulement des étrangers, seulement. Sauf une amie. Une véritable amie. Avec cette fille, c’est différent. Cette nana, c’est une fille complètement différente. Qui n’aime pas le rap, qui n’aime pas faire l’original, qui se fiche bien de tout ça. C’est une bosseuse. Mais pas seulement, c’est une nana qu’a la tête sur les épaules, et qui lui secoue souvent les épaules pour la remettre à sa place. C’est la fille sur qui on peut compter, quelqu’un de vrai et sincère. Elle n’a jamais cessé de penser à elle.

Mais elle, la tête sur les épaules, elle connaissait pas. C’était plutôt la tête dans les nuages, à rêver à une vie ailleurs. A vouloir défier le monde et à montrer qu’elle savait ce qu’elle faisait, même si personne ne la croyait.

Elle, elle traversait les vignes au petit matin, quand le soleil se levait, pour aller au lycée. Quelle lumière, quel spectacle! Le ciel rose et bleu, une grappe de raisin chapardée, dans sa main. Et toujours Tunisiano qui hurlait son ras-le-bol de l’entre deux. Mais elle, qui était elle, petite française, de quoi se plaignait-elle? Elle avait tout : un pays, une mère, deux soeurs, un amour. Un amour. De l’autre côté de la mer. Un amour, c’est tout ce qui comptait. Et combien de larmes ont coulé sur ses joues, quand, seule, elle admirait le soleil se lever, et le goût sucré du raisin?

Elle a fait semblant. Semblant de ne plus être seule. Elle a fait semblant. Semblant de trouver des piliers solides. Elle a fait semblant. Mais autour, il n’y avait que du vent. Ceux qui comptaient, étaient tous loin. Loin. Loin. Et à quoi bon? Que sont-ils tous devenus? Et elle? Qu’est-elle devenue?

A-t’elle imaginé qu’un jour elle détesterait cette musique, qui l’a si souvent bercé? A-t’elle pensé qu’un jour, elle partirait loin de ces vignes? A-t’elle caressé l’espoir, qu’un jour, elle vivrait vraiment à ses côtés…??

A toi, mon amour.

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3 commentaires

  1. emilieoumkalthoum · décembre 21, 2012

    Moi aussi je kiffais Sniper ^^
    La rage de l’adolescence…

  2. BIZERTINE · décembre 22, 2012

    Waouh ! Ton texte est très beau.
    j’adore vraiment 😉

  3. Sasou · décembre 25, 2012

    Ton texte est fabuleux ma sha Allah, c’est un réel plaisir de lire tes articles!! Gros bisous

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