Nouvelle vie

aeroportJ’avais espéré depuis si longtemps ce moment. Et j’y étais enfin. Je venais de souffler mes dix-huit bougies, symbole de liberté, et je m’étais envolée, n’écoutant que mon coeur, cet amour incommensurable, et ma soif de tester mes capacités. Les pieds dans l’aéroport, j’avais quand même les larmes dans les yeux, et la chaleur m’étouffait. Je l’attendais. Enfin réunis. Après deux années à attendre ce moment, à espérer être avec lui, à faire un trait sur cette vie d’avant. J’avais quitté la France. La France, et mes amies. La France, et ma famille. Je croyais que je n’en avais pas beaucoup, et d’un coup, dans cet aéroport, sous cette chaleur et ces ventilateurs qui brassaient un air chaud, les prénoms de toutes celles qui allaient me manquer, je n’arrivais plus à les comptabiliser.

J’essayai tant bien que mal de quantifier… Impossible. Lucie, Cathy, Nohade, Julia, Julie, Marie-Hélène, Aurore, Carine, Roxane, Isabelle, Léa, et j’en avais encore tant d’autres. Je n’y arrivais pas… L’année de terminale était peut-être l’année la plus catastrophique que j’avais passée, elle reste quand même celle des plus grands souvenirs… Et puis, j’avais décidé de cette vie nouvelle. Je n’allais plus faire demi-tour. Même si ma gorge se nouait. Ma mère m’avait rappelé, avant de partir, que j’avais une place de réservée pour le BTS que j’avais choisi « au cas où ». Mais le cas n’y était pas. Bien que, seule, dans cet aéroport, l’attendant, je m’imaginais le pire. 

Puis il apparu devant moi. Délivrance, et pourtant… Les larmes montaient. J’avais signé ce pacte, il fallait juste trouver le courage de franchir ces quelques secondes, ces quelques semaines, ces quelques mois… Tout ça n’appartiendra bientôt plus qu’au passé. Tout appartiendra au passé. Surtout la vie sur laquelle je voulais faire une croix. Mais, mes amies aussi…

Arrivée chez ma future belle-famille, je fus accueillie comme une princesse, une reine. Jamais une telle gentillesse ne m’a été démontrée. On dit souvent que les arabes ont cette aptitude à recevoir les hôtes… Ils n’ont pas failli à la tradition. Tout le monde était aux petits soins avec moi, et dès la première soirée je faisais déjà partie de la famille, alors que l’on ne se connaissait que depuis quelques heures… J’étais entourée, comblée ; sous le même toit que l’homme que j’aimais. Et pourtant, je me sentais encore seule.

Les soirées étaient très longues… Il y avait du monde, trop de monde pour moi, pour mes habitudes. Les discussions duraient longtemps, et je n’y comprenais pas un seul mot. Les fou-rires ou les engueulades : j’étais hors-jeu… Pas assez familière avec la langue du pays. Au début, je leur demandais ce qui était drôle, ou pourquoi ils étaient fâchés… Mais à la fin, on a le sentiment d’être un boulet, alors on se mure dans le silence, sans leur en vouloir. Ce n’est pas leur faute. Ce n’est pas ma faute. 

Plus le temps passait, plus je m’exilais dans une pièce, et j’écoutais toujours ce baladeur, vissé sur mes oreilles. Je m’enfermais dans mon monde. Je fermais mes yeux, et je faisais défiler la vie que j’avais fui. Nostalgie. Puis, j’ai repris l’écriture. J’écrivais tout et n’importe quoi. Des lettres, à ces amies qui m’avaient oublié. Des lettres à des profs de français ou d’anglais. Des lettres à des amies à ma mère. Loin de la France que je rêvais de quitter, elle ne me manquait pas vraiment, ou du moins, je ne voulais pas l’admettre. Sans téléphone, sans internet. Mon stylo, mon encre, mes feuilles à carreaux. J’écrivais.

Et puis, les années ont passé. Le mariage s’est fait. La maison s’est meublée. Internet a été connecté. Et l’écriture ne m’a jamais lâché…

Merci à Selma qui m’a inspiré ce billet.

Publicités

Un commentaire

  1. selmoonette · octobre 14, 2013

    🙂 🙂 🙂

Laissez votre trace...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s