Les classements, les catégories… et moi.

fb363ae667ae39e67234afbb44d12facIl y a 11 ans, quand je venais d’accoucher de mon premier enfant, je n’avais pas internet haut-débit, et je ne connaissais pas grand chose de ce réseau. Et j’ai presque envie de dire : TANT MIEUX. Parce que j’ai appris à m’écouter plus qu’à lire comment faisaient les autres.
Mais, quand je pouvais avoir un peu de débit, je me baladais sur la toile, et lisais des témoignages de temps en temps. Juste assez pour qu’ils me touchent, mais pas pour me faire culpabiliser d’agir autrement. C’est quand, 2 ans plus tard, nous avons installé l’ADSL, que j’étais devenue une « forumeuse » active, comme on disait à cette époque.

Sans comprendre vraiment pourquoi, je m’étais dirigée vers un forum appelé « Maternage ». Ah, oui, j’en parle encore.
A cette époque, pour moi, le terme de maternage avait une définition simple : « élever son enfant du mieux qu’on peut ». Je ne pensais pas du tout que, pour certaines personnes, être maternante voulait dire qu’on devait rentrer dans des moeurs particuliers. Il FALLAIT dormir avec son enfant, l’allaiter longtemps, le porter en écharpe de portage, lui faire porter des chaussons en cuir souple et ne le diversifier qu’avec du bio (ou de ton potager). Je ne savais pas qu’il y avait un code pour être maternante. Mais ce que je ne savais pas… c’est que je l’étais sans le savoir.

Mais, malgré ce fait dérangeant de « catégorisation », je suis restée de (très) nombreuses années sur ce forum (les liens se tissent avec les autres membres, bien sûr), entre autre parce que la paix et la discussion régnait.

Laisse-moi donc en revenir à ces histoires de catégorisation. Je crois qu’on vit dans une société tellement jugeante, qu’on te place dans des cases, même si tu crois être « incasable ».
Alors, on donne des termes pour toutes les actions que tu fais.

Parce que tu dors avec ton enfant (chose classique et banale pour la plupart des parents sur la Terre), on appelle ça le « cododo » (tu veux paraître encore mieux, you may say « co-sleeping »). Parce que tu allaites plus ou moins longtemps, des gens qui ont trouvé la (bonne) idée de te classer pour te donner des prix : « tétées de coton, tétées de bronze, tétées d’or…etc… » (à l’instar de tes années de mariage). Si, si, je te promets ! Parce que tu portes, on dira donc que tu es « une échaporteuse ». Aaaaah, et je t’ai pas dit : parce que tu donnes de la nourriture à ton enfant (en plus de l’allaitement), on dira que tu pratiques « la DME ». Le terme qui me fait hérisser les cheveux sur la tête mais que je suis obligée d’utiliser, pour que les gens comprennent… Dingue.

C’est quoi la DME ? C’est le contraire de Blédina. Diversification Menée par l’Enfant : en gros : donner de la nourriture à ton gamin. Chose classique et normale et banale, une fois de plus. Mais non !! Nous, les « maternantes » avons besoin de nous démarquer, et d’appeler ça : DME.
– Tu fais la DME, toi ? 
– Ah oui, hein… parce que les petits pots, c’est pas bon, on sait pas ce qu’il y a dedans, et y a pas de goût.

Pas besoin d’argumenter le fait que tu donnes à manger à ton enfant. Bien sûr que les petits pots c’est pas terrible, c’est fadasse, c’est toujours la même chose, c’est chiant à donner, en plus. Mais, même si tu agis autrement que ce que voudrait ton pédiatre (200g de carottes le midi, une compote à 16h… fais-moi rire…), on se sent obligé de se démarquer en appelant ça « DME ».

Alors que pour moi, la « diversification » (qui ne veut que dire « apporter une chose différente que le lait maternel ») n’est rien d’autre que proposer à l’enfant de la nourriture, et qu’il dispose comme il en a envie. Du choux-fleur si tu as cuisiné du choux-fleur, du riz si tu as cuisiné du riz, des fruits si tu en manges aussi. Mais pourquoi en faire tout un plat –sans jeux de mots- ?

On arrive à une époque où on veut tout contrôler, même en allaitant. Combien il tète, combien il mange, combien il régurgite, combien il mouille ses couches… Qu’on surveille quand on détecte un soucis, d’accord… Qu’on contrôle, y a des limites, quand même.

Mon tout dernier a bientôt 7 mois. Les gens me demandent si « il mange ». Non, je le laisse mourir de faim, bien sûr. Il tète, donc il mange, pour sûr. Après, l’haricot vert et demi, la trois-quart de banane qu’il a écrasé sur t-shirt, et la cuillère de riz qu’il a déjà goûté, parce qu’il a pioché dans mon assiette… c’est pas vraiment ça qui le nourrit.

« Ah, mais toi, tu fais la DME, c’est normal. »

Si tu veux… je fais la « DME », si tu veux… Je fais surtout selon mon instinct et ses envies… Je le suis, un point c’est tout…

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Ce poids imposé

1*-hAFxB-2hHdCiJcmZ7Hm6gLe « maternage » est maintenant un mot commun dans le vocabulaire des nouvelles mamans. Pour certaines, une mode à suivre, pour d’autres une évidence. Pour d’autres encore, un chemin proposé, à suivre ou non, suivant ce qu’on veut pour notre enfant.

Je vois ces mamans, postant un peu partout sur internet (réseaux sociaux et autres forums) des questions sur quelles manières « materner » au mieux son enfant. Dans le genre : « j’aimerai pratiquer la motricité libre, par quoi commencer ? » ou « j’aimerai pratiquer la DME, mais comment faire ? » ou encore : « j’aimerai pratiquer le cododo mais comment le stopper et à quel âge? »

J’ai souvent envie de répondre à ces questions, mais je ne le fais pas, par peur d’être sarcastique… Mais je n’ai qu’un mot à dire : si tu ressens ce besoin irrépressible d’agir ainsi, continue à suivre ton instinct. Qu’est-ce que ça peut bien faire la façon dont tu le pratiques ? C’est bien ce qu’est le maternage ! Il n’y a pas de règle puisque la seule règle c’est de s’adapter à son enfant… Ce n’est pas un package… c’est tout simplement naturel.

Tu portes ton bébé, tu le poses par terre, tu le laisses mouver à son aise, tu le poses sur tes genoux et tu le laisses découvrir le contenu de ton assiette, tu l’endors au sein dans ton lit et tu sentiras bien quand ce sera votre moment à tous les deux de faire autrement, non ?

On arrive aujourd’hui, à des stades du maternage, très (trop) structurés… On nous explique comment « faire dormir bébé AVEC BIENVEILLANCE », comment « le nourrir DE MANIERE SAINE », comment « le porter CORRECTEMENT » (si possible avec une écharpe bio, en chanvre-bambou à 300 euros). Materner devient une ligne directive… alors qu’à mes yeux, il n’y a pas de « lois » en maternage. (Sauf celle de s’écouter).

Ça me fait penser à ces mères à qui on dit : « il faut allaiter à la demande toutes les 3h ». Tu vois, ce genre d’oxymore quotidien. Il y a deux choses qui ne vont pas ensemble : le maternage et des « règles » pour materner…

Ces règles ne feront que peser un poids plus lourd sur des épaules déjà sensibles… Aux mamans qui me lisent, à celles qui aimeraient savoir « comment faire pour materner », je veux juste leur dire de se libérer de ces contraintes, car les réponses se trouvent dans les yeux de leurs enfants.

Des ouvrages…

Je ne suis plus une grande lectrice. Je ne suis plus la lectrice que j’ai été. A mon grand désarroi. Tu le remarques aussi, je ne suis plus aussi grosse écrivaine, non plus… Ce blog est nourri de temps en temps, au gré des mois. Beaucoup moins régulièrement qu’il y a quelques années. Même si certains soirs, j’ai grande envie de le reprendre et de m’y replonger intensément comme avant… je n’y arrive plus.

Alors, à quand remonte la dernière fois que j’ai terminé un bouquin que j’ai commencé ? Je ne saurai le dire… Aussi passionnant qu’ils sont, je n’y arrive quasiment plus. En plus de ça, cela fait quelques années que je me suis un peu éloignée de livres sur « l’éducation » des enfants. Pourtant très bien, hein. Filliozat, Faber & Mazlich et autres… Ce sont des bouquins qui m’ont aidé, mais que j’use avec parcimonie, parce que je pense que l’éducation des enfants ne se situent pas dans les livres. Ils sont là comme un guide, une idée globale, ils offrent des pistes qui peuvent grandement aider. Mais quand je vois que certains parents en font carrément une religion, ça me fait plutôt frémir. « Si on ne respecte pas cela à la lettre, nos enfants seront perturbés à vie. », voilà ce qui m’est arrivé de me dire au fur à mesure de mes lectures.

Mon vrai livre, c’est mon coeur. A suivre mon instinct, à essayer d’écouter au mieux mes sentiments et ressentiments. Cela n’empêche pas la fatigue qui englobe mon coeur.

Mais, il y a quand même eu des ouvrages un peu particuliers dans ma vie. Le premier : Le Concept du Continuum de Jean Liedloff, le second : Passage de Vies de Joëlle Terrien, et dernièrement : Serre-moi fort de Carlos Gonzalès. Le point commun de ces trois livres ? En les lisant, je n’ai rien « appris », je n’ai pas eu de « révélation » qui me disait : « c’est comme ça que je veux vivre. » Mais un sentiment de bien-être de constater que c’est ainsi que j’ai TOUJOURS pensé.

Je suis encore en train de lire « Serre-moi fort » (je te l’ai dit, je mets du temps à finir mes livres, en ce moment), mais à chaque page qui défile, c’est une sensation puissante qui m’envahit. Ce pédiatre, Carlos Gonzalès, décrit tellement parfaitement ce que je vis depuis que je suis maman, cette façon de penser qui est la mienne… Et je me sens rassurée de savoir que quelque part, dans le monde, il existe encore des médecins qui pensent ainsi, et qui tentent de l’expliquer aux parents autour de lui.

Toujours cette histoire de petite goutte que chacun apporterait pour éteindre un feu…

La preuve par 3

801491fe9f373a93db9ad718148e98f7  Mon dernier-né sur mon dos, en train de jouer avec mes cheveux, à me faire des bavouilles et des areuh, ma cadette à l’extérieur à courir avec les chats, mes deux plus grands, un peu plus loin à jouer au foot avec leurs cousins et des copains (qu’ils ne connaissaient pas encore la veille)… voilà à peu près à quoi ressemblaient mes journées, de cette semaine passée en Tunisie, chez ma belle-famille.

Tout le monde était ravi de faire la connaissance de mon dernier bébé, qui, comme les autres, était la plupart du temps (quasiment tout le temps, d’ailleurs), dans l’écharpe. Bien plus pratique, étant donné qu’il ne marche pas encore à quatre pattes, et qu’il a peur que je disparaisse de son champ de vision. No problem, en quinze secondes c’est réglé, bébé est accroché. Ce n’est pas le premier qui a pris cette place… et pourtant, même si ma belle-famille est maintenant, habituée à mes pratiques « bizarroïdes », ils en restent toujours perplexes…

« Ce sont les femmes du Sud qui travaillent qui mettent leurs bébés comme ça ! » (Je ne voulais pas faire remarquer que faire la cuisine, s’occuper du linge, ou récurer les toilettes, c’était potentiellement du travail, aussi…)

« Mais est-ce qu’il va te lâcher un jour ? »… La preuve par 3 avec les premiers que je n’ai quasiment pas vu…

Puis, une discussion plus profonde avec ma belle-soeur qui est également étonnée que mes grands soient si sociables, alors qu’ils ont été portés, quand ils étaient petits. Qu’ils ont été écoutés, à qui je n’ai pas dit : « ça va, c’est rien » quand ils se plaignaient d’avoir mal. Oui, ils sont sociables (Que Dieu me les préserve ainsi), oui, ils m’ont détachée… Oui, ils font leur vie.

J’ai bien tenté de lui expliquer la logique qui veut qu’un bébé rassuré autant qu’il a besoin prendra son envol bien plus facilement plus tard. MAIS ce n’est pas pour cette raison que je porte mes bébés.

Bien sûr qu’il y a des conséquences positives, que l’on ne remarque pas sur le champs, parce qu’elles arrivent sur le long terme. Mais ma vraie raison de porter mon bébé, c’est que ce temps file si vite, que bientôt il sera trop lourd, voudra découvrir le monde avec ses petites jambes… alors en attendant, je respire son odeur de lait, je m’imprègne de sa respiration, et je ris de ses guilis dans mon cou.

En parallèle, malgré les « avertissements » dont je suis coutumière, à présent, sur les « risques » du portage intensif (bébé va devenir capricieux, bébé s’habitue, il dort mal, il ne voudra jamais dormir sans toi, son dos est mal positionné, et regarde ses jambes, etc…), tout le monde félicitait mon bébé d’être si souriant, de passer de bras en bras avec le sourire (tant que je ne restais pas trop loin), d’être agréable… et surtout : qu’il ne pleurait jamais.

Je crois, qu’il y a encore un long chemin à parcourir pour que les gens comprennent la corrélation entre le caractère jovial d’un bébé et la façon dont on le traite.

A contrario, j’ai fait la connaissance d’un de mes neveux par alliance, de 2 ans : plutôt colérique (en même temps, c’est l’âge), mais dont on dit de lui qu’il a « une tête dure » (comprendre, « tête de mule »), qu’il est grincheux, qu’il a mauvais caractère. Et ce, à longueur de journée… D’un autre côté, sa maman le laissant régulièrement livré à lui-même, jouant à des jeux sur smartphone (le smartphone, cette nounou des temps modernes ! J’avais remarqué le même fléau, lorsque j’étais en Corée… C’était plutôt impressionnant, dans le mauvais sens…). Mais, ce petit bambin, tout mignon ne demandait qu’à être considéré… Je me suis accroupie, l’ai regardé dans les yeux en  lui parlant… et il ne m’a plus lâché du séjour, m’offrant sa glace, ses bisous baveux, ou se blottissant dans mes bras quand il était fatigué… Il n’avait aucunement un mauvais caractère, n’était pas grincheux le moins du monde. Du moins… pas avec moi (au grand désarroi de sa maman).

Onze ans après avoir commencé à materner, même si c’est dur parfois, même si on trébuche, même si par moment on a l’impression de ne plus avoir d’énergie… je me rends compte que j’avais raison de m’écouter. J’en ai trois fois la preuve avec mes plus grands… et je continue avec mon petit dernier.

Et il grandit…

Presque six ans séparent mes deux derniers enfants. Quand je les regarde l’un à côté de l’autre, je trouve ça carrément bizarre. Je ne regrette pas d’avoir attendu aussi longtemps pour ce « petit dernier », car les trois premiers ont 2-3 ans d’écart entre eux, et j’avoue que ça a été difficile à gérer, émotionnellement.

On parle souvent des aspects pratiques en terme d’écart d’âge, mais d’aspect émotionnel jamais.
Cet article, n’est en rien un article scientifique qui montrerait quel écart d’âge est l’idéal, simplement parce que l’idéal est différent suivant chaque maman.

Quand Abd Allah, mon grand est né, il a rempli mon coeur, et comblé cet espace vide, il a donné un sens à ma vie. Mais très vite, le goût amer de sa naissance a pris le dessus, et je ressentais l’envie d’un second bébé qui pourrait réparer tout ça. C’est peut-être choquant à lire, et même à écrire, je me demande quel terme utilisé pour être exacte.
Cela n’enlève rien à l’amour inconditionnel que j’ai pour chacun d’entre eux, soyons clairs. Mais j’avais besoin de ME prouver qu’une naissance n’est pas assimilable à une sensation de viol et de salissure.

Alors, oui, j’admets, que j’ai eu envie d’une seconde naissance, plus que d’un second bébé. Et cette seconde grossesse a été très ambiguë tellement j’avais l’impression que nous ne serons pas quatre, mais que c’est Abd Allah qui « renaîtra ». Ce sentiment m’a rendu mal-à-l’aise pendant longtemps. Puis Elyess est arrivé, à la maison, sans crier gare. Réconciliée avec mon corps et avec ma capacité à gérer mon corps entièrement seule, j’ai pu distinguer positivement les deux frères, encore tout petits (moins de 3 ans d’écart).

Meryem, elle, ma chipie, s’est invitée avant que l’envie d’un troisième bébé se fasse ressentir vivement, même si l’idée ne me déplaisait guère… Mais Elyess n’ayant eu que 15 mois à ce moment, encore en plein allaitement, je n’en faisais pas une priorité. 24 mois au moment de la naissance de sa soeur (à la maison, elle aussi), co-allaitement, co-cododo, et petit « grand » de 5 ans à l’école… La gestion commençait à me fatiguer. Mais pas seulement…

C’est avec l’arrivée de Mohammed que je me rends compte de la différence. Ma plus jeune a 6 ans, elle commence doucement son autonomie. Et j’ai « presque » l’impression de n’avoir qu’un seul bébé à gérer. Autant je me souviens qu’avec Elyess et Meryem, je les mettais dans l’écharpe et vaquais à mes occupations avec mes aînés sans vraiment me « soucier » d’eux : ils étaient au chaud contre moi, et tétaient comme ils souhaitaient. Autant j’ai le sentiment qu’ils étaient là, sans être centrée sur eux. Je répondais à leur besoin (et aux miens ! transmission de chaleur ❤ ), mais sans me focaliser sur eux seuls, puisque je devais gérer les plus grands qui étaient encore petits…

Alors qu’avec Mohammed, bien qu’il soit h24 dans l’écharpe (à peine exagéré), qu’il tète quand il en a envie, je passe beaucoup plus de temps à l’observer, voire même à jouer avec lui, et même à m’inquiéter pour des choses pour lesquelles je ne me serai pas inquiété pour les plus grands.

Et je prends même le plaisir de le voir grandir et évoluer. Alors que pour mes deux derniers, j’aimais qu’ils restent de toutes petites boules lovées dans l’écharpe. Même si j’étais fière de chaque acquisition qu’ils faisaient, j’étais nostalgique de ces moments où ils étaient nouveaux-nés.

Emotionnellement, c’est plus facile, pour moi, de m’extasier des prouesses de mon bébé, voire même d’avoir hâte qu’il grandisse encore un peu, pour qu’il commence à vraiment inter-agir avec nous. Cette envie de le « partager » avec ses frères et soeur. Alors que pour les précédents, je ne les voulais rien que pour moi, être la seule dont ils dépendent.

Est-ce leur écart d’âge qui me fait penser autrement ? Peut-être. Peut-être aussi la maturité que j’acquière au fur à mesure dans mon rôle de mère.
Par moment, je me fais « peur » à déjà avoir envie d’un cinquième enfant. Mais au fond de moi, je sais que c’est pour « réparer » cette naissance à nouveau. Parce que j’ai tellement envie de profiter de Mohammed à 300%… ce coeur de mère qui est toujours instable et balance continuellement… C’est ça être maman.

Mais qu’est-ce que je les aime.

Je ne laisse jamais pleurer mon bébé !

Ça a longtemps été ma devise. Laisser pleurer un bébé ? Moi ? JAMAIS ! Non, mais quelle idée… Et pourtant, on a essayé de me faire croire que « ce n’est pas si grave », que « ses poumons se feront plus rapidement », que « sa voix se développe ainsi ».

Oui, on me l’a dit. J’ai « presque » failli le croire, quand j’avais 21 ans et que je venais d’accoucher de mon premier bébé. Je ne crois pas que les poumons se forment avec les pleurs, mais il est certain que mon cerveau s’est endurci avec ce genre d’âneries.

Alors, j’ai expérimenté avec Abd Allah, le « one mother, no cry » (merci Bobby, tu dois te retourner dans ta tombe, je te présente mes respects.) et figure-toi que ça marchait vachement. De toutes manières, je ne vois pas comment j’aurai pu faire autrement. Enceinte de mon second, je me suis fait le serment de me boucher les oreilles aux inepties, et de continuer à materner au maximum : porter, allaiter, bisouiller et câliner sans avoir besoin de laisser mon bébé montrer une petite larme. Elyess a été un bébé porté 24/24, mais tranquille, calme, souriant, comme son grand frère. Comme sa petite soeur, deux ans plus tard.

Mais voilà que Mohammed est rentré dans ma vie, et m’a complètement retournée. Mes principes n’ont pas changé sur ce point-là. A peine né, en peau-à-peau pendant de longues heures, en cododo forcément… SUR le sein. Nous sommes rentrés de la maternité, le lendemain de la naissance, bien sûr dans le sling… qu’il n’a plus lâché. Normal.

Normal aussi, la tétée dès qu’il ouvre les yeux, les bisous et les câlins à profusion. Normal, sa petite main dans la mienne pendant son sommeil, dans mon lit à nos côtés. Normal, les siestes au creux de moi, roulé en boule dans l’écharpe… Tout indiquait que le chemin emprunté serait le même que celui de ses aînés.

Puis est arrivée une période très dure. Une période que je n’ai pas connu avec les trois plus grands. Un tsunami qui m’a mise à terre. Mohammed s’est mis à pleurer. Mais pas juste des chouinements. De gros pleurs que je n’arrivais pas à qualifier. Il hurlait. Douleurs? Malaises? Je n’ai jamais su. Ce que j’ai su, c’est que j’étais complètement désemparée. Complètement à l’ouest. J’essayais de l’allaiter : il pleurait de plus belles. Je le portais en écharpe : il se calmait un peu, s’endormait pendant quelques minutes, et se réveillait en hurlant. J’ai essayé un bain : aussitôt mis dans l’eau, aussitôt ressorti ; les hurlements redoublaient. Ses pleurs, couplés aux miens, je regardais mon petit amour s’égosiller sans pouvoir agir. J’imaginais ce que pouvaient penser les voisins et ça me faisait encore plus frémir.

Ah, j’en ai passé des heures avec mon petit bout dans l’écharpe, hurlant, et moi, le caressant, lui parlant, lui récitant du Coran, arpentant mon appartement… A toutes heures du jour… et de la nuit. Oui, j’en ai passé des heures à culpabiliser…

Ma plus grosse crainte était les douleurs qu’il pourrait ressentir en pleurant ainsi : migraines, maux de gorge et autre…

Et quand sa grosse crise de larmes était passée, il s’endormait directement. Il posait sa tête contre ma poitrine, et POUF il tombait dans le sommeil.

J’ai un peu fouillé sur internet pour savoir de quoi il s’agissait : coliques ? pleurs de décharge ? Je suis même allée jusqu’à envisager certains syndromes…

Puis… du jour au lendemain, plus rien. Mohammed se réveille en souriant et le reste. Il s’endort en tétouillant (mon sein… car après avoir pris son pouce quelques semaines, il l’a lâché) dans l’écharpe. J’ai appris à repérer quand lui donner le sein (attention… si je le propose trop tôt, c’est parti pour une crise ! et si je le propose trop tard… C’est trop tard !), j’ai appris à voir ses signes.

Aujourd’hui, je ne le laisse plus pleurer. Sauf quand je prends le volant… il déteste la voiture… quand je n’ai pas le choix, je n’ai pas le choix. Je minimise au maximum les trajets en voiture, ce n’est pas plus mal.

Jamais je ne laisse un bébé pleurer. Mais par moment, j’ai été dépassée. C’était malgré moi… Je ne laisse pas mon bébé pleurer. Et aujourd’hui, j’apprécie ses sourires, et ses rires, son bavardage et son bavouillage.

La culpabilité ne nous quittera, en réalité, jamais. Quoiqu’on fasse. Je continuerai à materner en écoutant mon coeur… et le sien.

Renaissance particulière

Rien ne se déroule exactement comme on le programme, comme on le rêve, comme on le fantasme. On peut avoir une ligne générale d’idées, mais rien ne sert de faire de grands projets. Je n’aime pas les « et si… », je préfère les « in sha Allah ». Car je reste persuadée du bien qui se trouve derrière les portes.

Ce bébé est arrivé, une nuit de Janvier, il s’est installé. Jamais de toutes mes grossesses, aucune ne m’avait semblé si longue. Et pour cause… Ce bébé, nous l’avons désiré, voulu, el hamdoulilleh, et j’étais tellement à l’écoute des moindres signes de mon corps, que j’ai senti le premier jour de son installation au creux de moi. Alors, le décompte des jours est encore bien plus longs dans ces moments…

J’avais calculé leur date « théorique » d’accouchement aux alentours du 27 Octobre. Mais, je m’étais fiée à mes grossesses précédentes, et je m’étais dit que je serai maman pour la quatrième fois vers le 20 Octobre, au plus tard. Tant et si bien persuadée, que j’en occultais presque qu’on m’avait prédit le 25 Octobre, suivant leurs échographies.

Je n’ai jamais été une grande fan de suivi de grossesse… encore moins des échos, qui sont pour moi des moments de stress intense… Car, même si je sens que tout va bien, j’ai la hantise que l’on m’annonce un truc horrible. Mais cette fois, j’ai fait les 3 échos. Parcours de grossesse particuliers… J’avais pris contact par téléphone avec une sage-femme pour un accouchement à domicile. Elle habitait à plus d’une heure de route de chez moi, donc les premiers contacts se sont faits par téléphone. Au téléphone, ça se passait bien. La sage-femme ne demandait pas de suivi particulier, pas de prise de sang, juste les 3 échos. Je m’y suis pliée, la trouvant pas trop pénible du côté suivi médical. Mais notre première rencontre (qui a eu lieu vers le 5e mois de grossesse) a été une douche froide. Rien ne m’attirait chez elle, et je l’ai trouvé très froide. Ça n’allait pas. Je ne pouvais pas continuer avec elle, d’autant plus qu’elle n’était pas du tout présente au cours de ma grossesse.

El Hamdoulilleh, au cours de mon 7e mois de grossesse, après plusieurs jours de recherche intense, et ayant pratiquement pris la décision de me passer de sage-femme pour cette naissance, Allah a mis sur mon chemin, « une perle ». Elle me rappelait Carole, qui m’avait accompagné lors de ma troisième grossesse et naissance, par sa douceur et son ton rassurant. Elle accepta de suivre la fin de ma grossesse, et d’accompagner cette troisième naissance à la maison.

Le 9e mois est déjà entamé, et les contractions sont présentes très tôt. Persuadée de mon pressentiment d’accoucher plus tôt que prévu, l’euphorie me gagne assez rapidement.

Mais ce neuvième mois a été rempli de stress également. Un accident de voiture qui m’a perturbé même si personne n’a été blessé. J’ai soudainement eu des angoisses, me disant qu’il valait mieux que j’accouche au plus tôt, que bébé serait sûrement plus en sécurité en dehors. Des nuits d’insomnies et de cauchemars s’en sont suivies. Puis, une fois apaisée, est arrivée l’attente.

De nature partiellement impatiente, en temps normal, ce fut décuplé ces dernières semaines. Je me couchais chaque soir, en me disant « est-ce que ça viendra cette nuit ? » Le terme du 20 que je m’étais fixé se rapprochait. Et moi qui pensais que j’aurai déjà accouché.

Les contractions étaient déjà présentes. Pas très fortes, mais bien là. Je sentais que mon ventre était bien plus bas. Je gardais encore l’espoir. Le 20 Octobre passe. Le 22 passe. Et l’angoisse monte. J’envoie des textos à ma sage-femme lui racontant mon angoisse. J’ai une seule terreur : le dépassement de terme qui pourrait mener au déclenchement. Elle tente de m’apaiser. Elle est même venue me faire de l’acupuncture, me donner des petits trucs pour faire avancer doucement le travail.

Mais au fond de moi, je n’y croyais pas. J’ai toujours été persuadée que ces « aides » peuvent aider au moment du travail, mais pas avant. Pas à déclencher naturellement. Et pourtant, je continuais de m’acharner sur ces déclencheurs « naturels ».

Le 25 Octobre, terme théorique arrive. Je suis perdue et dévastée. Mais concède d’aller faire une visite le lendemain à la maternité. Ma sage-femme me suivra encore 6 jours après le dépassement de terme à deux conditions : que j’aille faire des examens tous les 2 jours afin de s’assurer que bébé aille bien… et que bébé aille bien, bien sûr.

Je m’y plie. Souvent en larmes. Et j’y vais. Bébé bouge énormément. Il gigote même. Le monito indique que son coeur va bien. Il y a du liquide. La maternité me fait revenir 2 jours plus tard. Je pense que j’aurai accouché avant… Mais 2 jours après, je suis à nouveau couché sur leur table avec un monito, un bébé qui bouge mais qui ne veut a priori pas sortir. J’ai des contractions toutes les nuits, mais « bizarrement », à la maternité, je n’ai rien. Je demande un décollement de membranes si mon col est favorable, en connaissance des risques. La sage-femme de la maternité m’informe que mon col est encore très tonique… le décollement n’est même pas douloureux, signe que ce ne sera pas efficace. Bébé bouge toujours mais ne donne pas signe de pouvoir sortir dans les heures à venir. Il me reste encore 2 jours et après, je dois prendre une décision : soit déclencher artificiellement, soit encore attendre, mais ma sage-femme ne me suivra plus, et la maternité n’est pas favorable non plus. Autant dire que s’il se passe qqchose, je serais toute seule, et je me ferai engueuler en prime.

Je ne veux pas penser aux 48h qui restent, et je suis persuadée que bébé sortira avant cette date fatidique du Lundi 31 Octobre.

Et pourtant, arrive la nuit du 30 au 31. Une succession de contractions pendant plus de 3h qui me donnent l’espoir que j’accoucherai encore chez moi. J’échange quelques messages avec ma sage-femme. Elle a aussi bon espoir. Mais, j’éprouve un doute… 3h de contractions. Qui m’empêchent de dormir. Mais qui n’augmentent pas en intensité. Je ne sens pas mon bébé qui descend. Je ne comprends pas. Epuisée, je tombe littéralement de fatigue sur le canapé vers 6h du matin, et me réveille en sursaut à 7h. Et calme plat. Plus de contractions. J’ai rendez-vous dans la matinée à la clinique pour le déclenchement… les vannes à larmes sont ouvertes.

Je tente une dernière chose : un bain. C’est à double tranchant… soit les contractions reprendront de plus belles, soit c’est peine perdu. Dans mon bain, je ressens une contraction assez violente, mais avec une douleur que je ne reconnaissais pas : quelque chose tirait à l’intérieur. Ça m’a fait mal, mais surtout peur. Je suis sortie du bain, et j’ai dit à mon mari que j’étais prête à aller à la maternité. Je ressentais que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas normal.

En prenant mon téléphone, je vois que ma sage-femme m’a appelé et m’a laissé un long message sur mon répondeur, pendant que j’étais dans mon bain. Elle me disait que peut-être que ce bébé VOULAIT naître à l’hôpital. Qu’il y avait peut-être quelque chose qui faisait qu’il DEVAIT y naître. Et c’est le même sentiment que je ressentais.

Nous sommes donc allés à la maternité. Les sage-femmes m’ont demandé quel était mon choix quant à faire ou non le déclenchement. Je leur ai répondu que si mon col avait bougé et s’était ouvert au cours de la nuit avec les contractions, je rentrais chez moi et appelais ma sage-femme ; mais que si, au contraire, ça n’avait pas bougé, je restais ici et j’allais faire le déclenchement. Verdict : je restais à la maternité.

Que raconter ensuite ? Rien de bien extraordinaire. J’ai eu une première injection d’ocytocine de synthèse sans aucun effet pendant plus d’une heure… Elles ont augmenté les doses, en essayant de ne pas y aller trop fort, sachant que je refusais catégoriquement la péridurale. Les contractions ont commencé à se faire sentir. Et bizarrement je me suis sentie soulagée. J’avais le ballon pour soulager un peu. Je m’asseyais dessus et ondulais du bassin. Mais ce n’était pas vraiment confortable, puisque j’avais le monitoring en permanence et la perfusion… J’avais l’impression d’être une marionnette accrochée. C’était bizarre.

Le personnel était vraiment super. Elles ne m’ont jamais parlé de la péridurale et ont toujours été encourageantes. Mais cette naissance était vraiment particulière. J’avais peur. Terriblement peur. Je me revoyais, 10 ans en arrière, à la naissance de mon aîné, sans pouvoir me mouvoir comme je le voulais. Même si les conditions autour était mieux, et que mon mari était avec moi…

Après 6h de contractions qui allaient crescendo, je sentais qu’arriver la fin, et là, la panique fut encore plus intense. La soif m’asséchait la gorge, je demandais à boire à mon mari qui cherchait l’approbation des sage-femmes. Mais ici, j’avais le droit de boire. Pas comme il y a 10 ans. Je savais consciemment que la soif indiquait la fin du travail, que j’allais voir mon bébé dans quelques minutes. Je le savais pour l’avoir vécu 3 fois auparavant. Mais j’étais terrorisée. Ma position n’allait pas. Je m’étais mis en tête que ma position n’allait pas, que je ne pourrais pas accoucher ainsi, que j’allais souffrir le martyr (je rigole maintenant, mais je souffrais déjà le martyr…). J’ai hurlé plusieurs fois de vouloir changer de position. Mais je ne pouvais pas : le coeur de mon bébé ralentissait de manière très significative à chaque fois que je changeais de position. J’étais contrainte d’accoucher semi-assise, pour le seul bien de mon bébé. Mais je ne voulais pas. J’avais peur. Je crois même avoir pleuré. Puis, j’ai eu le déclic… Le déclic de me dire que je n’avais pas le choix. Que j’ai toujours pensé qu’on a toujours le choix… mais que si je n’aide pas mon bébé, MAINTENANT, à sortir, ça pourrait mal finir. Alors, j’ai hurlé à la sage-femme que, puisque je ne peux pas me mettre comme je veux, au moins je veux attraper moi-même mon bébé. Ce qu’elle a approuvé. J’ai arraché littéralement le monitoring, et je me suis penchée en avant pendant la contraction, et j’ai poussé.

Mon bébé est sorti d’un coup, il a vraiment glissé. Je n’ai pas pu l’attraper tellement il est sorti rapidement. La sage-femme a pu l’attraper à temps. Mon bébé avait trois tours de cordon autour du cou et un tour autour de l’épaule. Et là, tout s’est expliqué.

Ce n’est pas qu’il voulait rester au chaud… C’est juste qu’il ne pouvait pas sortir bien qu’il l’aurait souhaité, au vu des contractions tout le long du mois.

Mohammed est donc né le lundi 31 Octobre à l’heure du Maghreb exactement (17h40).

Renaissance pour moi… pas totale réconciliation avec les hôpitaux, mais une preuve évidente de ma part que je sais composer avec les hôpitaux. Ils sont utiles pour les cas difficiles mais restent anxiogènes pour certaines mamans dans des circonstances normales.

Je ne suis pas triste de cette naissance, bizarrement. Je n’ai pas fait de baby-blues. Puis j’ai pu sortir dès le lendemain matin. Mais depuis, j’ai un peu de mal à lire les récits de naissance à la maison (même les miens…), il va me falloir un certains temps, pour m’y faire, je crois.

La suite de la naissance a été la plus terrible dans cette aventure… je n’ai pas le coeur à la raconter. Aujourd’hui, j’ai mon quatrième amour tout contre mon coeur H24 et c’est le plus important pour moi…

En attendant Octobre…

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Ma paresse continue… Voilà des mois sans avoir écrit. Le monde autour de moi me choque, me bouscule, m’interroge, m’énerve, me met en colère. Il m’a fait perdre l’envie d’écrire… Et pourtant, je te jure, j’en ai des choses à dire…

Alors, comme tu l’as sûrement compris, j’attends un quatrième enfant. Il s’est logé dans le creux de moi au mois de Janvier. Ce sera du pur cru de 2016…

Contrairement à mes trois autres grossesses, je me sens complètement zen, presque pas « enceinte ». Enfin… si, les kilos qui s’accumulent, les coups de pieds à l’intérieur de mon bidon qui s’arrondit. Si, si, je me sens enceinte. Mais je ne me focalise pas du tout sur l’accouchement, comme j’ai pu être obsédée par mes accouchements lors des précédentes grossesses. Je ne me projette plus. Je ne sais pas du tout qui sera là, où je serai, ce que je ferai ou comment je le ferai… J’attends que le temps passe, et qu’Octobre « fera craquer les  branches ».

Quoiqu’avec les folies humaines sur l’environnement, il ne viendra sûrement pas dans sa robe blanche… Peut-être qu’il y aura des feuilles partout… Mais, j’ai le sentiment, qu’on n’aura pas besoin d’écharpe pour deux.

Oui, ok, je plagie beaucoup Cabrel, là, pour le coup. Que veux-tu… J’ai toujours aimé cette chanson poétique sur l’Automne.

J’attends Octobre, en enchaînant les absurdités entendues de parts et d’autres…

La dernière en date, au sujet du « sexe » du bébé. Toi, tu le sais certainement, ou pas, mais je n’aime pas savoir avant la naissance… et ça m’énerve également quand on me demande : « Aloooors c’est quoiiiii? » (ce à quoi j’ai répondu à une inconnue, un jour : « A priori, ce n’est pas un poisson rouge. »).

Mais la palme revient donc, encore à une inconnue (une amie d’une amie d’une de mes belle-soeurs… c’est pour dire la relation qui nous unit), qui, après avoir appris que j’avais « déjà » deux garçons et une fille, et que je ne souhaitais pas connaître le sexe de ce bébé :

« Ah, mais toi, tu t’en fiches que ce soit un garçon ou une fille, puisque tu as déjà les deux sexes. »

Juste… dites-moi que ce n’est pas seulement les hormones de grossesse, et que cette phrase est franchement limite… Je ne suis pas rentrée en conflit avec cette gente dame… Mais, intérieurement, j’explosais.

Alors, laisse-moi t’expliquer pourquoi je ne veux pas savoir, par le biais d’une échographie, si c’est un garçon ou une fille…

Cela va peut-être surprendre, mais sache que je ne juge absolument pas les mamans qui demandent à savoir avant. Ce n’est qu’un cheminement que j’ai fait, qui vient du plus profond de moi.

Ce bébé ne m’appartient pas. C’est un prêt, un dépôt, comme mes trois autres enfants. Je l’accepte tel qu’il est destiné à être : fille ou garçon, handicapé ou non. Je prendrai soin de ce bébé quelqu’il soit. Je n’ai absolument aucun pouvoir sur sa destinée.
Savoir avant, me semblerait me l’approprier « avant l’heure ». Je ne peux absolument pas décider si c’est un garçon ou une fille… Alors quelqu’il soit, il sera pleinement accepté dans ma famille, dans mon coeur de maman.

Je ne veux pas, dès à présent, rentrer avec les bras chargés de pyjamas roses ou bleus. Je veux le laisser être celui/celle qu’il/elle va être. Cela ne m’empêchera pas de « girliser » si c’est une nenette, après la naissance… (Oui, je suis devenue ultra-girly… J’aime le rose et Hello Kitty, et j’ai même pas honte.)

Mais pour l’instant, je savoure encore mes « grands » enfants, en me disant que bientôt, bientôt, je vais retomber dans le monde dans lequel j’étais pendant 7 ans non-stop. J’ai eu 3 ans de répit… Un peu moins. Mais c’est pas grave. Le monde des touts-petits, avec tout ce que ça implique… c’est vraiment mon kiffe…

En attendant Octobre…

Mère indigne

normal_coloriage-temps-4.gifFatiguée, tu te sens dépassée. Ce trop plein d’émotions qui t’envahit. Tes livres rangés dans la bibli. Tu as mis au feu ceux d’Aldo Nouri pour les remplacer par ceux de Filliozat. Tu as écrit sur tous les forums : « Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants. » Tu t’es jetée à corps perdu dans ce qui te paraissait le mieux pour ton enfant : le maternage, la non-violence, l’écoute. Tu te regardes dans le miroir, les cheveux en bataille, les yeux rougis. Tu as osé lever la main sur les cuisses dodues de ton aîné. Excédée, par la fatigue, épuisée… tu as eu le geste que tu abhorres, celui que tu décries sur les réseaux sociaux. Tu l’as fait. Tu as tapé. Tu penses avoir touché le fond. Mais comme si ça ne suffisait pas, en plus de ça, tu t’es mise à hurler. Et puis, tu t’es blâmée.

Tu t’es dit nulle, bonne à rien, indigne, que ton fils mérite mieux que toi comme maman.
Tu as honte quand tu penses à tes copines qui ne tapent jamais, ne crient jamais, ne menacent jamais, jouent avec leurs gamins, leur cuisine des petits plats bio-maison, leur tricotent des écharpes pour l’hiver et leur préparent des gâteaux à chaque goûter.

Tu ne le sais pas… Mais derrière les gâteaux en forme de coeur, derrière le petit plat bio-maison de la semaine… Il y a aussi une maman qui a des périodes de fatigue. Mais ça, tu ne le sais pas. Ou tu l’occultes.

Tu te sens mère indigne ? Alors c’est que tu ne l’es pas. Tu trouves que tu passes trop de temps devant ton ordi ou ton smartphone ? Il y a toujours pire que toi. Avant tu avais des principes, et maintenant des enfants ? Moi aussi. J’avais des principes à la noix avant d’avoir eu mon aîné, du genre : un bébé doit dormir dans sa chambre dès sa naissance, un enfant doit être poli, mon garçon ne mettra jamais les doigts dans son nez. Puis j’ai accouché. Je n’ai pas arrêté tout de suite d’avoir des principes. Ils avaient juste changé. Mes principes s’accordaient à écouter mon coeur. Mais des fois, moi aussi, mon coeur ressentait un fed up. Une fatigue intense qui te fait avoir le geste ultime, la voix élevée et les sourcils froncés.

Tu n’es pas indigne d’être mère. Tu ne l’es pas. Ce n’est pas parce que tu as failli une fois, ou deux, ou trois que tu es indigne. Tu es convaincue de la voie que tu as choisi, tu essayes au mieux de respecter ton enfant. Et, qui que tu sois, je te le promets : tu le fais bien, grandement, DIGNEMENT. Tu l’aimes.

Cela fait quelques temps que je ne veux plus suivre les livres à lettre. Parce qu’ils m’ont longtemps culpabilisé… sans que je ne puisse faire autrement. Prise dans une spirale de fatigue et de solitude (un mari absent 4 semaines sur 6, ce n’était pas simple avec 3 enfants à gérer). On avance. On recule. On saute en avant, on rerecule. Et on continue notre chemin cahin-caha… et alors ?

J’ai longtemps cru, comme toi, que j’étais indigne d’être la mère de mes enfants, que je ne méritais pas d’avoir un autre enfant puisque je ne savais pas m’occuper des 3 bonheurs que j’avais dans ma vie. Mais est-ce la vérité ? Je ne le crois pas. Je leur donne tout l’amour que j’ai en stock. Et je fais savoir quand mes limites sont atteintes. Je tente le plus possible, d’être patiente. Mais y a des jours avec et des jours sans.

Alors oui, je suis contre la fessée, la punition, les cris, les menaces. Et pourtant, oui, j’ai déjà donné des fessée, des punitions, des cris et des menaces. Ne crois pas que j’en suis fière. Ce sont autant de remise en question pour moi. Mais je suis maman. Ne l’oublie pas. N’oublie pas que tu es maman… que tu es un être humain. Indigne, je n’y crois pas. Tu le serais, si tu ne doutais pas de toi.

Mine de rien, devenir maman, c’est facile… Une fois que l’on est maman, c’est une autre histoire…

Il parait que c’est un choix

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Ça… c’était avant !

Il y a un mot cher à la population occidentale, c’est « le choix ». Tiens, ça me replonge dans l’émission que tu n’as peut-être pas connue, d’Evelyne Thomas : « c’est mon choix ».
Des invités, tous plus farfelus les uns que les autres, avec leurs choix qui pouvaient paraitre bizarres. Entre l’une qui ne jurait que par le bleu, et ne s’habillait qu’en bleu, ne se maquillait qu’en bleu, avait des cheveux bleus, une chambre bleue (et mangeait des schtroumpfs, sûrement…) ; un autre qui avait décidé de se nourrir d’assiettes en faïence ; ou de celles qui avaient décidé de ne jamais se couper ni les cheveux ni les ongles… Voilà le thème de l’émission : c’est leur choix.

Un mot que l’on hurle à longueur de temps : « c’est mon choix, laissez-moi si ça ne vous plait pas ! » Dans l’absolu, oui. Je n’ai rien à dire contre cela. Que tu te promènes avec un plumeau dans le derrière (comme dirait ma mère), ou que tu décides de faire le tour du monde en marchant sur les mains : c’est ton choix, je ne vais pas intervenir, ni même le juger. Fais ce qu’il te plait : tu es le seul responsable et le seul qui en assumera les conséquences. Point de moquerie pour quelque choix personnel qu’il soit.

Mais dès lors que tu y impliques une seconde personne, ce choix n’en est plus un. Ou du moins, il doit être réfléchi plusieurs fois, sans oublier de prendre en considération les besoins et les répercussions sur l’autre personne. Si tu veux faire le tour du monde en solitaire à cloche-pied, vas-y, ça n’engage que toi. Par contre, si tu veux m’embarquer dans cette aventure, en faisant une course à pieds-liés… assure-toi de mon état d’esprit avant le voyage, de mon état de santé, et surtout, surtout, de ma motivation à te suivre dans tes idées abracadabrantes.

Mais alors, quand la seconde personne ne peut pas encore s’exprimer en langage compréhensible pour toi, cela voudrait-il dire que cette personne n’a pas son mot à dire dans TON choix ? Ce choix dans lequel tu l’embarques sans mot dire, sans lui demander son avis, sans t’assurer de son état d’esprit, de son état de santé et surtout, surtout, de sa motivation à te suivre… et à engouffrer ce biberon ?

STOP. Il y a une nette différence entre celles qui ont décidé de ne pas allaiter, et celles qui donnent le biberon par dépit, manque d’informations, de soutien.
Il y a des femmes, qui même pendant leur grossesse, décident de ne pas allaiter. Pourquoi ? Parce que. Parce qu’on leur fait croire que c’est un choix qu’elles ont. Genre.

C’est devenu un choix depuis que les industriels de lait en poudre sont sur le marché. Là, c’est devenu un choix. Va voir ailleurs, si c’est un choix d’allaiter. Va voir ailleurs, si les femmes se posent seulement la question : « est-ce que je vais allaiter mon enfant ? » Bien sûr que non. Est-ce que tu te demandes, toi : « est-ce que je vais me nourrir ? » Pas que je sache. Tu as faim, donc tu manges.

Mais, Nestlé, Gallia et compagnie ont réussi à te mettre en tête que c’est un choix. Que c’est TON choix. Et désir de satisfaire tout le monde : c’est aussi un peu le choix du papa. Faut bien qu’il donne le biberon, hein, et qu’il participe à l’éducation du bébé. Quelle blague…
Combien de papas donnent le biberon tous les jours depuis la naissance jusque 6 mois, y compris la nuit ? Levez la main, je vous prie.
Bien… imaginons que c’est un choix parental… Est-ce que tu as seulement essayé de demander l’avis de ton bébé ? Car c’est bien de lui qu’il s’agit. L’allaitement, c’est une histoire à deux (même à trois avec le papa), mais dont le sujet principal… ce n’est pas toi, la maman, mais bien ton bébé.

Alors, oui, la maman aussi est une actrice principale. C’est sûre. Mais disons que les répercussions les plus importantes, du non-allaitement, même si la maman en subit également beaucoup (si, si, crois-moi, ne pas allaiter entraîne tout un tas de truc pas cool non plus, dont Nestlé se garde bien te dire), le bébé en subit beaucoup plus.

Je ne vais pas citer ici tous les avantages de l’allaitement et pour le bébé, et pour la maman… Internet en regorge, tu peux y jeter un oeil. Ton pote Google se fera une joie de t’envoyer sur tous les sites qui les énumèrent. Y a des bouquins à profusion sur le sujet également. Même les industriels de poudre ont été obligé de dire que le lait maternel est la nourriture la plus adaptée à ton bébé, donc bon.

Moi, je suis juste là parce que tu me fais croire que c’est un choix de ne pas allaiter. Moi, je te réponds que c’est une excuse bidon et grossière. Un choix qui porte préjudice à d’autres, ce n’est pas un choix. Quand un taré décide de faire des courses poursuites à 150 km/h en plein centre-ville, ce n’est pas un choix. Quand un malade à la tête d’un pays décide de décimer un peuple, ce n’est pas un choix. Le non-allaitement, ce n’est pas un choix. C’est un leurre devant tes yeux. C’est juste le résultat de la lobotomie des industriels.

Le choix n’implique qu’une seule personne. Et s’il en implique plusieurs, l’auteur du choix devrait d’abord s’assurer qu’il ne porte préjudice à personne en faisant ce choix.

Alors, au nom du féminisme, ou de liberté ou que sais-je, par pitié, ne me parle pas de choix, quand tu as purement et simplement décidé d’imposer du lait en poudre à ton nouveau-né.