Douce Rebellion

Seize ans, le vent me claquait au visage, le rap me déchirait les tympans. Il crachait sa verve, il crachait ma haine, et je ne comprenais pas ce qui me faisait différente. Je connaissais les paroles par coeur, les prenais très à coeur. Je me disais que je pourrai exprimer la même chose, mais je n’avais pas le talent, et pas l’envie de m’y lancer, à quoi bon. Mais la rage au bide, je l’avais. La haine, je connaissais. J’étais en désaccord avec tout, je ne voulais pas me plier, courber l’échine. Je me disais que c’était pas comme ça qu’on avancerait. Se retrouver dans ce petit village d’agriculteurs m’a quand même formée à être moi-même, à pas céder à l’imbécilité, à pas tomber dans la bêtise inhumainement raciste que je côtoyais. J’étais française, mais pas alsacienne, et déjà ça les dérangeait. J’étais française, mais pas mes amis… Et ça, c’était la mort assurée…

11 Septembre 2001, je me suis prise dans la poire : « t’as vu ce qu’ont fait tes potes?! », de la part d’une petite bourge à qui j’avais donné une part d’amitié… Plus tard, je comprendrais combien elle adulait Marine, au point de lui ressembler… A cette époque, je criais, je pestais, je rageais, j’étais hargneuse, fallait pas me chercher… Mais face à l’autorité, je me la fermais, dans la mesure du possible. Double-jeu. Je me détestais. Je connaissais mes convictions profondes, mon envie de partir au plus vite. Devant les plus « forts », je faisais semblant : bosseuse, j’apprenais mes leçons entre deux lettres que j’envoyais par delà la Méditerranée où j’nous promettais une autre vie.

Mes idées étaient claires : partir, rester auprès de lui, vivre ma vie, ne pas la rêver, la vivre. Peu importe ce que tous disaient. Ce qui m’a toujours fait tenir : ma conviction personnelle, mon envie de vivre, mon envie de ne pas courber l’échine. Alors, je suis partie. Alors, je suis arrivée dans ses bras. Alors, il m’a accompagné. Et là, ma vraie vie a commencé. J’étais libre : plus de profs devant qui, il fallait bien se faire voir. Non, je pouvais être moi, tout le temps. Je pouvais crier ma rage contre les injustices, je pouvais… Non, je ne pouvais pas.

Non, car à l’époque ce qui me révoltait se déroulait dans ce pays-là… Et là-bas, tu parlais pas. Pas le droit. La menace était bien trop lourde. Alors, je me suis tournée vers d’autres choses, une autre vie. J’ai pris ma vie en main…

Mais penses-tu que les injustices cessent? Non, dans tous les milieux, partout, on te donne de quoi t’indigner… Internet est devenu mon terrain de prédilection : pouvoir affirmer mes pensées, mes convictions, mes idéaux. Hurler à nouveau ma colère. Vouloir. Vouloir. Vouloir… et grandir.

Les années ont passé. J’ai été étiqueté. Tu ne passes pas en hurlant sans laisser de traces… « Extrêmiste », « puriste », « trop tranchée », « entière », « pas mesurée », « qui fait peur », « à en être dégoûtée », « si je n’avais connu que toi, je ne voudrai pas en savoir plus… » … peu importe le sujet que j’abordais. C’est trop tard, j’étais cataloguée. J’ai relu mes phrases, j’ai relu mes interventions, j’ai relu les forums où j’avais laissé ma trace, en essayant de faire comprendre mes points de vue… Et en les lisant avec des yeux extérieurs, j’ai compris pourquoi je méritais ces qualificatifs. Dans le fond, mon intention était juste d’éveiller les consciences… Et là encore, j’ai encore grandi.

Rebelle, je suis. C’est un caractère ancré en moi. Rebelle, je serai. Ou je perdrais un bout de ma personnalité…

Mais j’ai compris qu’on n’éveille aucune conscience qui ne veut être éveillée. On ne se fera pas entendre des sourds, même en hurlant à la mort. Alors, j’ai arrêté de vouloir absolument convaincre tout le monde. Convaincre, à quoi bon? Je suis convaincue moi-même de ce que je ressens. Et cela me suffit. Certaines choses me rendent triste, d’autres m’insupportent, d’autres m’emplissent de joie… Et tout ça, j’ai envie de l’exprimer, alors je le fais : mais nul besoin de hurler. Ceux qui ont les mêmes ressentis, ne s’en sentiront que plus acceptés… Les autres tournent la page, sans haine au passage.

Pourquoi crier? Pourquoi? Pourquoi s’indigner en hurlant? La société déraille, tout le monde le voit… L’exprimer pour ne pas que cela empoisonne mon coeur… Mais aujourd’hui, je ne veux que de la douceur…

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4 commentaires

  1. Camille · décembre 30, 2013

    salam alaykoum

    Je t’aime ❤

    oum zayd

    • Salwa · décembre 30, 2013

      Oh ma belle, ton message d’amour me fait monter les larmes… je suis émotive ces derniers jours… Je t’aime aussi ❤

  2. soraya · décembre 31, 2013

    VRAIE!ENTIÈRE! SOUMISE À QUI DE DROIT ET PERSONNE D’AUTRE! Allouhama barik. Puisse t-Il t’accorder dans son paradis avec qui tu désires!

  3. oranjumo · janvier 4, 2014

    Comment ne pas être admirative de cette conviction profonde qui semble t’animer, et ce même sans forcément comprendre et adhérer à cette conviction ?

    Tu as fait une douloureuse expérience qui confirme l’adage « On ne peut pas forcer à boire un âne qui n’a pas soif », d’autres l’ont fait avec d’autres « croyances », politiques, maternante, rreligieuses, même « combat » finalement….

    La douceur que tu désires est certainement désirée par d’autres, même si beaucoup pensent sans doute qu’il faut en passer par la violence et/ou là force pour ça (par exemple, laisser hurler son bébé la nuit, lui mettre des fessées…)

    C’est certainement là le noeuds du problème et ce que as appris à travers cette expérience : la fin ne justifie pas toujours les moyens….

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