Réparer une injustice

186366241Un acte banalisé, un « c’est pas grave », un « tant que le bébé va bien »… et la maman, alors? Que penser de cet handicap les premiers temps, où tu renies jusqu’à ta propre pudeur, obligée de te faire laver par une infirmière, alors que tu n’as pas 30 ans? Et cette douleur qui s’étend sur des jours? Et cette cicatrice, comme une plaie béante qui marque une injustice…

Scandalisée, quand tu entends des femmes, pas encore mères dire : « je préfèrerai avoir une césa », parce que la peur de l’accouchement, la peur au ventre…

Mais quand tu as en a eu une, tu ne penses pas une chose pareille… Une douleur lente et invasive, qui dure sur des jours, des semaines… T’empêchant de porter ton enfant comme tu le souhaites, te faisant souffrir quand tu t’assoies.

Je ne suis pas en train de te dire que toutes les césariennes sont des abus. Certaines, beaucoup, la plupart (j’ose espérer) sonnent comme des victoires, et tant mieux. Reste la façon dont c’est abordé, et c’est peut-être là, l’inacceptable…

Elle a eu une première césarienne, dans un pays où le bistouri est facile. Là-bas, une césarienne rapporte un revenu non-négligeable… Là-bas, on n’hésite pas à faire tourner les choses pour que la césarienne devienne la seule issue possible avec le fameux « c’est pour votre bien, ma brave dame. » (Et encore, ça, c’est dit gentiment…). Sauf que, une première césarienne, ça veut dire que tes choix sont limités par la suite… Là-bas, c’est sûr, tu repasses sur le billard direct… On ne tentera rien pour toi, tu peux être sûre. Alors, elle est venue ici. Parce qu’elle savait qu’ici, elle pourrait peut-être trouvé une équipe attentive, une oreille bienveillante qui entendrait son souhait de connaître les douleurs des contractions, les cris, le dos rond, la perte de contrôle, l’arrivée d’un bébé…

Mais voilà, même si l’équipe avait entendu son souhait, on ne force pas les choses… Un bébé en siège, une tête trop relevée, pas de version sur un utérus cicatriciel… trop vite, trop tard… Tenter la voie basse serait vraiment des risques. Là, ce n’est pas « pour son bien », mais juste pour la vie de son bébé. Sauf que… Sauf que si elle n’avait pas eu une première opération, l’attente aurait pu se faire, la version, l’acupuncture aussi… d’autres choses auraient pu être tentées. Avec les « si »… je sais, je connais la chanson. Personne ici ne regrette, tout le monde prend les choses comme elles viennent, pas de colère, juste une constatation.

Et pourtant, cette seconde césarienne a bousculé toutes mes idées. J’imaginais qu’un accouchement médicalisé manquerait d’émotions et de ressentis… J’ai tout voulu faire pour que cette naissance soit magique. Les larmes en prime. Tu ne peux pas assister au premier cri d’un bébé sans avoir les yeux qui piquent. Je l’ai vu sortir du ventre, littéralement. Je l’ai entendu crier. Je l’ai vu ouvrir un oeil. On l’a donné à sa mère, directement. Elle a pû l’embrasser, chose qui était impensable pour son premier. Une émotion comme rarement. Je ne m’en suis pas encore remise. L’odeur…

L’odeur qui m’entoure. Qui s’est ancré en moi, en faisant du peau-à-peau avec ce bébé qui attendait sa maman, car il était évidement impossible qu’il soit mis en couveuse… J’étais là, à bonne température. Toute petite crevette qui a posé ses mains contre moi, et qui sentait le bébé… Et une maman qui est revenue vers nous, avec un sourire fatigué, mais un sourire. Une fierté.

Ai-je réussi mon pari? Je n’en sais rien. Encore pleins de culpabilité pèse sur moi… Ce n’est pas ma faute, mais quand même… Un papa qui n’a pas pu être présent, une césarienne au final… Tout ça, pour ça…

Mais, c’est quoi « ça »?

Des gens formidables, des sage-femmes qui t’écoutent, qui t’expliquent, qui prennent le temps… Je n’en ai pas vu en Tunisie. Ici, elles ont tout fait pour respecter nos valeurs religieuses, pour nous expliquer, pour chercher à ce que cette naissance, soit une vraie naissance.

Bien sûr, l’hôpital a ses protocoles qui me font froids dans le dos, et qui font que je ne veux pas accoucher là-bas. L’idée de l’accueil du bébé, avec de la pesée sous les cris, des soins, des trucs… C’est tellement, inhumain pour moi.

Je voyais cette petite crevette, gesticulant sur la table, nue, tripatouillée dans tous les sens… et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ma fille : à peine sortie de mon ventre, elle tétait déjà mon sein, le cordon toujours relié au placenta que je n’avais pas encore expulsé. Rien ne s’était interposé… Rien, ni personne : ni lumière vive, ni mains étrangères, ni objets froids… et encore moins, liquides médicamenteux avant mon propre lait…

Je vis dans un monde à part… D’autres idées, d’autres priorités…

Ai-je réussi pour elles? Je le souhaite. Devant Dieu, mes intentions étaient sincères. J’ai changé d’idées sur l’accompagnement hospitalier… mais pas sur les protocoles…

Quel avenir pour nos enfants, si on commence la vie de cette façon?

1896876_469692123153040_563316226_n

Publicités

6 commentaires

  1. Oumnohéïla · février 22, 2014

    Alhammedou lillah étant passé par là, j’ai bénéficié alhammedou lillah d’équipe bienveillante , empathique et compatissante. Respectueuse d’un projet de naissance par voie haute, un champ opératoire baissé, une mise au sein et peau à peau qui ont suivi rapidement, un retour en salle d’accouchement et non salle de réveil.
    Des petites choses qui font beaucoup, des petits riens qui font qu’on se sent « presque  » complètement actrice. Je resterai toujours avec ce goût d’inachevé c’est certain ( car césarienne d’urgence) j’ai tout connu , sauf cette sortie. Enfin le regret, de ne pas avoir donné une naissance plus douce.
    Je ne serai jamais en paix avec ces protocoles , mais alhammedou lillah tu le dis bien il y a des accompagnements qui aident…

    QadarAllah c’est là, l’importance de la soumission à Dieu, elles ne résonnent pas comme des injustices pour moi ( mais elles le sont, bien trop souvent, dû aux abus que tu évoques..)

    Cette cicatrice est vécue pour moi comme une victoire, une fierté , je n’en ai plus honte, mes filles sont nées de « mon ventre » et les femmes qui passent par là souffrent avant et après…Qu’Allah fasse que ce soit un moyen pour l’expiation de nos péchés.

    Quand à la dernière question, j’espère inchAllah que les conditions de naissance n’évoquent pas un destin tragique, un déterminisme négatif…
    Cela serait tragique pour tous les enfants nés prématurément ,en néonatologie loin de leurs parents , séparés de leur mère par une vitre.
    Ou de ses enfants nés en temps de guerre, ou pendant des catastrophes naturelles alors que la mort rôde autour..

    Chez nous leur avenir jusqu’à aujourd’hui et j’espère encore inchAllah très longtemps est fait , de douceur, d’amour et d’écoute.

    Une naissance quelle quel soit , reste la venue d’un être au monde, un miracle d’Allah, la concrétisation d’une attente, un soulagement , un bonheur pour chaque maman 🙂

    Il n’y a rien à mettre en oeuvre pour qu’il soit « magique », la naissance par essence est une chose extraordinaire machAllah

  2. oum Zakaria · février 22, 2014

    Salam alaykoum oukhty

    Je trouve ta dernière phrase assez dure car au niveau individuel, un mauvais départ ne détermine pas forcément un mauvais chemin et une mauvaise fin al hamduliLlah Allah peut tout. Mais je te rejoins entièrement quand cet état d’esprit est normalisé et que tu y ajoutes un bébé non allaité, une entrée en crèche à 2 mois, une chambre à part à 6 mois, les longues journées à l’école, et de rares repas pris en famille. Effectivement, l’avenir de nos enfants c’est matérialisme et individualisme, ce que notre société vit déjà sans compter le délaissement de ses membres les plus fragiles. Une société qui place l’enfant au centre en lui apportant un maximum de confort matériel ah la la… On pourrait en discuter des heures, on est d’accord. Al hamduliLlah on est musulmane et on sait où est l’essentiel. Je pense que d’individu à individu on peut changer les mentalités, ne le vis tu pas avec lll ? Et que nous musulmanes, nous pouvons changer la perception que les gens ont de notre religion notamment par me discours que nous avons sur la maternité et l’enfance. En plus, il ya qd même un mouvement de retour à plus de naturel et d’amour par rapport aux années 50 (cf le livre »pour une naissance sans violence »)
    Bref je trouve beau que tu ais pu acompagner ce nouveau né vu les circonstances de sa naissance, qu’Allah vous récompense toutes les 2 de vos belles intentions, et qu’Il nous guide ainsi que nos famille sur son chemin droit.
    Bises et à bientôt incha Allah
    Ta soeur fiLlah

  3. Salwa · février 22, 2014

    Salam Alaykom mes soeurs,

    effectivement en relisant mon texte, j’ai très mal exprimé ma pensée finale… Non, je ne suis pas pessimiste à ce point, de me dire que si un nouveau-né est tripatouillé comme ça, il sera malheureux toute sa vie. Non, pas du tout… Ce n’est pas ce que j’ai voulu exprimer.

    En fait, c’était plus dans la réflexion : si les adultes n’accordent que si peu d’attention aux besoins fondamentaux d’un nouveau-né tout juste sorti du ventre… qu’espérer d’eux (des adultes) par la suite, vis à vis du respect des enfants 😉

    • Oumnohéïla · février 22, 2014

      Je comprends mieux, barakAllahou fik et c’est tout de suite plus clair 🙂

      Alhammedou lillah c’est une chance qu’elle ait une soeur qui puisse l’accompagner aussi bien dans ce moment, qu’après dans le deuil qu’elle va entreprendre.

      Qu’Allah t’en récompense

  4. Yeude · février 22, 2014

    Salaam aleykoum,

    Joli texte mashAllah, elle a du être heureuse de t’avoir à tes côtés, cela doit être difficile de ne pas pouvoir être accompagnée par son mari. Bienvenue à ce bébé et mabrouk à la maman.

    Tu sais, dans de nombreuses maternités, ils s’interposent de moins en moins entre la mère et l’enfant, ils ont fait des progrès dans les protocoles al HamdouliLlah.

    J’ai eu un accouchement hyper médicalisé, mais quand ma fille est née, ils me l’ont immédiatement posée sur moi pour la faire téter et ne me l’ont prise des bras seulement une heure plus tard, une pesée, du colyre et un lavage du nez, elle l’a habillée et l’a donnée à son père qui l’a gardée endormie sur son ventre pendant plus de 3 heures où nous étions seuls dans la salle d’accouchement. J’étais épuisée par cet accouchement compliqué, je n’ai pas pu profiter de l’instant autant que je ne l’aurais aimé, mais mon mari a adoré avoir la chance de faire connaissance avec ce tout petit être au calme.

    Bises

  5. oumroumayssa · avril 13, 2014

    as salamou alayki
    Je sais également que les services de maternité en Belgique en tout cas certaines privilégies énormément le contact mère / enfant, l’importance de l’allaitement. Et ce qui importe énormément c’est la compétence et elle était plus que présente.

Laissez votre trace...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s