Mère indigne

normal_coloriage-temps-4.gifFatiguée, tu te sens dépassée. Ce trop plein d’émotions qui t’envahit. Tes livres rangés dans la bibli. Tu as mis au feu ceux d’Aldo Nouri pour les remplacer par ceux de Filliozat. Tu as écrit sur tous les forums : « Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants. » Tu t’es jetée à corps perdu dans ce qui te paraissait le mieux pour ton enfant : le maternage, la non-violence, l’écoute. Tu te regardes dans le miroir, les cheveux en bataille, les yeux rougis. Tu as osé lever la main sur les cuisses dodues de ton aîné. Excédée, par la fatigue, épuisée… tu as eu le geste que tu abhorres, celui que tu décries sur les réseaux sociaux. Tu l’as fait. Tu as tapé. Tu penses avoir touché le fond. Mais comme si ça ne suffisait pas, en plus de ça, tu t’es mise à hurler. Et puis, tu t’es blâmée.

Tu t’es dit nulle, bonne à rien, indigne, que ton fils mérite mieux que toi comme maman.
Tu as honte quand tu penses à tes copines qui ne tapent jamais, ne crient jamais, ne menacent jamais, jouent avec leurs gamins, leur cuisine des petits plats bio-maison, leur tricotent des écharpes pour l’hiver et leur préparent des gâteaux à chaque goûter.

Tu ne le sais pas… Mais derrière les gâteaux en forme de coeur, derrière le petit plat bio-maison de la semaine… Il y a aussi une maman qui a des périodes de fatigue. Mais ça, tu ne le sais pas. Ou tu l’occultes.

Tu te sens mère indigne ? Alors c’est que tu ne l’es pas. Tu trouves que tu passes trop de temps devant ton ordi ou ton smartphone ? Il y a toujours pire que toi. Avant tu avais des principes, et maintenant des enfants ? Moi aussi. J’avais des principes à la noix avant d’avoir eu mon aîné, du genre : un bébé doit dormir dans sa chambre dès sa naissance, un enfant doit être poli, mon garçon ne mettra jamais les doigts dans son nez. Puis j’ai accouché. Je n’ai pas arrêté tout de suite d’avoir des principes. Ils avaient juste changé. Mes principes s’accordaient à écouter mon coeur. Mais des fois, moi aussi, mon coeur ressentait un fed up. Une fatigue intense qui te fait avoir le geste ultime, la voix élevée et les sourcils froncés.

Tu n’es pas indigne d’être mère. Tu ne l’es pas. Ce n’est pas parce que tu as failli une fois, ou deux, ou trois que tu es indigne. Tu es convaincue de la voie que tu as choisi, tu essayes au mieux de respecter ton enfant. Et, qui que tu sois, je te le promets : tu le fais bien, grandement, DIGNEMENT. Tu l’aimes.

Cela fait quelques temps que je ne veux plus suivre les livres à lettre. Parce qu’ils m’ont longtemps culpabilisé… sans que je ne puisse faire autrement. Prise dans une spirale de fatigue et de solitude (un mari absent 4 semaines sur 6, ce n’était pas simple avec 3 enfants à gérer). On avance. On recule. On saute en avant, on rerecule. Et on continue notre chemin cahin-caha… et alors ?

J’ai longtemps cru, comme toi, que j’étais indigne d’être la mère de mes enfants, que je ne méritais pas d’avoir un autre enfant puisque je ne savais pas m’occuper des 3 bonheurs que j’avais dans ma vie. Mais est-ce la vérité ? Je ne le crois pas. Je leur donne tout l’amour que j’ai en stock. Et je fais savoir quand mes limites sont atteintes. Je tente le plus possible, d’être patiente. Mais y a des jours avec et des jours sans.

Alors oui, je suis contre la fessée, la punition, les cris, les menaces. Et pourtant, oui, j’ai déjà donné des fessée, des punitions, des cris et des menaces. Ne crois pas que j’en suis fière. Ce sont autant de remise en question pour moi. Mais je suis maman. Ne l’oublie pas. N’oublie pas que tu es maman… que tu es un être humain. Indigne, je n’y crois pas. Tu le serais, si tu ne doutais pas de toi.

Mine de rien, devenir maman, c’est facile… Une fois que l’on est maman, c’est une autre histoire…

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8 commentaires

  1. Oumnohéïla · février 26, 2016

    C’est mon état d’esprit depuis la naissance de mon petit dernier. Les livres de bienveillance donnent de belles clés , mais comment répondre aux besoins ( émotionnels etc) quand ils se manifestent au même moment pour les trois …
    Les pleurs du bébé , la crise de terrible two de la deuxième qu’il faut prendre le temps de décrypter et l’envie de jeu, de sorties de l’ainée.
    On arrive vite à saturation et on a pas encore le pouvoir de se démultiplier.

    Alors comme tu dis , on est fatiguée, on avance, on recul mais inchAllah on essaie de faire au mieux…

  2. Azhar · février 26, 2016

    Alala je suis en plein dedans !!! L’épuisement face a des enfants jamais epuises, un bb qui tête toute la nuit et qui ne dort jamais, une maison a gerer, l’école. Le travail, la famille,… Mm pas le temps de boire un café sans le faire rechauffer 3 fois, prendre sa douche sans pouvoir se brosser les cheveux, des repas en catastrophe. Et j’en passe.. .. Tt mon perfectionniste d’antan s’écoule et la… Je crie ! J’hurle ma fatigue … Et je culpabilise 😦

  3. mahdiyabel · février 26, 2016

    Salam aleykoum toi que j’aime (hihi) Plus sérieusement, tu sais, moi j’ai arrêté de me flageller le jour où, craquant, j’ai vidé mon sac à ma mère, lui disant que je m’en voulait terriblement d’avoir levé la main sur ma fille, que je ne voualit pas être cette mère là, elle ma répondu :  » tu vois mamie rose, comme elle était ? toute sa douceur, son amour, sa patience ? Ca à été pour moi une maman en or, mais tu crois qu’elle n’as jamais craqué ? qu’elle ne nous à jamais donné de fessé ou péter un plomb parcequ’elle était à bout ? si ! Et pourtant c’était une maman merveilleuse ! Une vraie maman !  » Ensuite c’est mon mari, quand je lui en est parlé, qui m’as dit à peu près la même chose au sujet de ma belle mère qui est pourtant la douceur incarné qu’allah la préserve  »

    Nous sommes des mamans, des êtres humains, des femmes avec nos hormones aussi lol ! Mais surtout je crois que nous cheminons et grandissons avec nos enfants, et avec eux, nous vivons une rencontre et nous apprenons à nous connaitre. Surtout ils ne nous sont pas confiés par hasard et souvent ils nous poussent à devenir meilleurs en nous poussant à travailler ce sur quoi nous en avons le plus besoin !

  4. enajmah · février 27, 2016

    Merci

  5. cleanettte · février 28, 2016

    😉 tu l’as écrit toi même:
    « Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants. »
    ça s’applique aussi aux conseils de Filliozat et compagnie.
    Au quotidien, ce n’est pas forcément évident, même avec toute la bonne volonté du monde et surtout quand on a personne pour reprendre la main quand on fatigue.
    L’essentiel, ce n’est pas de ne jamais chuter mais de se relever et de faire en sorte de se faciliter le chemin si possible pour éviter de chuter à nouveau ou alors le moins souvent possible.

  6. Moineau · février 28, 2016

    Tes mots me font du bien… c’est tellement culpabilisant de ne pas être la mère parfaite qu’on imaginait avant.

  7. omra simple · février 29, 2016

    bonne continuation
    Bravo

  8. The Outsider Muslima · juin 2, 2016

    Wow mashAllah,cela me représente tellement! Merci pour ce texte! 🙂

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