Ôde à mon morceau de tissu…

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C’est à toi que je dédie ces mots. Toi, si souvent dénigré, mal compris de ceux qui ne te connaissent pas. Et pourtant, ils ont oublié… Ils ont oublié que tu as toujours été présent, peu importe les traditions ancestrales. Toi, qu’on accuse de tous les maux de la République. Toi, qu’on accuse d’emprisonner. Toi, qui pourtant orne de beauté chaque visage, tout en le rendant discret. Toi, mon voile, mon ami depuis dix ans maintenant. Toi dont je me suis affublée sans trop réfléchir à mes gestes, juste parce que mon coeur me poussait à le faire. Toi, pour qui j’ai essuyé remarques négatives et incompréhension… On a eu peur de moi, peur pour moi. Et on a oublié que sous toi, j’étais toujours un être humain, avec une âme, un coeur, et un cerveau. Tu sais ce qu’on dit de toi? On dit que c’est par toi que nous sommes « endoctrinées« … Et puis, certaines personnes (bien évidement, celles qui ne comprennent pas la valeur spirituelle de ton existence) évoquent des thèses, sorties de « je-ne-sais-où ».

Toi, mon voile, toi qui a embelli mon coeur. Toi, qui me replace sur mon chemin. Toi, ma pudeur, mon protecteur… Tout cela, les gens à l’extérieur, ne s’en doutent pas. Et la question revient sans cesse : « pourquoi, pourquoi, pourquoi? » Je l’ai déjà dit, il y a des « pourquoi » qui restent sans réponse, et bien plus que l’on imagine… Toute ma vie a été faite dans l’instinct, dans mon coeur. Depuis mon mariage, jusqu’à la naissance de mes enfants. Depuis ma conversion, jusqu’à ces mots que je tape sur le clavier… JE VIS. Et cela dérange…

Cela dérange que je vive comme je l’entends, quand je me retrouve face à des personnes, visiblement mal à l’aise devant mon long, très long voile. Je vois les questionnements qui se bousculent dans leurs yeux, j’entends leur « moi, je pourrai pas… » silencieux, je ressens leurs envies de me crier « mais libère-toi!! »…

Libérer. Me libérer de quoi? De toi? Mais serait-ce une libération? Pour tomber dans d’autres endoctrinements? Pour tomber dans un autre chemin, suivre une mode, un concept?? Libre de quoi? Et qu’est-ce que la liberté? Leur définition est bien différente de la mienne. M’imposer une « liberté » qui me rendrait prisonnière des apparences. D’autres apparences…

Oui, je suis une apparence quand je m’orne de toi. En te portant, je représente ce que je suis à l’intérieur de moi. Pas pour l’imposer aux autres, pas pour leur faire peur… Juste parce que je ne saurai faire autrement. Et comme je ne suis qu’apparence aux yeux des autres, je me dois d’être au plus vraie, au plus juste. Tu me rends bonne, et je veux te récompenser de la meilleure façon qu’il soit. Je tente de marcher le plus droit possible, et que Dieu pardonne mes écarts. Tu fais partie de ma vie, parce que l’Islam fait partie de ma vie.

Le racisme latent, décomplexé, est de plus en plus présent… Peut-être parce que nous sommes de plus en plus présents nous aussi, avec toi… Tu sais que tu leur fais peur. C’est vraiment toi, qui leur fait peur… Car nous, sans toi, ils disent de nous « intégrées »…  Parce que pour eux, c’est aussi l’apparence qui compte. Mais ils ne voient pas l’intérieur des coeurs. Ils ne savent pas que grand nombre de musulmanes ont encore un petit peur de se couvrir de toi… peut-être à cause d’eux, peut-être à cause de leur ruse, peut-être à cause des bâtons qu’ils mettent dans nos roues…

Mais quand on comprend que tu fais partie de nous, tout est possible avec toi. On ne demande plus l’autorisation : tu es moi, je suis toi, partout où je vais, tu seras là… On m’accepte comme je suis, parce que je souris, parce que je parle normalement, parce que je me comporte normalement. Et peu à peu, tu t’effaces dans leurs yeux… Et enfin, ils comprennent.

Tu restes un habit indispensable à mes sorties, tu fais partie de moi… Et tout mon être ne s’en sort que mieux. Merci à toi, mon voile. Merci de cette main tendu, tu m’as tellement apporté…

Ma liberté, mon hijjab….

Article dédié en particulier à Amal ❤ et à Morgane 🙂

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10 commentaires

  1. noureliman · décembre 11, 2013

    Très beau, très bien écrit ! Je me reconnais pleinement. Incha Allah que beaucoup de non musulmans liront ce texte et nous comprendrons un peu mieux.. car c’est de l’incompréhension que naît la peur. Al hamdoullilah 3ala kooli hal

  2. soraya · décembre 11, 2013

    BarakAllahu fiki…

  3. morgane · décembre 11, 2013

    J’adore! Merci pour ce super article! Tu le publie justement aujourd’hui, jour où j’ai décidé de le porter pour la première fois!! 🙂

    • sanaa iman · décembre 11, 2013

      As salam aleykhoum Morgane,

      Puis-je me permettre de te demander comment tes parents ont réagi?
      D’avance merci.

      Wa salam.

    • Laurène oum Aïssatou · décembre 11, 2013

      Masha Allah, félicitations! Qu’Allah te facilite et renforce encore ta foi! Amine.

  4. sanaa iman · décembre 11, 2013

    As salam aleykhoum chère Salwa,

    Ton ode est magnifique…

    Qu’Allah te bénisse.

    Wa salam…

  5. Venault · décembre 12, 2013

    très beau texte bien senti … et toc!
    your mum!!!

  6. Eléa · août 12, 2014

    Un à un, ces mots posés les uns après les autres décrivent la réalité sur ce si bel habit qu’est le voile.

    Ce monde, dehors, ce monde ignorant, haineux m’insupporte. Je n’arrive pas à passer le cap, -qu’Allah me pardonne et me sorte du chemin de la désobéissance. Je réalise que je n’arrive pas à être moi-même. Il y a comme un frein… parce que ma foi est telle un nouveau-né et que, de personnalité, je suis très craintive. Mais, je ne crains pas la bonne « personne »… Je n’arrive même pas à expliquer cette crainte et je n’en saisis pas les raisons. Je cherche des solutions mais je m’en remets à Allah. Je sais seulement que j’ai peur de sortir avec, que les autres me voient avec, en fait, j’ai peur qu’ils me voient tel que je suis réellement. C’est très bizarre comme sentiment. Je me sens comme un oiseau dans une cage dorée: chez moi, ça va, dehors, je ne supporterais pas qu’on m’assaille…

    En tout cas, cet ôde est sublime. Il décrit mot à mot la « relation » que j’aimerais avoir avec mon voile, avec cette sagesse qu’Allah m’a imposé et m’aura accordé.
    Mon voile est déjà en moi, qu’Allah raffermisse ma foi et m’aide à Le craindre et à L’adorer de la plus belle des façons.

  7. chouke · août 14, 2014

    Je ne souhaite pas polémiquer….mais pourriez-vous m’expliquer ce paradoxe de « craindre et adorer en même temps ». Personnellement, je ne pourrai jamais adorer quelqu’un que je crains.
    Je ne peux craindre Dieu (et Jesus, Dieu, fils de Dieu pour ma part) car il est amour et miséricorde.
    Voilà, c’est juste une question.

    • Salwa · août 15, 2014

      Parce que le mot « taqwa » en arabe se traduit par « crainte » (crainte révérencielle), mais qu’on a tendance à oublier les nuances fortes présentes en arabe.
      On n’a pas la traduction exacte qui reflèterait le contexte de cette « crainte ». Ce n’est pas une crainte malsaine, ce n’est pas une « peur ». C’est un respect, une piété.
      On « craint » Dieu en respectant Ses ordres : n’associer personne à Lui, ne pas tuer, ne pas mentir, ne pas voler… Par exemple.
      Par « crainte », par « piété », par « amour » de Dieu.
      Il ne faut pas sauter sur les mots en français, parce que les traductions de l’arabe vers le français se font sans les nuances que l’on trouve en arabe…

      En gros, pour traduire un mot d’arabe, on a besoin d’une explication de 15 lignes en français, parce que la langue française est bien pauvre comparée à la langue arabe très subtile…

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