Accoucher avec ou sans péri : un vrai choix?

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L’émission des Maternelles d’hier portait sur l’accouchement sans péri. Invité de marque, Mister Willy Belhassen, sage-femme réputé dans le milieu des accouchements « au naturel ».

Et présentatrices nunuches, on ne change pas une équipe qui gagne… Laisse-moi simplement extraire Nathalie LeBreton de cette bande, car elle fait l’exception. Comme toujours. Heureusement qu’elle est là pour relever un peu le niveau et aborder intelligemment les problématiques dont il est question (oui, je suis très critique envers les Maternelles, pardonne-moi… Et pourtant leurs émissions sont en général, très bien!)

Donc hier, Vignali et sa bande ont décidé de présenter des « warriors » de l’accouchement : celles qui ont décidé, envers et contre tous, d’accoucher « naturellement ».
Et on voit dans le reportage, une maman qui choisit d’accoucher sans péri : mais par pitié que l’on appelle pas ça accoucher naturellement. J’ai vécu la même chose avec mon premier et pour rien au monde, je ne voudrais le revivre!
Attachée aux perfs et au monito, sur le dos, couchée, les pieds dans les étriers… Plus confortable, tu fais pas… Surtout qu’il y a eu : ocyto, rupture artificielle de la poche des eaux… Bref, je suis passée par là, tout pareil et je peux te le dire, les douleurs sont démultipliées par la position et l’immobilisation. Chapeau à elle. Moi, j’étais obligée d’y passer, parce que pas de péri dans cet hôpital (à l’étranger) et puis surtout la phobie du geste médical qui foire et qui te paralyse à jamais, toi et/ou ton gamin…

Alors, hier, aux yeux d’une frange de la population, nous étions des warriors. Je déteste ce qualificatif, j’en ai fait quelques articles, d’ailleurs…
D’où tu me vois une warrior, toi? Dans ces moments où je me liquéfie sur place, tétanisée par la douleur? J’ai pas une tête de Xéna-La-Guerrière, mais plutôt d’une serpillère mal essorée, dégoulinante. Voilà, comment je te donne le goût d’accoucher sans péri… Sauf qu’au moment de la naissance, la dernière chose à laquelle tu es censée penser, c’est ton brushing du matin ou ta manucure, alors tu t’en fiches un peu…
Non, ce n’est pas être une warrior, il n’y a rien d’admirable, ce n’est pas sensationnel… Arrêtez, par pitié, arrêtez… Arrêtez de nous dire courageuse, arrêtez de nous porter comme des héroïnes. Personnellement, ça m’énerve parce que ça donne l’impression d’avoir fait quelques choses pour les autres, pour se démarquer, ou pour se faire mousser… Alors qu’en fait, on l’a fait, parce qu’on le sentait ainsi ou parce qu’au fond on a des convictions profondes, des idées, des peurs, des terreurs…

Des mamans viennent me demander : « mais comment gérer les douleurs? »
Gérer, toujours tout gérer… Toujours tout contrôler. N’est-ce pas en tentant de gérer les contractions, que tout se bloque? Tu veux la prendre à contre-courant? Tu veux trouver une méthode pour qu’elle soit moins douloureuse? Je ne sais pas si d’autres femmes ont trouvé, mais pour ma part, en 3 naissances sans péridurale, au moment où la contraction te fait décoller à 100 000 kms au-dessus de ton corps, je ne gérais rien du tout.
À la limite, je me projetais : « quand ça sera fini, j’aurai mon bébé. » Mais ça ne réduisait pas la douleur, ça me faisait juste patienter…

Hier, M.Belhassen a dit un truc très juste. Il disait que sans la péri, la femme pouvait ressentir de l’intérieur à quel stade de l’accouchement elle était, et si elle voulait l’accélérer ou le ralentir, en prenant des positions instinctives. Je crois que tout ça se passe dans l’inconscient… Et dans la solitude. À partir du moment, où une personne intervient pour dire à la mère ce qu’elle doit faire… Cela casse un peu cette symbiose avec le processus naturel, qui se met en marche.

J’ai eu ce besoin d’être seule, pendant mes accouchements. En tout cas, qu’on ne me pose pas de question et encore moins qu’on me donne des ordres…
Pour mon premier, ça a été une calamité.
Pour les suivants, j’ai ressenti une telle confiance en mes capacités de la part de mon mari, qui était présent, enveloppant, bienvaillant, mais surtout silencieux… Que le travail s’est déroulé à la vitesse de l’éclair. Je pouvais prendre les positions que je voulais : j’étais libre.
J’étais en sécurité entière : dans une bulle. Et dans ma conscience, je sentais que si personne n’intervenait je pourrais donner la vie, sans me prendre la tête.

Mais laissez-moi. Laissez-moi crier, laissez-moi pleurer, laissez-moi gémir, ne cherchez pas une solution là où il n’y en a pas…
Ne me faite pas croire qu’un accouchement se gère. Ou alors je suis nulle en gestion.
Ne me parlez pas d’intellectualiser une chose aussi peu réfléchie.
Je n’ai pas accoucher sans péri pour prouver que je ne suis pas douillette, ou pour qu’on dise de moi que je suis une warrior, c’est faux. Je préfère avoir des douleurs pendant quelques heures, plutôt que des migraines à répétition et des douleurs lombaires pendant des années…
Mais c’est même pas à cause de ça que je ne veux pas de la péri…
J’en veux pas parce que mon instinct le refuse. Et ça, c’est ancré au fond de moi…

Ce n’est pas du courage que de vouloir accoucher sans péri (je parle là de volonté avant l’accouchement!), mais c’est, pour moi, écouter son instinct maternel, inconscient…

Ce qui se passe ensuite, les choses qui se mettent en place, la pression et le nombre de personne autour, les conditions de la naissance (bébé mal positionné, travail trop long, etc…) font de la péri son rôle vraiment utile dans une naissance.
Mais pour moi, c’est un médicament, à consommer avec grande modération et la « peur » ne devrait pas faire partie des symptômes à soigner avec…
La peur résulte du manque de soutien et de confiance en soi. On n’occulte pas la peur en anesthésiant, en la faisant dormir quelques heures… Elle reviendra , toujours plus forte, plus grande… Cercle vicieux, sans fin…

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12 commentaires

  1. Soraya · février 27, 2014

    Salam o 3alaykom chère Salwa :=)

    Très bon article! Instructif moi qui ai un gros point ? sur mon dossier quant à la péridurale pour ma DPA prévu le 1er mars 2014.

    C’est vrai que l’on se pose un tas de questions dont pour ma part, beaucoup n’ont pas de réponse.
    Ce sont des angoisses naturelles, dont je pense gérer le moment venu, le jour j sans prise de tête ni tracas (enfin…on verra bien hein!).

    Pour l’instant, petit Adam ne veut pas sortir, il a l’air tellement bien dans mon ventre que je suis persuadé de dépasser le terme du 1er mars.
    D’où le peur du déclenchement, de la rupture artificielle de la poche des eaux, d’injections de produits divers pour accélérer le travail d’autant plus que c’est mon premier bébé et qu’il se peut que j’accouche seule ce que je n’espère pas.

    Ton article est déroutant car à la fois rassurant et effrayant.

    • Salwa · mars 1, 2014

      J’attends la suite, ma soeur :p Que Dieu te facilite!!!!

      Ne sois pas effrayée, tu vas vivre une expérience commune à beaucoup de femmes, quelques choses de banale et exceptionnelle en même temps. Que Dieu te préserve, ma soeur.

      • Soraya · mars 3, 2014

        Amiiiiiiiiiiiine ya okhti!

        Pour l’instant toujours rien à l’horizon. Aucune contraction mais bébé bouge très bien, présente un bon rythme cardiaque foetal, à la tête en bas et n’a aucune souffrance hamdollilah!

        2ème séance de monitorage à St-Côme aujourd’hui et 3ème prévu ce mercredi avec possibilité de déclenchement artificiel ce que je refuserais catégoriquement.

        M’étant beaucoup documenté que ce soit via les bouquins ou sites web étant donné que c’est une première grossesse, je suis parfaitement consciente des risques liés à ces méthodes et souhaite à tout prix éviter une césarienne.

        J’aimerais tellement un accouchement par voie basse et sans péridurale incha’Allah même si cela reste tout de même médicalisé et bien sûr pouvoir débuter un allaitement sain et non traumatisant avec mon enfant.

        J’espère de tout coeur si dieu le veut et si la nature fait bien son travail…

        En tout cas, j’apprécie vraiment ton blog pour la qualité de tes propos, la façon dont tu exprime tes ressentis et les infos qu’on peut y trouver sur un tas de sujets différents.

        Bonne continuation à toi w allah i3awnak dans ta démarche.

  2. lemondedesami · février 27, 2014

    As salam aleykoum

    Super article je n’ai pas vu l’émission, en tout cas je suis d’accord avec toi les gens nous voient tout de suite comme des courageuses étonnés de ne pas avoir fait la péridurale comme si c’était la règle générale et nous l’exception. Je suis d’accord aussi quand tu dis que la péridurale devrait rester que dans des cas exceptionnels et non quelque chose de systématique, c’est vrai que la douleur de l’accouchement est dure mais ça reste quelque chose à vivre dans sa vie et le hadith qui mentionne 3 fois la mère prend alors tout son sens on a pas le Paradis sous non pieds si facilement ^^

  3. version nounou · février 27, 2014

    J’ai aussi accouché sans péri pour mes 4 enfants, par choix, parce que je n’avais pas envie d’un médicament de plus et parce que je me suis toujours dit que c’est un acte naturel.
    Les femmes accouchent depuis la nuit des temps non ?…
    Néanmoins j’avais gardé dans un coin de ma tête que si je ne supportais plus la douleur je la demanderai. Donc je n’ai aucuin jugement sur les femmes qui la prennent.
    Je ne me prends pas pour une warrior non plus mais j’ai une estime personnelle pour avoir respecté ma volonté profonde et ne pas avoir cédé… Cédé à la peur, à la panique, à ce corps qui semblait prendre le pas sur mon intellect…

    • Salwa · mars 1, 2014

      Ah oui, tout à fait d’accord : je ne suis pas une warrior, mais j’ai une bonne estime de moi, effectivement… Sans tomber dans la fierté orgueilleuse, j’espère 😉

  4. flo · février 27, 2014

    Nooon ! Tu me casses un mythe là. Je croyais que si on ne me déclenchait pas, et qu’on ne faisait pas la rupture artificielle, ça serait gérable. Supportable je veux dire 😉
    Tu as connu les deux, dis-moi. Hors phase de désespérance (que j’ai vécu comme une souffrance mentale plus que physique), est ce que sans péri, on a ce moment où on se dit « plus jamais de gosse, PLUS JA-MAIS ! » Ou est ce que c’est juste « oulala ça fait mal, ça fait mal » en se contorsionnant pour faire passer le truc ?

    Sur une échelle de 1 à brûlure de la mort de l’expulsion, les contractions méchantes de la fin, elles sont où ? (Si tu me dis moins que l’expulsion, je te fais des bisous)

    • Salwa · février 27, 2014

      Je crois, Flo, que tout est relatif…
      Chaque accouchement est différent.
      Pour moi, les expulsions n’ont pas été plus douloureuses que ça. La phase de désespérance pendant laquelle je croyais que je ne verrai plus jamais la lumière du jour, est bien plus douloureuse (pour moi).
      Beaucoup m’ont parlé de « brûlure » lors de l’expulsion… Je ne l’ai jamais senti.
      Peut-être que la position a joué?
      Pour mon premier, on me charcutait au même moment, et j’avais mal à l’épisio qu’elles coupaient…
      Mais pour les autres, pas de brûlures…
      Est ce le quatre pattes??

      • Flo SD · mars 6, 2014

        Merci Salwa. Tu me redonnes la foi ! (pour la brûlure, la position doit jouer beaucoup, puisque le simple fait d’être sur le dos augmente le risque de déchirure, c’est bien que la peau et les muscles sont plus étirés à ce moment)

  5. Azhar · février 27, 2014

    Salamou alaykoum , moi aussi 2 accouchements ss peri , c evidement douloureux mais je suis encore la pour taper ce commentaire ….j’habite o pays bas et on ne m’a jamais parlé ou proposé la peri , aussi si on la desire on doit la payer de notre poche c pour vs dire !
    Donc pour moi j ai tt naturellement suivit le mouvement , la culture du pays et je suis tjrs debout le lendemain de l accouchement , ss douleurs o dos ni o jambes hamdoulilah ….apres cela reste un choix de vie.

  6. Mllex · février 28, 2014

    Merci pour cet article trèèèèèès intéressant, comme la plupart de tes articles en faite ^-^
    J’ai moi aussi vu l’émission :p

  7. rregnier · mars 1, 2014

    Selem alaykoum en fait à force de parcourir tes articles à ce sujet. Je commence à croire que, ce qui fait que les gens vous voit comme des Warriors est du au fait que: avec la péri on entend plus crier pendant les accouchements, ils se passent en silence. Alors quand une ne l’a fait pas et que ont l’entend crier on se dit: ou la la la c est pas possible comment on peut « choisir » d’avoir aussi mal. Sa fait peur quoi. Je ne sais pas si j’exprime bien ce que je veux dire mais bon… Pour ce qui est des animateurs des maternelles je te rejoins tour à fait. Je préférais quand c’était la blonde il y très longtemps, je ne me souviens plus de son nom. Je sais juste que Nathalie le breton y était déjà 😉

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