Des ouvrages…

Je ne suis plus une grande lectrice. Je ne suis plus la lectrice que j’ai été. A mon grand désarroi. Tu le remarques aussi, je ne suis plus aussi grosse écrivaine, non plus… Ce blog est nourri de temps en temps, au gré des mois. Beaucoup moins régulièrement qu’il y a quelques années. Même si certains soirs, j’ai grande envie de le reprendre et de m’y replonger intensément comme avant… je n’y arrive plus.

Alors, à quand remonte la dernière fois que j’ai terminé un bouquin que j’ai commencé ? Je ne saurai le dire… Aussi passionnant qu’ils sont, je n’y arrive quasiment plus. En plus de ça, cela fait quelques années que je me suis un peu éloignée de livres sur « l’éducation » des enfants. Pourtant très bien, hein. Filliozat, Faber & Mazlich et autres… Ce sont des bouquins qui m’ont aidé, mais que j’use avec parcimonie, parce que je pense que l’éducation des enfants ne se situent pas dans les livres. Ils sont là comme un guide, une idée globale, ils offrent des pistes qui peuvent grandement aider. Mais quand je vois que certains parents en font carrément une religion, ça me fait plutôt frémir. « Si on ne respecte pas cela à la lettre, nos enfants seront perturbés à vie. », voilà ce qui m’est arrivé de me dire au fur à mesure de mes lectures.

Mon vrai livre, c’est mon coeur. A suivre mon instinct, à essayer d’écouter au mieux mes sentiments et ressentiments. Cela n’empêche pas la fatigue qui englobe mon coeur.

Mais, il y a quand même eu des ouvrages un peu particuliers dans ma vie. Le premier : Le Concept du Continuum de Jean Liedloff, le second : Passage de Vies de Joëlle Terrien, et dernièrement : Serre-moi fort de Carlos Gonzalès. Le point commun de ces trois livres ? En les lisant, je n’ai rien « appris », je n’ai pas eu de « révélation » qui me disait : « c’est comme ça que je veux vivre. » Mais un sentiment de bien-être de constater que c’est ainsi que j’ai TOUJOURS pensé.

Je suis encore en train de lire « Serre-moi fort » (je te l’ai dit, je mets du temps à finir mes livres, en ce moment), mais à chaque page qui défile, c’est une sensation puissante qui m’envahit. Ce pédiatre, Carlos Gonzalès, décrit tellement parfaitement ce que je vis depuis que je suis maman, cette façon de penser qui est la mienne… Et je me sens rassurée de savoir que quelque part, dans le monde, il existe encore des médecins qui pensent ainsi, et qui tentent de l’expliquer aux parents autour de lui.

Toujours cette histoire de petite goutte que chacun apporterait pour éteindre un feu…

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Et il grandit…

Presque six ans séparent mes deux derniers enfants. Quand je les regarde l’un à côté de l’autre, je trouve ça carrément bizarre. Je ne regrette pas d’avoir attendu aussi longtemps pour ce « petit dernier », car les trois premiers ont 2-3 ans d’écart entre eux, et j’avoue que ça a été difficile à gérer, émotionnellement.

On parle souvent des aspects pratiques en terme d’écart d’âge, mais d’aspect émotionnel jamais.
Cet article, n’est en rien un article scientifique qui montrerait quel écart d’âge est l’idéal, simplement parce que l’idéal est différent suivant chaque maman.

Quand Abd Allah, mon grand est né, il a rempli mon coeur, et comblé cet espace vide, il a donné un sens à ma vie. Mais très vite, le goût amer de sa naissance a pris le dessus, et je ressentais l’envie d’un second bébé qui pourrait réparer tout ça. C’est peut-être choquant à lire, et même à écrire, je me demande quel terme utilisé pour être exacte.
Cela n’enlève rien à l’amour inconditionnel que j’ai pour chacun d’entre eux, soyons clairs. Mais j’avais besoin de ME prouver qu’une naissance n’est pas assimilable à une sensation de viol et de salissure.

Alors, oui, j’admets, que j’ai eu envie d’une seconde naissance, plus que d’un second bébé. Et cette seconde grossesse a été très ambiguë tellement j’avais l’impression que nous ne serons pas quatre, mais que c’est Abd Allah qui « renaîtra ». Ce sentiment m’a rendu mal-à-l’aise pendant longtemps. Puis Elyess est arrivé, à la maison, sans crier gare. Réconciliée avec mon corps et avec ma capacité à gérer mon corps entièrement seule, j’ai pu distinguer positivement les deux frères, encore tout petits (moins de 3 ans d’écart).

Meryem, elle, ma chipie, s’est invitée avant que l’envie d’un troisième bébé se fasse ressentir vivement, même si l’idée ne me déplaisait guère… Mais Elyess n’ayant eu que 15 mois à ce moment, encore en plein allaitement, je n’en faisais pas une priorité. 24 mois au moment de la naissance de sa soeur (à la maison, elle aussi), co-allaitement, co-cododo, et petit « grand » de 5 ans à l’école… La gestion commençait à me fatiguer. Mais pas seulement…

C’est avec l’arrivée de Mohammed que je me rends compte de la différence. Ma plus jeune a 6 ans, elle commence doucement son autonomie. Et j’ai « presque » l’impression de n’avoir qu’un seul bébé à gérer. Autant je me souviens qu’avec Elyess et Meryem, je les mettais dans l’écharpe et vaquais à mes occupations avec mes aînés sans vraiment me « soucier » d’eux : ils étaient au chaud contre moi, et tétaient comme ils souhaitaient. Autant j’ai le sentiment qu’ils étaient là, sans être centrée sur eux. Je répondais à leur besoin (et aux miens ! transmission de chaleur ❤ ), mais sans me focaliser sur eux seuls, puisque je devais gérer les plus grands qui étaient encore petits…

Alors qu’avec Mohammed, bien qu’il soit h24 dans l’écharpe (à peine exagéré), qu’il tète quand il en a envie, je passe beaucoup plus de temps à l’observer, voire même à jouer avec lui, et même à m’inquiéter pour des choses pour lesquelles je ne me serai pas inquiété pour les plus grands.

Et je prends même le plaisir de le voir grandir et évoluer. Alors que pour mes deux derniers, j’aimais qu’ils restent de toutes petites boules lovées dans l’écharpe. Même si j’étais fière de chaque acquisition qu’ils faisaient, j’étais nostalgique de ces moments où ils étaient nouveaux-nés.

Emotionnellement, c’est plus facile, pour moi, de m’extasier des prouesses de mon bébé, voire même d’avoir hâte qu’il grandisse encore un peu, pour qu’il commence à vraiment inter-agir avec nous. Cette envie de le « partager » avec ses frères et soeur. Alors que pour les précédents, je ne les voulais rien que pour moi, être la seule dont ils dépendent.

Est-ce leur écart d’âge qui me fait penser autrement ? Peut-être. Peut-être aussi la maturité que j’acquière au fur à mesure dans mon rôle de mère.
Par moment, je me fais « peur » à déjà avoir envie d’un cinquième enfant. Mais au fond de moi, je sais que c’est pour « réparer » cette naissance à nouveau. Parce que j’ai tellement envie de profiter de Mohammed à 300%… ce coeur de mère qui est toujours instable et balance continuellement… C’est ça être maman.

Mais qu’est-ce que je les aime.

Renaissance particulière

Rien ne se déroule exactement comme on le programme, comme on le rêve, comme on le fantasme. On peut avoir une ligne générale d’idées, mais rien ne sert de faire de grands projets. Je n’aime pas les « et si… », je préfère les « in sha Allah ». Car je reste persuadée du bien qui se trouve derrière les portes.

Ce bébé est arrivé, une nuit de Janvier, il s’est installé. Jamais de toutes mes grossesses, aucune ne m’avait semblé si longue. Et pour cause… Ce bébé, nous l’avons désiré, voulu, el hamdoulilleh, et j’étais tellement à l’écoute des moindres signes de mon corps, que j’ai senti le premier jour de son installation au creux de moi. Alors, le décompte des jours est encore bien plus longs dans ces moments…

J’avais calculé leur date « théorique » d’accouchement aux alentours du 27 Octobre. Mais, je m’étais fiée à mes grossesses précédentes, et je m’étais dit que je serai maman pour la quatrième fois vers le 20 Octobre, au plus tard. Tant et si bien persuadée, que j’en occultais presque qu’on m’avait prédit le 25 Octobre, suivant leurs échographies.

Je n’ai jamais été une grande fan de suivi de grossesse… encore moins des échos, qui sont pour moi des moments de stress intense… Car, même si je sens que tout va bien, j’ai la hantise que l’on m’annonce un truc horrible. Mais cette fois, j’ai fait les 3 échos. Parcours de grossesse particuliers… J’avais pris contact par téléphone avec une sage-femme pour un accouchement à domicile. Elle habitait à plus d’une heure de route de chez moi, donc les premiers contacts se sont faits par téléphone. Au téléphone, ça se passait bien. La sage-femme ne demandait pas de suivi particulier, pas de prise de sang, juste les 3 échos. Je m’y suis pliée, la trouvant pas trop pénible du côté suivi médical. Mais notre première rencontre (qui a eu lieu vers le 5e mois de grossesse) a été une douche froide. Rien ne m’attirait chez elle, et je l’ai trouvé très froide. Ça n’allait pas. Je ne pouvais pas continuer avec elle, d’autant plus qu’elle n’était pas du tout présente au cours de ma grossesse.

El Hamdoulilleh, au cours de mon 7e mois de grossesse, après plusieurs jours de recherche intense, et ayant pratiquement pris la décision de me passer de sage-femme pour cette naissance, Allah a mis sur mon chemin, « une perle ». Elle me rappelait Carole, qui m’avait accompagné lors de ma troisième grossesse et naissance, par sa douceur et son ton rassurant. Elle accepta de suivre la fin de ma grossesse, et d’accompagner cette troisième naissance à la maison.

Le 9e mois est déjà entamé, et les contractions sont présentes très tôt. Persuadée de mon pressentiment d’accoucher plus tôt que prévu, l’euphorie me gagne assez rapidement.

Mais ce neuvième mois a été rempli de stress également. Un accident de voiture qui m’a perturbé même si personne n’a été blessé. J’ai soudainement eu des angoisses, me disant qu’il valait mieux que j’accouche au plus tôt, que bébé serait sûrement plus en sécurité en dehors. Des nuits d’insomnies et de cauchemars s’en sont suivies. Puis, une fois apaisée, est arrivée l’attente.

De nature partiellement impatiente, en temps normal, ce fut décuplé ces dernières semaines. Je me couchais chaque soir, en me disant « est-ce que ça viendra cette nuit ? » Le terme du 20 que je m’étais fixé se rapprochait. Et moi qui pensais que j’aurai déjà accouché.

Les contractions étaient déjà présentes. Pas très fortes, mais bien là. Je sentais que mon ventre était bien plus bas. Je gardais encore l’espoir. Le 20 Octobre passe. Le 22 passe. Et l’angoisse monte. J’envoie des textos à ma sage-femme lui racontant mon angoisse. J’ai une seule terreur : le dépassement de terme qui pourrait mener au déclenchement. Elle tente de m’apaiser. Elle est même venue me faire de l’acupuncture, me donner des petits trucs pour faire avancer doucement le travail.

Mais au fond de moi, je n’y croyais pas. J’ai toujours été persuadée que ces « aides » peuvent aider au moment du travail, mais pas avant. Pas à déclencher naturellement. Et pourtant, je continuais de m’acharner sur ces déclencheurs « naturels ».

Le 25 Octobre, terme théorique arrive. Je suis perdue et dévastée. Mais concède d’aller faire une visite le lendemain à la maternité. Ma sage-femme me suivra encore 6 jours après le dépassement de terme à deux conditions : que j’aille faire des examens tous les 2 jours afin de s’assurer que bébé aille bien… et que bébé aille bien, bien sûr.

Je m’y plie. Souvent en larmes. Et j’y vais. Bébé bouge énormément. Il gigote même. Le monito indique que son coeur va bien. Il y a du liquide. La maternité me fait revenir 2 jours plus tard. Je pense que j’aurai accouché avant… Mais 2 jours après, je suis à nouveau couché sur leur table avec un monito, un bébé qui bouge mais qui ne veut a priori pas sortir. J’ai des contractions toutes les nuits, mais « bizarrement », à la maternité, je n’ai rien. Je demande un décollement de membranes si mon col est favorable, en connaissance des risques. La sage-femme de la maternité m’informe que mon col est encore très tonique… le décollement n’est même pas douloureux, signe que ce ne sera pas efficace. Bébé bouge toujours mais ne donne pas signe de pouvoir sortir dans les heures à venir. Il me reste encore 2 jours et après, je dois prendre une décision : soit déclencher artificiellement, soit encore attendre, mais ma sage-femme ne me suivra plus, et la maternité n’est pas favorable non plus. Autant dire que s’il se passe qqchose, je serais toute seule, et je me ferai engueuler en prime.

Je ne veux pas penser aux 48h qui restent, et je suis persuadée que bébé sortira avant cette date fatidique du Lundi 31 Octobre.

Et pourtant, arrive la nuit du 30 au 31. Une succession de contractions pendant plus de 3h qui me donnent l’espoir que j’accoucherai encore chez moi. J’échange quelques messages avec ma sage-femme. Elle a aussi bon espoir. Mais, j’éprouve un doute… 3h de contractions. Qui m’empêchent de dormir. Mais qui n’augmentent pas en intensité. Je ne sens pas mon bébé qui descend. Je ne comprends pas. Epuisée, je tombe littéralement de fatigue sur le canapé vers 6h du matin, et me réveille en sursaut à 7h. Et calme plat. Plus de contractions. J’ai rendez-vous dans la matinée à la clinique pour le déclenchement… les vannes à larmes sont ouvertes.

Je tente une dernière chose : un bain. C’est à double tranchant… soit les contractions reprendront de plus belles, soit c’est peine perdu. Dans mon bain, je ressens une contraction assez violente, mais avec une douleur que je ne reconnaissais pas : quelque chose tirait à l’intérieur. Ça m’a fait mal, mais surtout peur. Je suis sortie du bain, et j’ai dit à mon mari que j’étais prête à aller à la maternité. Je ressentais que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas normal.

En prenant mon téléphone, je vois que ma sage-femme m’a appelé et m’a laissé un long message sur mon répondeur, pendant que j’étais dans mon bain. Elle me disait que peut-être que ce bébé VOULAIT naître à l’hôpital. Qu’il y avait peut-être quelque chose qui faisait qu’il DEVAIT y naître. Et c’est le même sentiment que je ressentais.

Nous sommes donc allés à la maternité. Les sage-femmes m’ont demandé quel était mon choix quant à faire ou non le déclenchement. Je leur ai répondu que si mon col avait bougé et s’était ouvert au cours de la nuit avec les contractions, je rentrais chez moi et appelais ma sage-femme ; mais que si, au contraire, ça n’avait pas bougé, je restais ici et j’allais faire le déclenchement. Verdict : je restais à la maternité.

Que raconter ensuite ? Rien de bien extraordinaire. J’ai eu une première injection d’ocytocine de synthèse sans aucun effet pendant plus d’une heure… Elles ont augmenté les doses, en essayant de ne pas y aller trop fort, sachant que je refusais catégoriquement la péridurale. Les contractions ont commencé à se faire sentir. Et bizarrement je me suis sentie soulagée. J’avais le ballon pour soulager un peu. Je m’asseyais dessus et ondulais du bassin. Mais ce n’était pas vraiment confortable, puisque j’avais le monitoring en permanence et la perfusion… J’avais l’impression d’être une marionnette accrochée. C’était bizarre.

Le personnel était vraiment super. Elles ne m’ont jamais parlé de la péridurale et ont toujours été encourageantes. Mais cette naissance était vraiment particulière. J’avais peur. Terriblement peur. Je me revoyais, 10 ans en arrière, à la naissance de mon aîné, sans pouvoir me mouvoir comme je le voulais. Même si les conditions autour était mieux, et que mon mari était avec moi…

Après 6h de contractions qui allaient crescendo, je sentais qu’arriver la fin, et là, la panique fut encore plus intense. La soif m’asséchait la gorge, je demandais à boire à mon mari qui cherchait l’approbation des sage-femmes. Mais ici, j’avais le droit de boire. Pas comme il y a 10 ans. Je savais consciemment que la soif indiquait la fin du travail, que j’allais voir mon bébé dans quelques minutes. Je le savais pour l’avoir vécu 3 fois auparavant. Mais j’étais terrorisée. Ma position n’allait pas. Je m’étais mis en tête que ma position n’allait pas, que je ne pourrais pas accoucher ainsi, que j’allais souffrir le martyr (je rigole maintenant, mais je souffrais déjà le martyr…). J’ai hurlé plusieurs fois de vouloir changer de position. Mais je ne pouvais pas : le coeur de mon bébé ralentissait de manière très significative à chaque fois que je changeais de position. J’étais contrainte d’accoucher semi-assise, pour le seul bien de mon bébé. Mais je ne voulais pas. J’avais peur. Je crois même avoir pleuré. Puis, j’ai eu le déclic… Le déclic de me dire que je n’avais pas le choix. Que j’ai toujours pensé qu’on a toujours le choix… mais que si je n’aide pas mon bébé, MAINTENANT, à sortir, ça pourrait mal finir. Alors, j’ai hurlé à la sage-femme que, puisque je ne peux pas me mettre comme je veux, au moins je veux attraper moi-même mon bébé. Ce qu’elle a approuvé. J’ai arraché littéralement le monitoring, et je me suis penchée en avant pendant la contraction, et j’ai poussé.

Mon bébé est sorti d’un coup, il a vraiment glissé. Je n’ai pas pu l’attraper tellement il est sorti rapidement. La sage-femme a pu l’attraper à temps. Mon bébé avait trois tours de cordon autour du cou et un tour autour de l’épaule. Et là, tout s’est expliqué.

Ce n’est pas qu’il voulait rester au chaud… C’est juste qu’il ne pouvait pas sortir bien qu’il l’aurait souhaité, au vu des contractions tout le long du mois.

Mohammed est donc né le lundi 31 Octobre à l’heure du Maghreb exactement (17h40).

Renaissance pour moi… pas totale réconciliation avec les hôpitaux, mais une preuve évidente de ma part que je sais composer avec les hôpitaux. Ils sont utiles pour les cas difficiles mais restent anxiogènes pour certaines mamans dans des circonstances normales.

Je ne suis pas triste de cette naissance, bizarrement. Je n’ai pas fait de baby-blues. Puis j’ai pu sortir dès le lendemain matin. Mais depuis, j’ai un peu de mal à lire les récits de naissance à la maison (même les miens…), il va me falloir un certains temps, pour m’y faire, je crois.

La suite de la naissance a été la plus terrible dans cette aventure… je n’ai pas le coeur à la raconter. Aujourd’hui, j’ai mon quatrième amour tout contre mon coeur H24 et c’est le plus important pour moi…

Aussi simple que ça…

PointAfrique-Tchad-Ennedi-500pxJe ne regarde pas souvent la télé, ou du moins, avec attention, dirons-nous, mais il y a une émission que j’aime particulièrement. Des personnalités françaises qui partent pour une destination dont ils ne savent rien, et vont vivre pendant deux semaines, ailleurs, différemment, sans leur repère habituel.

« Rendez-vous en terre inconnue » a donc amené Sylvie Testud au coeur du Sahara, avec les nomades tchadiens, les « Gorane ». (Clique ICI pour un résumé de l’émission…)

Toi, tu ne le sais peut-être pas, mais la vie nomade me parle énormément depuis petite. Ce n’est pas faute d’avoir déménagé une trentaine de fois (en trente ans de vie), quasiment. D’avoir découvert d’autres pays pendant plusieurs mois ou plusieurs pays, sans forcément de grandes craintes. Peut-être, peut-être bien que du sang nomade coule dans nos veines… je ne sais pas.

Gamine, ma mère m’a amené voir un film-documentaire au cinéma, qui s’appelait Imuhar et qui m’avait fortement impressionné du haut de mes 12 ans. Un sentiment de liberté, de vie différente, de repenser le monde et les relations humaines autrement.

Alors, forcément, hier, j’ai complètement accroché à l’émission. Pas seulement pour la simplicité des Gorane et leur vie complètement chronométrée différemment des nôtres, avec des valeurs comme l’argent, qui ne les pourrit même pas, puisqu’il n’y en a pas… Mais pour leur capacité à s’écouter.

Voilà ce qu’est vivre : s’écouter. Suivre son instinct. Respecter la nature qui t’entoure, les animaux qui t’abreuvent et te nourrissent.

Plusieurs passages m’ont particulièrement marquée… Tout d’abord, le dialogue entre Sylvie, la française, pétrie de ses idéaux occidentaux malgré elle et une nomade tchadienne (dont j’ai oublié le prénom, qu’elle me pardonne, même si elle ne lira jamais ses lignes), au sujet de l’enfantement, et du maternage. La stupéfaction de la française, apprenant que cette femme allait accoucher au milieu du désert (mais où aurait-elle pu aller, sinon ?), seule, sans aucune aide. Comme elle l’a fait pour ses trois aînés. C’est avec ce dialogue qu’une évidence m’a sautée aux yeux… pour une personne lambda, en France, il est communément acquis qu’accoucher est dangereux. Ce qui ne l’était (et ne l’est toujours pas) à mes yeux. Ce qui ne l’est pas aux yeux de beaucoup de peuples surtout nomades. Mais, ici, en France, où même les conditions de vie sont simples, plutôt saines, aseptisés, surveillées… on a tendance à croire que c’est dangereux.
Je me rends compte de la puissance du bourrage du crâne médico-médiatique… Je le savais déjà, mais je ne pensais pas que ça prenait une telle ampleur.

Cette histoire me rappelle l’expérience qu’a vécu la sage-femme qui m’accompagnait lors de ma précédente grossesse (et accouchement à la maison), quand elle était encore sage-femme à Mayotte. Elle m’a raconté cette histoire, juste après la naissance de ma fille, avec tellement d’émotion, et les larmes dans les yeux. L’histoire d’une très jeune maman (peut-être 16 ans) qui a mis au monde un bébé mort-né. Ma sage-femme était dans tous ses états en tentant de réanimer le nouveau-né… mais rien à faire. C’est la jeune mère elle-même qui a « réconforté » la sage-femme, en lui disant d’accepter le décret de Dieu.

Pensez-vous que cette femme, dans le désert tchadien, a connaissance des termes effrayants comme « dystocie des épaules » ou « procidence du cordon » ? Je ne le pense pas. Pensez-vous donc qu’elle soucie, alors de ce genre de choses « qui pourraient peut-être arriver » ? A mon avis, pas le moins du monde. C’est d’ailleurs, à mon humble avis, pour cette raison que tout se passe bien la plupart du temps. Pour le reste, il est plus simple de s’en remettre à Dieu que de flipper. Il y a des choses qu’on ne contrôle pas. Le Destin. Un bébé destiné à mourir, mourra. Hôpital ou pas hôpital. Grand médecin ou marabout du coin. Avec quinze personnes dans la chambre ou seul. Le Destin ne se contrôlera jamais.

Après le dialogue sur l’accouchement, qui s’est conclu par une réplique de la nomade demandant à la française, si les personnes l’ayant entouré lors de son accouchement ne se sont pas moqués d’elle (parce qu’il semblait inconcevable qu’une femme ait besoin d’une aide pour accoucher… raisonnement que je suis particulièrement, par ailleurs…). Sylvie a eu l’air d’avoir un flash… de comprendre quelque chose qui semblait lui échapper jusque là… car elle a embrayé la discussion en disant : « Mais tu sais, en France, ça va te paraître bizarre, mais quand je vais travailler, je laisse mes enfants loin de moi. Quelqu’un les garde à ma place et je ne les vois que le soir. »
Forcément, yeux écarquillés, interrogations dans le cerveau de la maman tchadienne… « Pourquoi ne pas les garder contre toi ? » et Sylvie de répondre : « En France, je ne peux pas ramener mes enfants avec moi au travail, on se moquerait de moi, c’est interdit. »

Là encore, on peut ressentir le poids de la société occidentale. Je ne pense pas qu’il y ait des textes de loi qui interdisent vraiment d’amener ses enfants (surtout nourrissons) sur son lieu de travail. Mais cela ne viendrait pas à l’idée d’une prof, ou autre… (Ou alors, elles n’ont jamais osé). Non, en France, tu dois faire un choix : si tu veux rester avec tes enfants, tu ne bosses pas. Si tu veux/dois bosser, tu t’en sépares, point. Chez les nomades, les femmes travaillent (et pour cause ! Il faut faire chauffer la marmite ! Tout le monde travaille… Hommes, femmes, enfants !), mais hors de questions de laisser les bébés éloignés. Quelles idées on a pu inculquer à la femme française. Sous prétexte d’égalité des sexes… Quelle belle bêtise. Comment expliquer aux femmes qui se sont battues pour cette égalité, que nous ne serons jamais égales… Nous sommes tellement différentes. Ce qui ne veut pas dire que l’homme est au-dessus… Pas du tout. Mais si on reconnaissait que chaque sexe avait des complémentarités, et fonctionnaient jusque là, très bien, avec chacun à sa tâche… je crois que la société ne s’en porterait que mieux…

Plus tard, dans le reportage, une scène qui m’a émue également : la traite (respectueuse, cela va de soi) des chamelles, au petit matin. Ce sont les hommes qui s’en occupent (chacun son boulot, on a dit). Il a d’abord laissé le chamelon téter, puis a trait la chamelle en expliquant : « il faut se dépêcher de traire, car si elle est trop stressée, elle ne donne plus de lait. »
Je suis restée comme deux ronds de flancs devant mon écran… Comment, un homme au milieu du désert, très probablement illettré (les gamins ne vont pas à l’école), avait-il ce savoir sur la lactation ? Alors, que ce sont des choses que je n’ai découverte qu’avec ma formation sur l’allaitement (et même pas après avoir moi-même allaité très longtemps mes 3 enfants…). Oui, le stress bloque l’hormone d’éjection du lait. Mais je l’ai su dans des bouquins, en me renseignant, en me formant. Voilà le genre de savoir qui s’apprend au contact de la nature, en écoutant la nature, en suivant les instincts, les animaux… Pas besoin de grands discours, pas besoin de grandes études…

Bref, tu l’auras compris… Cette émission d’hier m’a impressionnée… Non pas car elle m’a forcé à voir les choses autrement, mais justement parce que ces personnes-là, j’ai toujours eu envie de vivre comme eux. Et qu’à ma manière, je le fais… (Parce qu’il me serait sûrement impossible de me couper du monde, de mon ordinateur, de mes petits plaisirs égoïstes et de ma paresse…) Mais suivre son instinct, toujours. Pour l’amour, pour la vie, pour la paix.

Ces personnes, sans connaître les horreurs du monde qui les entoure, ne se souciant que de trouver de l’eau pour abreuver leur bétail, et de la nourriture, vivent sereinement… loin des tracas.

Laisse-moi encore croire à l’Amour…

43C74AB1-18EA-4C6B-8E20-8389ACB91415Tu sais, cet Amour avec un grand A, celui qui s’allie à l’Humanité (avec un grand H). Laisse-moi encore y croire, et ne pas regarder les infos, ne pas m’abreuver des horreurs quotidiennes, ne pas prendre part aux débats, aux discussions. Laisse-moi ma liberté de ne pas vouloir en parler, de ne pas vouloir polémiquer…

Je n’ai toujours pas perdu foi en l’Humanité, en l’Amour, en la Bienveillance, en la Solidarité. Tous ces mots qu’on veut nous faire croire dénués de sens. Et pourtant, non, non. J’y crois et j’y croirai… Parce que quand on s’arrête d’y croire, ils s’arrêtent d’exister. Preuve en est, de ce qui se passe. On nous martèle, et on se martèle que tout ça n’existe plus. Et les gens tombent en dépression, en folie, en tourmente…

On nous dit que cette époque est affreuse. Mais, si on regarde en arrière, ça n’a jamais été rose. Jamais. Ça a toujours été morbide, guerrier, sanguinolent… depuis la nuit des temps. Alors pourquoi ne pas se concentrer sur le beau, le simple. La fleur qui éclot, le papillon qui virevolte autour de toi, le nuage en forme de coeur, les gouttes de rosée sur la toile de l’araignée.

Pourquoi, pourquoi continuer à se focaliser sur le noir, le sombre et se forcer à carburer aux anti-dépresseurs ? Je ne veux pas. Je ne veux plus voir. Traite-moi d’autruche, si tu le veux. Je ne t’en voudrais pas. Je ressemble plutôt à un panda, à l’heure qu’il est. Mais qu’importe. Une autruche ou un panda. Un colibri ou un renard. Peu importe… insouciants, ne vivant que pour vivre vraiment.

On nous fait croire que la vie d’humains ne devrait pas être faite pour survivre… mais toute cette horde d’humains ne fait que courir après l’argent pour survivre, en mettant ses mains sur sa tête pour se protéger des bombes. Je ne veux pas « vivre » comme ça. Ni pour l’argent, ni pour échapper aux bombes. Je veux vivre pour aimer, pour partager, pour rire, pour admirer.

Alors, ne me reproche pas mon silence sur ce qui se passe. Aussi horribles sont ces horreurs, de part le monde, c’est quotidien. On semble plus touché parce que ça arrive chez nous… mais, c’est en réalité partout.

Je ne veux rentrer dans aucun débat. Je ne veux surtout pas entendre « qui ne dit rien consent », comme j’ai pu le lire malencontreusement… Je ne dis rien, parce que l’horreur n’a pas à être racontée. Et que je veux me concentrer sur le bonheur.

La vie est trop courte, même si elle s’étend en longueur, pour être subie. La mort arrivera à point nommé. D’ici là, laisse-moi être sur Terre en toute sérénité. Sous la Protection du Très-Haut. Je ne suis pas plus invulnérable que toi. Je veux juste continuer à sourire et à rire. Et donner cette image de la vie à mes enfants.

Laisse-moi vivre, laisse-moi croire en l’Amour pour toujours. Laisse-moi croire en la beauté de la simplicité de la vie.

Et quand ça bat en moi…

No-Regrets-1080x651Et quand ça bat en moi, toi, tu te bats dans ces derniers instants…
Et quand ce nouveau petit coeur danse à l’unisson avec le mien, toi, tu tentes de garder le tien intact…

Et tu es loin. De moi. De mes mots. De mes paroles…
Et j’ai peur. Parce que je ne sais pas faire. Je ne sais plus faire. Je le fais avec d’autres… mais quand la peur m’envahit, elle me paralyse. Je n’ose pas trop t’appeler, peur d’entendre ta voix qui a vieilli. Peur d’être loin de toi. Et ne pas savoir dire combien je t’ai aimé.

Et pourtant, je t’ai aimé. Je t’aime. Je t’aimerai…
La fin est proche quand le début arrive…
Il y a 10 ans, c’était le même scénario. J’attends mon premier enfant, et une personne chère à mon coeur décédait. Tu n’es pas encore partie, et tu te bats. Je ne veux pas te laisser partir, je veux te voir encore une fois. Je t’aime si fort, j’en suis presque désolée. J’en suis paralysée. Tu me parais si loin…

Je suis maladroite avec les gens de ma famille. Comment le dire ce que je ressens alors que tout reste ambiguë… Comment peuvent-ils comprendre mon caractère, mon égoïsme, que moi-même je ne comprends pas.

Mais avec toi, c’est différent. Tu as été là pour mon père, là pour nous. Tu nous as porté à bout de bras. Essuyé nos bêtises d’adolescents. Caché nos travers. Et tu nous as aimé si fort.

Je me sens si triste de ne jamais avoir été à la hauteur. Aujourd’hui, je me rends compte que je laisse passer le temps… je veux courir et te voir… je veux te serrer dans mes bras. Mais j’ai peur. Peur de te casser, tu es si fragile à présent.

Ne pars pas maintenant, Tata, j’ai tellement de choses à te dire. Ou à te caresser. Un baiser sur ta main. Un frôlement sur ta joue. Je veux te présenter le petit dernier. Ne pars pas, Tata. Ne pars pas.

Amitié

mains-2On dit souvent que l’amour est plus compliqué que l’amitié. Franchement, j’émets un doute.
On dit aussi que les ruptures amoureuses sont plus douloureuses que celles d’amitié. Là encore, permets-moi de douter.
Bon, d’accord… je ne suis peut-être pas un bon exemple… Multipliant les expériences amicales plutôt qu’amoureuse. Ou étant chanceuse en amour, je ne sais pas… Cela ne m’empêche pas d’avoir eu de grosses peines de coeur.

C’est l’article de mon amie Selmoonette, qui m’a donné envie d’écrire sur ce sujet, alors que j’avais tout à fait autre chose en tête à te faire partager. Mais un passage de son article m’a mis les larmes aux yeux… et a remué beaucoup de choses au fond de moi… Le passage sur l’amitié, les relations qui s’estompent avec la distance… Je suis sensible, que veux-tu. Ça m’a renvoyé à tellement de choses.

J’ai beaucoup bougé. J’ai 30 ans, et j’ai habité à plus de 25 endroits différents depuis ma naissance. Je posais mes galoches un peu aux 4 coins de la France, et j’ai même un peu touché au-delà des frontières… C’est cool, les voyages forment la jeunesse. Ça tombe bien, je dois être un peu bédouine dans le sang, l’immuable ne me va pas.

Mais je suis aussi quelqu’un de social. J’ai besoin d’avoir du monde autour de moi. Et d’avoir mes moments de solitude. J’ai besoin d’avoir des amies à qui me confier, en plus de mon mari. C’est ainsi.

Alors des amies, je m’en suis faites partout où je suis allée. Des connaissances, des copines, des amies plus proches. Des meilleures amies, des âmes soeurs. De celles avec qui tu peux tout partager, et tu n’as envie de garder aucun secret.

Mais comme l’a dit Selmoonette, la distance a souvent raison de l’amitié… Mais… je ne veux pas l’admettre. Non, non, non. J’ai encore des contacts, même très espacés avec des amies d’enfance, des amies de partout. C’est vrai, je donne peu de nouvelles. Mais chaque amie a une place spéciale dans mon coeur. Je ne peux pas faire un trait sur les amitiés (solides) qui ont jalonné mon parcours… De Mittel à Seoul, en passant par Nantes et Sfax, Toulouse et ailleurs… Qu’elles soient Cathy ou Lisa, Yu Hee ou Emilie, il y a toujours un amour particulier qui me rattachent à elles toutes.

Je ne suis pas de celles qui appellent tous les jours, ou qui répondent de suite aux e-mails. Mais j’éprouve un énorme un bonheur à retrouver des amies avec qui je n’avais pas dialogué depuis longue date. Depuis quelques temps, le téléphone m’excède… alors qu’il y a quelques années, je pouvais rester des heures à papoter au téléphone, aujourd’hui j’ai du mal. Mais l’amour n’a pas bougé. Je ne donne peut-être pas trop de nouvelles, je n’en prends pas plus. Je sais. C’est un de mes défauts. Mais l’amour que j’ai en mon coeur est bien là. Je pense énormément aux amies que j’ai laissé à Nantes. Des filles géniales, toutes. Différentes, mais tellement présentes. Soutenantes. Souriantes. Elles sont toujours près de moi. Même si mon silence les laisse sûrement penser que je les ai oublié…

Et puis, il y a une nouvelle catégorie d’amies. De plus en plus répandue. Une catégorie d’amies qui peut se révéler traitre. Malheureusement. Il peut y avoir des perles, en cherchant bien. On tombe sur quelques personnes exceptionnelles. Mais il faut souvent se casser les dents sur les autres. Les amitiés virtuelles. Tu les rencontres via un réseau social, et une symbiose se produit. Par moment, cela peut être très transcendant. Mais la chute est douloureuse. J’ai eu plusieurs expériences de ce genre. Beaucoup. Mais deux d’entre d’elles m’ont vraiment ébranlées. Une connaissance depuis 9 ans. On avait fini par se rencontrer plusieurs fois. Elle était même venue à la maison pour des vacances. Je me sentais tellement bien avec elle… et du jour au lendemain, plus rien. Elle me manque. Enormément. Parce qu’elle avait une grande place dans ma vie. Mais du jour au lendemain, elle a décidé de ne plus en faire partie.
Et une autre amitié, très fugace. Ça a été comme un coup de foudre. Un aimant qui m’attirait vers elle… et ça n’a pas duré. Je savais que c’était quelqu’un avec un fort caractère, mais pas au point de me jeter comme si rien ne s’était passé. Je m’étais vraiment impliquée dans cette amitié. Ces quelques mois passés près d’elle étaient vraiment géniaux. Mais sans comprendre ce qui s’est passé (et sans me laisser la moindre chance de m’expliquer), elle a préféré tourner les talons, enfonçant une épine dans mon coeur. Les peines d’amitié, ça existe.

Mais dans le virtuel, il n’y a pas que du mauvais… Oh que non ! Les plus belles amitiés se construisent au fur à mesure, apprenant à se connaître et à s’apprivoiser… Et en regardant derrière moi, je vois des amies, vraiment très chères, sans qui je ne peux pas imaginer ne plus discuter un jour, ou oublier, enterrer, juste parce qu’elles sont « virtuelles ».

Ne me dis plus jamais que l’amitié c’est plus sûr que l’amour, ou plus facile. Aimer, c’est magnifique. Mais rien de plus difficile…

Quoiqu’il en soit, je vous aime, mes amies. Même à des milliers de kilomètres, même à des années sans vous parler. Je vous aime.

Ulsan, dans mon coeur…

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Le vent s’engouffrait dans mon long voile. L’été humide, pesant, gris, venteux. Libre. L’odeur de la mer. Le bruit des vagues agitées sur le rivage à quelques dizaines, ou bien centaines sous mes pieds. En haut de cette falaise, cette vue imprenable, rien ne pourra m’enlever ce souvenir. Une promenade anodine en famille, sur un rocher. Je mélangeais les couleurs de la pierre, de la mer et du ciel. Les mouettes crissaient dans mes oreilles, mais un sentiment différent m’enveloppait. Ailleurs, mais à l’aise comme jamais. Le chemin était bondé de monde. Les coréens aiment marcher, et les week-end, les balades familiales sont de mises. On ne savait plus très bien si c’était une promenade dans une forêt, ou les soldes dans une boutique… Le monde partout, partout… Et pourtant, ce sentiment d’être seule au monde à l’autre bout du monde, juchée sur le bord de cette falaise.

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Jamais je n’avais vu des petits restaurants, ou plutôt des snacks de mer, les pieds vraiment dans l’eau. Ils étaient installés en contre-bas, sur la plage de cailloux. Quelques petits chapiteaux pour abriter les clients, un barbecue sur lequel grillaient des coquillages et des poissons fraîchement péchés. Tout le monde en bottes, clients et cuisinières. C’est que les vagues venaient jusqu’aux chevilles. Impassibles, le sourire aux lèvres, le verre de soju à la main, la détente du dimanche…

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Sur le chemin, les couples, vêtus de vêtements assortis, marchaient d’un même pas, en riant. Il y a un souvenir apaisant qui émane de cette journée. Le temps était plutôt gris, même si la chaleur était intense. Les vagues claquaient parfois tellement fort, qu’elles nous éclaboussaient. Et quel bien cela faisait !

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Et cette nuée de libellules ? Elles étaient énormes, presque à faire peur. Et restaient immobile dans les airs. On aurait presque dit un remake d’Hitchcock. Les gamins couraient sur le chemin. Les plus vieux marchaient d’un bon pas également.
Tiens, un couple d’occidentaux pas très loin. Plutôt rare dans cette ville, le touriste n’est pas tellement développé… Ah, ce sont certainement des français, ils ont une tête d’enterrement. Effectivement, en passant à leur côté, on les entend se quereller en français… On tient bien à notre réputation.

Depuis que j’étais là-bas, personne ne m’a associé aux français. On m’a souvent demandé de quel pays je venais. Le plus souvent, pensant que j’étais Saoudienne. Mon long voile les a embrouillé. On m’a même demandé si j’étais Israélienne, une fois. Egyptienne, aussi. Mais Française, ils ne pouvaient l’imaginer.

Plusieurs fois, des personnes m’ont abordé dans la rue, avec des signes conviviaux… J’ai eu le droit à « Oh ! You are muslim ? Good ! So Good ! » avec un sourire et le pouce levé ; une autre fois, dans un aéroport, un monsieur a tenu absolument à me faire comprendre combien il appréciait ce genre de tenue vestimentaire ; d’autres personnes qui me témoignaient leur ouverture d’esprit. Et je ne compte pas les « Salam Alaykom » que l’on m’a adressé dans un arabe approximatif avec l’accent coréen.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir été raillée… Ou alors je ne le comprenais pas, et ça me passait au-dessus. Mais ce que j’ai remarqué, c’est que les coréens, aussi timides qu’ils soient (et ils le sont ! Sûrement par pudeur) n’hésitent pas à poser des questions s’ils ont besoin d’être renseignés.

Le souvenir de cette falaise qu’il fallait escalader en gravissant une centaine de marches d’escalier, le souvenir de ce sentiment de liberté qui m’avait enveloppé, le souvenir intarissable de cette chaleur humaine, à 10 000 kms de là où je vis… longtemps ce souvenir est resté une plaie ouverte, une larme qui coule, un désir d’y retourner au plus vite, un manque d’oxygène.

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Aujourd’hui, je sais que Ulsan n’est qu’à 10 000 kms. Je sais que la Corée est sur Terre, pas si loin de moi… et de le savoir, ça m’apaise. Je me suis profondément enlisée dans cet amour pour cette région du monde… j’ai signé un pacte secret… j’y retournerai… In shaa Allah.

Laisse-moi t’aimer.

20150517_163538J’ai été ignorante pendant des années. Que dis-je… J’ai été ignorante depuis ma naissance, sur ce qu’est vraiment l’amour. Ou plutôt « être amoureuse ».
On parle de l’amour, on l’enveloppe de douceur, mais cette chose tellement impalpable, tellement irraisonnée, tellement diverse… Qu’est vraiment l’amour?

J’aime… j’aime le visage de ma fille qui sourit dans son sommeil ; j’aime la prestance de mon fils pendant ses démonstrations sportives ; j’aime la voix de mon deuxième quand il raconte sa journée d’école ; j’aime le bruit des clés dans la serrure qui annonce le retour du travail de mon homme ; j’aime le téléphone qui sonne et qui indique le numéro de ma meilleure amie… C’est facile d’aimer. Je crois que j’ai toujours aimé…

Mais je suis une amoureuse aussi. Je suis amoureuse de mon mari, en passant les hauts et les bas, en fermant les yeux sur ses défauts et en souhaitant aller plus loin avec lui.
Mais je suis amoureuse aussi. Je suis amoureuse de cette femme… Je pèse mes mots, et ils ne seront certainement pas bien compris, alors laisse-moi t’expliquer.

Jusqu’à ce que je me rende compte de l’amour que je portais pour elle, j’étais obstinément convaincue qu’être amoureuse, c’était non seulement aimer de tout son être, mais également être attirer physiquement et sexuellement par une personne. Je croyais fortement qu’il ne pouvait pas exister de relation amoureuse sans désir physique, sinon je classais cette relation dans la case « amitié ».
Soit ma case amitié a des limites extrêmement larges, soit il faut créé un autre terme que « être amoureuse », pour qualifier mes sentiments personnels.

Parce que, je l’aime. Elle me manque quand je ne la vois pas une journée. C’est un déchirement quand je dois la quitter. Je suis apaisée quand elle me laisse pleurer sur son épaule. Je rigole dès qu’elle ouvre la bouche. C’est chez elle que je cours, que je vole… Je l’aime à la folie. Est-ce choquant? Je n’ai pas de désirs physiques envers elle, je n’ai que de l’apaisement d’être avec elle, si je le pouvais jour et nuit.

Sûrement que dans cette société très terre-à-terre, où tout est, soit noir, soit blanc, cela doit déranger… Ce n’est pas acceptable de dire que l’on est amoureuse de notre meilleure amie, de vouloir partager sa vie avec elle (j’ai dit sa vie, pas son lit), de glousser au téléphone comme des gamines de 15 ans, de partager les mêmes délires, la même façon de penser. Une âme-soeur. Qui m’a prise sous son aile. Une âme-soeur au sourire resplendissant…

Alors, ce n’est ni noir, ni blanc… J’ai des sentiments pour elle qui sont au-dessus de ce qu’on appelle une amitié. J’ai de l’amour à profusion… Et tout se passe en symbiose… Juste, je l’aime. Je le clame haut et fort… Elle est l’amour de ma vie. Et après?

Un an plus tard, renaître?

Ulsan. Corée du Sud

Le 26 Novembre 2014, je disais au revoir sur ce blog. L’inspiration m’avait quitté. La motivation aussi… Les idées ne venaient plus, les mots s’estompaient. Je restais des heures devant un écran blanc sans savoir quoi écrire.
Et pourtant, les mots résonnent encore au fond de moi, sur le bout de mes doigts…
Les demandes autour de moi, pour réécrire se font de plus en plus présentes, parfois même pressantes. Mais qui me presse?
C’est mon for intérieur qui brûle, qui veut extérioriser, mais qui ne sait plus où trouver la force.

Mais avant de reprendre ce blog, je veux t’avertir de mon état d’esprit qui évolue au fur à mesure… Tu me connais pour m’avoir lu ici, de nombreuses fois. Ce blog me sert d’exutoire, ce n’est pas un blog où je délire, où je rigole, où je plaisante. Et pourtant, chaque jour, je me vois comme quelqu’un de plutôt joyeux, d’extravertie, qui n’a pas conscience du regard des autres, et qui vit suivant ses propres convictions…

Alors, j’ai besoin d’un espace pour déverser mes larmes et mes tristesses, mes cris, mes coups de gueule… Ce que j’ai accumulé pendant un an, sans venir écrire…  Etait-ce une erreur? Cela m’a-t’il rendu plus taciturne? Plus superficielle? Peut-être.
J’ai tenté d’autres blogs, j’ai écris… Mais ce n’était que factuel… Et je m’en suis lassée. Soit j’ouvre mon coeur, avec les risques que cela comporte, mais aussi avec le bien fou que cela me fait d’écrire… Soit, je continue ma descente… vers où? Je ne sais même pas.

Alors, reprendre, ou ne pas reprendre… Revenir, renaître, ou rester dans ma léthargie du moment?

J’ai subi, comme chaque être humain, des épreuves qui m’ont partiellement détruite. Mais me sortir de ces emprises très néfastes, m’ont transformée aussi. Je me trouve orgueilleuse et je me déteste ainsi… Et la peur que l’écriture m’enferme encore plus dans ce rôle… Je suis prise entre deux feux.

Vais-je même terminer ce texte… Vais-je le poster?
Je me fiche, au final si cela va intéresser ou non… Je veux briser cette glace qui m’empêtre et qui m’empêche d’écrire. Je veux retrouver ce plaisir des touches qui claquent sur le clavier, et cette libération intense des mots qui coulent, comme le sang.

J’espère revenir. J’espère être présente. J’espère reprendre ce blog.

Ce blog, sur lequel je reçois encore beaucoup de commentaires, même un an après. Ce blog qui a servi de pistes de réflexions à beaucoup de mamans qui m’écrivent encore aujourd’hui. Je ne veux pas l’enterrer, je ne suis pas encore prête à lui dire adieu…

Un an après, je renais.
Merci à vous!