Lettre à ma Maman

A toi ma mère, ces quelques lignes… Parce que tu as toujours été là, derrière moi. Et ce n’est qu’en devenant maman à mon tour que j’ai compris… J’ai compris tes états de fatigue, tes cris, tes inquiétudes. Souvent, je me retranche au plus profond de moi, et je te revois, je me revois, et je me dis : mais quelle ingrate j’étais! Ingrat, ce mot dont les adultes usent et abusent… Ce mot qui signifie peu de choses quand nous y sommes encore dedans. Tantôt dit sur le ton de la plaisanterie, tantôt sous l’agacement.

Combien de peine t’ai-je causé ? Combien d’inquiétudes? Combien de fois t’es-tu rongé les sangs pour moi? Alors que moi, insouciante, inconsciente de ce que l’autre pouvait ressentir, continuais sur son chemin, la tête dans les étoiles??

L’enfance est un âge impitoyable où seuls comptent les sentiments que l’on ressent, égoïstement. La peine de l’autre? Sa joie? On la perçoit… mais de loin… De si loin… Et on re-concentre tout, à nouveau sur nous. Lycéenne, je riais de cette phrase : « L’égoïste est celui qui ne pense pas à moi », mais c’était ce que je vivais ; ce que chacun de mes amis vivaient ; ce que toute la génération vivaient… Ce que vivent les adolescents…

Tu sais, pendant longtemps je t’en ai voulu que tu n’agrées pas à toutes mes demandes. Pour moi, elles étaient raisonnables! Mais jamais je ne me suis mise à ta place. Jamais. Mon combat pour me marier, que tu n’as vécu que de très loin a été une épreuve qui m’a beaucoup marqué. Mais elle m’a appris deux choses, et c’est surement ce qu’il faut retenir aujourd’hui : 1. j’avais les armes nécessaires pour me lancer dans cette aventure, toute seule ; 2. finalement, tu avais une grande confiance en mes capacités. Après six mois où j’ai été pas mal éprouvée physiquement et moralement, je m’en suis sortie la tête haute. Et j’ai sû que j’étais devenue adulte, capable de voler de mes propres ailes. Et cela, sans toi derrière moi, je n’aurai pas pû.

Alors quand je vois mon parcours aujourd’hui, je me dis que je n’ai pas été si « à l’ouest » que ça… J’aurais pu tomber plus bas. J’aurais aussi très bien pu faire ce que tout le monde attendait de moi (de grandes études, un super boulot, etc, etc…)… Et finalement, j’ai été égale à moi-même, égale à ce que tu m’as transmis : imprévisible mais qui tient la route.

Tu m’as appris tellement de choses, mais je pensais que ça venait de moi… Egoïste.

Tu m’as appris à ne pas se conformer à une idée reçue, mais à creuser par soi-même… ce qui m’a amené à l’Islam. Tu m’as appris à suivre son propre avis, et son coeur … ce qui m’a amené dans les bras de mon époux. Tu m’as appris que chaque instant de la vie pouvait être des secondes de bonheur, alors j’ai tout pris, j’ai tout mélangé, et aujourd’hui, je suis celle que tu sais.

Tu m’as appris à aimer démesurément, et à avoir des analyses tranchées… Et pour ça, j’hérite bien de toi. Je donne comme toi, je parle comme toi…

On dit souvent qu’on n’espère ne pas faire les mêmes erreurs que nos parents… Mais les évite-t’on vraiment? Parce qu’aujourd’hui, je suis maman… Et depuis plus de 7 ans, je sais ce que tu as enduré pour moi et pour chacune de mes soeurs. Et je ne sais comment te le rendre… Tu es ma mère, et c’est merveilleux. Tu es ma mère, et je t’aime de tout mon coeur. Tu me manques, maman… Viens me border…

Publicités

9 commentaires

  1. enajmah · décembre 15, 2013

    Ok je peux pleurer ? C’est exactement ce que je ressens pour ma petite maman sauf que la mienne est dans la peur pour le moment et l’incompréhension vis à vis de l’Islam. Mais sinon c’est tout à fait ce que j’ai dans le coeur.

  2. Laurène oum Aïssatou · décembre 15, 2013

    Bon, ça y est, j’ai pleuré. 🙂 Je crois que chaque mère aimerait recevoir une lettre comme celle-ci! Qu’Allah préserve votre belle relation! Amine.

  3. Emilie Oum Kalthoum · décembre 16, 2013

    Assalam aleykom
    Moi aussi j’ai les larmes aux yeux…
    Ne t’inquiète pas, tu ne pourras jamais lui rendre 1/10e de ce qu’elle a donné pour toi. Tu connais le hadith : « Ta mère, ta mère, ta mère ! »
    En tout cas, j’aimerais être à la place de ta mère : voir le chemin que tu as parcouru aujourd’hui, la femme que tu es devenue, lire cette lettre, et me dire que c’est ma victoire…

  4. Leila Oum Selma · décembre 16, 2013

    Salam, c’est aussi ce que je ressens envers ma mère, el Hamdoulillah.
    Depuis la naissance de ma fille, je comprends mieux encore ce que je lui dois. Surtout, sa présence et son soutien à cette période m’ont permis de « naître mère » moi aussi… Souvent, quand je pense à ma mère, et a ce qu’elle a fait pour moi pendant les premiers jours, premières semaines de ma fille, je pense à des poupées russes: ma mère a pris soin de moi, elle m’a nourrie de son amour, et à mon tour, j’ai pu prendre soin de ma fille et la nourrir (de lait et et d’amour :-))

  5. version nounou · décembre 22, 2013

    Quand ma fille ainée est venue au monde, j’ai eu les larmes aux yeux et en pensant à ma mére, j’ai dit  » je comprends maintenant… »………

  6. Gulshaan · mars 9, 2014

    Salaam aleykoum, très touchant mashaAllah

  7. malovavanou · mars 24, 2014
    • Salwa · mars 24, 2014

      Merci beaucoup de ton commentaire prévenant… Effectivement, c’est un peu facile de reprendre des parties de phrases lol… Y en a qui manque d’inspiration, on dirait 😉

  8. sarah latreche · mai 18, 2014

    cette lettre est superbe maman tu me manque grave

Laissez votre trace...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s